Penny Dreadful (saison 2) de John Logan et Sam Mendes

Lors de la première saison de Penny Dreadful, dans le Londres victorien, une équipe extraordinaire se formait afin d’enquêter sur les agissements mystérieux et de combattre un ancien vampire venu d’Egypte : Miss Vanessa Hives (Eva Green), la spirite hantée par son passé ; Sir Malcolm Murray (Timothy Dalton), le lord-aventurier qui a négligé sa famille ; Ethan Chandler (Josh Harnett), un pistolero américain avec des problèmes d’identité pendant la pleine lune ; le Dr. Victor Frankenstein (Harry Treadaway), un scientifique qui rêve de conquérir la dernière frontière de l’humanité, la mort, ce qu’il réussit à ses dépens ; et Sembene (Danny Sapani), le serviteur noir de Sir Malcolm. Ayant retrouvé la fille de Sir Malcolm, Mina, qui avait été enlevée et transformée par le vampire, ils furent contraints de la tuer. La menace avait-elle été conjurée ? Rien n’est moins sûr, car bientôt de nouveaux sbires du monstre commettent des crimes dans Londres et l’équipe doit vite se reformer sous la pression des évènements. Ce faisant, en affrontant ce nouveau péril, chacun d’entre eux va devoir affronter pire encore : son passé et le poids de la culpabilité…

Car cette deuxième saison est la saison où tout un chacun se souvient. Vanessa se souvient qu’autrefois elle était sorcière et avait été apprentie chez une vraie sorcière, Ethan se souvient qu’il a été initié aux rites shamaniques navajos (probablement juste avant de les massacrer), Sembene se souvient qu’il était esclavagiste (ah ! bouh ! vilain méchant, toi, tu vas mourir : tu es noir et méchant !) et tout le monde se souvient de trucs super importants que visiblement ils avaient tout oubliés pendant la première saison. Ben oui, c’est ballot, mais mieux vaut tard que jamais, non ?

Par contre, tous autant qu’ils sont, ils semblent avoir oubliés que, jusqu’au dernier épisode de la précédente saison, ils chassaient un ancien vampire qui répondait au doux nom d’Amon-Ra puisque plus personne n’en parle.

Alors certes, ils ont fort à faire avec les sorcières qui maintenant hantent les rues de Londres et y sèment la terreur. D’autant plus que ces dernières, elles, semblent très bien savoir qui est Vanessa et cherchent à la capturer… ou tout du moins à la préparer pour le « maître ».

Et si on les mettait dans un étang, elles flotteraient les filles ?

Et pendant ce temps, la Créature de Frankenstein (Rory Kinnear) demande à son créateur de lui faire une fiancée, mais une fois qu’elle est créée, il se dit que finalement, il préfère travailler chez Mme Tussaud, c’est plus fun, tout en se lamentant sur son sort et en professant son amour de la poésie tandis que la dite Créature bis rencontre Dorian Gray (Reeve Carney) et qu’un couple infernal nait alors. Or, tout ceci n’a aucun rapport (si ce n’est pas capillotracté à la toute fin de la saison, histoire de sauver les meubles et les apparences) avec l’intrigue principale.

Et puis, parfois, soudainement, les personnages se mettent à danser. Parce que danser, c’est chic, et ça permet de passer le temps, et de faire une jolie scène. Enfin, c’est supposer faire une jolie scène. Et puis comme c’est une série adulte, à un autre moment, tous les personnages veulent copuler. En même temps. Ralala, ces Victoriens, c’est tout ou rien, hein. Et puis comme c’est une « série adulte », on a droit à une histoire de sexe transgenre avec Dorian Gray. Parce qu’il faut être sérieux, hein.

Du coup, en tant que spectateur, on hésite quelque peu : ennui ou ahurissement devant le ridicule des scènes et des situations ce qui, pour une série gothique, est un brin problématique, avouons-le.

 

« Quand il danse avec moi / à la lueur des éclairrrrrr-euh ! »

Alors, parait-il que dans cette saison, Eva Green joue très bien à tel point qu’elle a été nommée aux Golden Globes. Bon, on va dire que les goûts et les couleurs… Oh et puis non, on va pas dire parce qu’il faut arrêter les délires deux minutes. Eva Green se tortille donc, a les cheveux gras et est en sueur et pleure pour de faux à peu près à chaque épisode, et quand elle est vraiment fâchée, elle parle d’une voix rôôôque dans un charabia qui sonne vaguement latin (parce que c’est le verbis diablo, tu vois ?). Et tout ça fait une interprétation « démentielle » ? Ah ? Certes, elle se démène comme elle peut pour apporter un peu de souffle à une écriture de son personnage plus que poussive, mais de là à se pâmer.

Dans le même registre, l’écriture du personnage de la Créature est navrante. Non seulement ce personnage est inutile au possible, mais c’est toute l’histoire personnelle autour de Frankenstein, du couple de créatures dysfonctionnel (eh oui, les monstres aussi ont des problèmes affectifs) qui est totalement pénible. Alors Rory Kinnear, excellent dans son rôle dans Southcliffe où il avait montré toute l’étendue de ses capacités, livre ici un personnage qui parle toujours dans un souffle pour se morfondre sur lui-même.

« Nous sommes sur cette Terre pour souffrir ». « Là, là… »

Et dire qu’on avait été assez emballés par la première saison… En fait, lorsqu’on regarde ce qu’il s’est passé entre la première et la deuxième saison, tout ce qui faisait le sel de la première est devenu une série de tics scénaristiques dans la deuxième (ou a été abandonné) pour sombrer dans 1) une psychologisation atterrante des personnages (écrire sur la psychologie des personnages demande un peu plus de « talent », semble-t-il), et 2) une série de scènes qui font joli sur le papier sans doute à l’écriture (les sorcières deviennent toutes nues et tuent la famille dans le métro, les sorcières sortent des murs, Eva Green est toute trempée et baragouine des trucs comme une possédée) mais encore faut-il en faire une histoire qui tienne la route.

« Penitentiagite ! La morte e supra nos! Là-bas nous avons il Diabolo ! Gaaaaa! » Salvatore, sors de ce corps !

Or, l’intrigue principale (car rappelons, donc, qu’il y a une sorte de vampire multimillénaire à Londres, pouf, pouf) est réduite à des scènes dans la salle à manger dans lesquelles les personnages s’assemblent autour d’une table et contemplent un crâne, une patte de poulet, un miroir cassé, etc. Pourquoi pas, en termes d’histoire, mais que c’est pauvre en terme cinématographique. Alors on brode autour, et on brode, et on brode de multiples intrigues secondaires jusqu’à plus savoir quoi faire et à tel point que les personnages, pris de crises soudaines de souvenirs, se rappellent brutalement que, désolé les aminches et pour l’enquête en cours, mais là j’ai un truc urgent à faire, hein, j’ai week-end nostalgique de mes années d’apprentie-sorcière à la campagne / cours de danse avec un monstre / distribution de plateau-repas pour lépreux (ou cholériques) / shopping (oui, oui) / poney aquatique / bal (oui, oui aussi) / tea-time avec les cou-pines (oui à nouveau) / ou que sais-je encore. Quant à Ethan, il a un détective de Scotland Yard aux trousses qui semble avoir tout compris depuis le début et visiblement en sait long sur les vampires, sorcières et autres loup-garous.

« Quoi ? Je vous avais pas prévenu que j’ai séminaire de yoga tantrique avec Dorian ce soir ? Ah, m… désolé, hein, mais maintenant, je me suis engagé ! »

Alors, après un tel réquisitoire, il y a de quoi désespérer. Certes, car tout ceci pointe des facilités d’écriture d’une telle vulgarité qu’on ne peut s’empêcher de le voir à l’écran (les personnages qui se souviennent de leur passé d’un seul coup d’un seul, le personnage de la Créature totalement monocorde, etc.) au point de totalement passer par pertes et fracas toute idée de suspension d’incrédulité, ce qui, là encore, pour une série convoquant à peu près tous les personnages du fantastique britannique est quelque peu dommage quand même.

Et pourtant, mon petit coeur de geek baigné au World of Darkness ne peut rester insensible à cette série, et c’est pourquoi au grand désespoir de H., je crois que je vais continuer pour une troisième saison qui annonce « du sang, du sexe et des cowboys ». Chic, alors, mais pourvu qu’il y ait aussi des aliens !

En attendant, ça donne envie de relire la trilogie de romans de Vampire: Victorian Age.

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