Les heures silencieuses de Gaëlle Josse

En  ce mois de novembre 1667, Magdalena Van Beyeren, épouse de Peter Van Beyeren, administrateur de la Compagnie des Indes orientales à Delft, entreprend l’écriture de son journal intime. Confinée dans l’espace intérieure de sa demeure, elle qui rêvait de succéder à son père à la tête de la Compagnie, elle relate pendant un peu plus d’un mois son quotidien marqué par l’éducation de ses enfants, ses relations avec son époux et la musique. Derrière son consentement apparent à cette vie de presque recluse, Magdalena n’a pas pourtant oublié ses aspirations d’autrefois. Et quand son époux décide d’engager un peintre pour faire leur portrait, Magdalena choisit bien évidemment comme décor l’espace intérieur de sa maison  mais par quelques petites touches imposées au peintre, elle altère l’impression d’isolement du lieu en dévoilant l’espace infini de son intimité.

Interior with a Woman at the Virginal, Emanuel de Witte, 1665 – 1670

Un court roman et un pur exercice de style avec pour point de départ un tableau  flamand du XVIIe siècle. L’auteur imagine ainsi le quotidien de cette femme peinte de dos dans ce tableau et utilise le prétexte d’un journal intime pour la faire parler de sa vie, de sa famille et de ses aspirations. Dans le cadre limité qu’elle s’impose (une seule narratrice, écrivant un journal dont elle ignore s’il sera lu de son vivant, après sa mort, ou jamais), l’auteur parvient à nous faire comprendre le quotidien de cette femme qui accepte son enfermement (dans son rôle d’épouse et de mère), mais reste libre de ses pensées (amoureuses notamment), de ses goûts (pour la musique) et qui donc par son esprit dépasse le cadre limité de sa maison.

Peut-être une manière pour l’auteur, à travers ce tableau (et ses multiples jeux de miroir, de lumières et de perspectives qui viennent briser son espace clôt), de questionner cette vision communément admise d’une femme emmurée chez elle, vision qui nie à cette dernière toute tentative d’échappement, spirituel notamment. Je ne sais pas si c’était l’intention de l’auteur, mais pour ma part j’ai lu ce roman (et le tableau) de cette manière et d’ailleurs j’aurais aimé que l’auteur approfondisse cette idée.

Le roman semble en effet inachevé et nous laisse quand même une impression de manque. Même si on peut comprendre qu’un journal intime soit abandonné sans raison par son auteur (et Gaëlle Josse a bien fait de ne pas préciser les raisons de cet abandon pour garantir la crédibilité de son récit), il n’en demeure pas moins qu’en tant que lecteur, l’arrêt brutal du journal nous laisse quelque peu perplexe. J’aurais aimé en savoir un peu plus sur cette femme, ce qui démontre tout de même que l’auteur a réussi son pari.

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