Everything in This Country Must … de Colum McCann

Recueil de trois nouvelles, publié en 2000, Everything in This Country Must évoque, de façon plus ou moins directe selon les nouvelles, les « Troubles » en Irlande du Nord. La première d’entre elles, qui donne d’ailleurs son titre au recueil, s’ouvre sur l’image dramatique d’un cheval qui, suite à la crue d’une rivière, va être emporté par les flots. Le propriétaire du cheval et sa fille tentent en vain de le sortir du lit de la rivière, mais par manque de force, ils ne parviennent juste qu’à maintenir la tête de l’animal hors de l’eau. Alors que le père exhorte sa fille à relever l’animal tout en comprenant bien qu’elle n’y arrivera pas, une patrouille de soldats anglais fait irruption et impose son aide. Comprenant que les soldats vont les aider, le père enjoint immédiatement sa fille de laisser l’animal se faire emporter par les flots. Ce qu’elle ne se résout pas à faire… malheureusement. Dans Woods, une femme accepte pour des raisons financières de livrer des poteaux en bois à des hommes en vue de leur parade orangiste. Mais pour cela, elle doit le faire de nuit, en secret et sans avertir son mari alité. Enfin dans Hunger, un jeune garçon et sa mère quittent Derry pour s’installer à Galway, dans la République d’Irlande. Ils vivent dans une caravane, elle gagne quelques sous en chantant dans les pubs et lui passe ses journées à errer sur la plage. Régulièrement, ils prennent des nouvelles de leur oncle que le jeune garçon n’a jamais connu, et qui comme d’autres prisonniers politiques, a entamé une gréve de la faim.

L’auteur, à travers ces trois nouvelles, jette un regard distancié sur les « Troubles », car bien qu’au cœur de ces trois récits, ils ne sont jamais directement évoqués. Cependant, ils apparaissent subrepticement, portés par ces autres (les soldats ou les unionistes) que les personnages de trois nouvelles refusent catégoriquement de nommer, les désignant uniquement d’un « ils » généralisé, ou présents (et peut être davantage) dans le traumatisme qu’ils génèrent.

Dans les trois nouvelles, il y a un paradoxe presque constant entre l’aspect dérisoire des événements (un cheval qui se noie, une femme qui livre des poteaux, un jeune garçon qui s’ennuie sur la plage) et le comportement parfois anormal des protagonistes, cette tension perpétuelle qui préside à leur action, ainsi que le poids qu’ils semblent porter indéfiniment. C’est dans cet espace interstitiel, entre la normalité du quotidien et l’anormalité des comportements, que se loge le traumatisme de la guerre. Cette tension s’accompagne d’une violence sourde, notamment entre les membres de la cellule familiale plus qu’envers les autres.

L’auteur épouse le point de vue d’enfants dans deux de ses nouvelles (la première et la dernière), il donne à voir par ce choix l’impact d’un conflit sur des individus qui n’en comprennent pas les codes et dont le comportement ou les actions vont pourtant  être influencés par lui. L’absence de dialogues dans les trois nouvelles, et plus spécifiquement, l’absence de conversation entre les protagonistes, renforce cette impression de confinement dans lequel vont grandir les plus jeunes. Le secret peut devenir dans leur situation autant une protection qu’une malédiction.

Everything in This Country Must… die. La mort pourtant évacuée du titre s’impose dès la première nouvelle. Elle est une présence perpétuelle dans un monde à la parole comptée, écrasé aussi bien par le présent que par le passé, dont la normalité n’est qu’apparence et cache une violence sourde qui va rejaillir dans un acte anormal mais pour autant conscient.

Colum McCann choisit donc de parler de ceux qui ont subi les « Troubles » sans y participer. Il décrit parfaitement comment un conflit civil peut venir souiller l’intégralité des relations humaines, y compris à l’intérieur même d’une famille et comment cette violence cachée peut influer sur les comportements.

Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin dans l’analyse de ces nouvelles, Catherine Mari leur a consacré un excellent article.

Everything in this country must… a été adaptée en court-métrage par Gery McKendry en collaboration avec Colum McCann. Mieux vaut cependant lire la nouvelle avant de le regarder.

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Une réflexion sur “Everything in This Country Must … de Colum McCann

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