This Side of Brightness de Colum McCann

New York, 1991. Un SDF aperçoit le cadavre d’un large oiseau pris dans la glace de l’Hudson River. Par de multiples jets de pierre, l’homme parvient à délivrer l’oiseau de l’emprise de la glace et le regarde sombrer doucement. Puis il regagne son « nid » dans les bas-fonds du métro.

1916. Nathan Walker s’est installé à New York pour travailler dans la construction des tunnels reliant l’île de Manhattan à Brooklyn. Il est devenu un sandhog, et a rejoint la cohorte des travailleurs émigrés, irlandais et italiens notamment. Un travail dangereux qu’il fait avec la fierté de construire cette ville. Lorsqu’une poche de gaz se forme dans l’un des tunnels, Nathan se retrouvé piégé avec son équipe. Cette même poche de gaz finira par les expulser, lui et quelques autres, au beau milieu de l’Hudson River. Renouant avec l’air ambiant, Nathan renait à la vie mais porte le poids de la mort d’un de ses collègues, Con O’Leary. A jamais lié à cette famille irlandaise, Nathan va s’offrir une deuxième vie, en espérant qu’elle l’emmènera davantage vers la lumière…

Le roman se construit sur deux temporalités : celle de l’époque actuelle pendant laquelle nous suivons le quotidien de Treefrog, un SDF qui vit dans le métro (McCann affirmait dans un entretien que le lecteur suivait ce personnage sur quarante jours et quarante nuits mais je ne l’ai pas perçu à la lecture) et celle commençant en 1916, année de l’incident dans le tunnel, pendant laquelle nous suivons ce qui apparait comme la seconde vie de Nathan.

Se sentant coupable de la mort de Con O’Leary, Nathan va souvent visiter Maura, sa femme et Eleanor, sa fille. Il épouse d’ailleurs cette dernière malgré leurs différences de peau (Nathan est un Afro-Américain). De leur union naitra un fils, Clarence, et plusieurs filles. Son petit-fils, Clarence Nathan Walker, conjurera un temps la malédiction familiale en travaillant à la construction des grattes-ciel. Un temps seulement car irrémédiablement, et de façon presque cyclique, ces personnages et leurs descendants seront attirés au fond du tunnel, là où est mort Con.

Le roman est majoritairement écrit à la troisième personne, le narrateur s’attachant à décrire le quotidien de ces hommes qui ont façonné New York et parallèlement celui des SDF qui semblent la hanter. Les tunnels du métro apparaissent comme l’inconscient de cette ville gigantesque, comme une part ignorée d’elle-même, et pourtant fondatrice.

Une fois pourtant Treefrog prend la parole, le « je » devient alors confession d’une double culpabilité : celle de ne pas avoir empêché la mort de son grand-père (reproduisant ici un schéma familial) et celle d’avoir eu des gestes équivoques envers sa propre fille (élément dont je n’ai pas compris toute la portée symbolique et qui m’a semblé de trop).

Un roman agréable à lire, mais qui n’a pas la complexité des précédents livres que j’ai lu de cet auteur. La construction du roman est beaucoup plus simple (narration finalement linéaire même si elle se développe sur deux temps différents, alors que Let the Great World Spin s’organisait presque de façon elliptique autour du geste de Philippe Petit) et j’ai l’impression que sa signification l’est également. L’auteur explore les soubassements de la ville, ce qu’elle veut ignorer et qui a pourtant contribué à sa fondation. Un roman qui tire donc davantage vers le témoignage (notamment sur la vie des SDF), avec un ancrage historique mais sans aller vers une plus importante fresque historique.

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