Creed de Ryan Coogler

L’énième retour de Rocky Balboa, cette fois dans la peau de l’entraîneur miraculeux. Tout commence dans un centre fermé pour mineurs, avec l’arrivée providentielle d’une femme, Mary Ann Creed, épouse du célèbre Apollo Creed, venue pour adopter Adonis, l’enfant illégitime de son défunt mari. Quelques années plus tard, au Mexique, Adonis affronte dans des combats illégaux des boxeurs mexicains, tout en poursuivant une brillante carrière de cadre. Il décide finalement d’abandonner sa carrière pour se consacrer entièrement à la boxe et reprendre ainsi l’héritage de son père. Il quitte donc Los Angeles pour Philadelphie, et ambitionne de retrouver l’adversaire et l’ami de son père, Ricky Balboa, pour lui demander d’être son entraîneur…

Mais pourquoi donc ? La facilité avec laquelle ce film enchaîne les stéréotypes et les clichés est assez déconcertante. Nous allons donc, spectateurs, suspendre notre incrédulité et croire qu’il n’y a pas moyen pour lui de s’entraîner à L.A et donc qu’il a été contraint de le faire seul, que SEUL il a pu atteindre un tel niveau qu’il parvient à combattre sans problème dans des combats pourtant illégaux (et donc souvent extrêmement violents), que The place to be est toujours Philadelphie, et qu’il suffit d’insister un peu pour qu’un boxeur ayant raccroché ses gants accepte de t’entraîner, et qu’il suffit de quelques mois d’entrainement pour non seulement battre le jeune prodige de la salle mais affronter (et presque gagner) contre le champion du monde en titres (toutes catégories confondues).

Il y a là pourtant une belle thématique : cet orphelin qui se cherche et qui donc s’en va trouver celui qui était l’ami de son père mais qui est également responsable de sa mort. La thématique, ultra-explorée, de la transmission filiale n’est pas inintéressante. Alors oui, le dernier Rocky explorait déjà ce thème, et avant lui le beau film de Clint Eastwood, Million Dollar Baby, l’avait également fait avec plus de brio et de subtilité.

Mais passons, on pourrait éventuellement accepter ces facilités scénaristiques si le film ne les alourdissait pas par des dialogues simplistes et une mise en scène peu ingénieuse. Et surtout il faut ajouter au tableau global l’histoire d’une jeune musicienne de techno qui deviendra bientôt sourde (c’est drôle tellement c’est navrant), ainsi que le personnage de Ricky  Balboa vieillissant, un personnage forcément bienveillant et motivant avec cette petite dose de fragilité qui nous impose encore une fois d’adorer ce vieillard déclinant, et encore le duel Adonis / Rocky ou quand le premier doit gagner son combat, le second doit vaincre le cancer (on est à un cheveu de l’indigne), et nous avons toute la gamme du chantage émotionnel tant apprécié à Hollywood.

Quant à la mise en scène, le réalisateur ne sait pas filmer les combats. Certes, il fait des plans séquence mais uniquement pour filmer la marche du boxeur vers le ring (ce qui a déjà été fait, refait et re-refait) ou pour filmer deux combats en se gardant bien de varier la distance. Résultat : dans le premier on voit de loin, dans le second on voit rien. S’il parvient à filmer correctement quelques scènes d’entrainement qui rendent compte de la rapidité des coups portés, les scènes de combat sont donc tout simplement ratées. Or, pour un film sur la boxe, certes qui ne se veut pas réaliste mais une parabole (oui, mais de quoi ?), c’est quand même sacrément problématique.

Et le reste est affligeant, l’intérêt du plan sur la tortue alors que les deux tourtereaux passent à l’acte reste encore mystérieux (une métaphore de la lenteur ?). Quant à la musique, on espère un moment que la surdité annoncée de la jeune musicienne nous sauverait de sa soupe techno, mas que nenni ! Le reste est sans âme, pas un seul morceau ne parvient à susciter une émotion.

Du chantage émotionnel mal filmé et mal scénarisé et qui pourtant a valu à Stallone une pléthore de nominations et de récompenses. Pourtant qu’y a-t-il de difficile dans cette interprétation (éculée, puisque le dernier Rocky était déjà consacré à cette thématique) d’un personnage vieillissant qui minaude pour mieux nous émouvoir ?

Comme pour la scène avec la tortue, l’intérêt de cette scène doit pourtant exister… quelque part.

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