Ici de Richard McGuire

Le personnage principal de cet album est une maison, ou plutôt sa pièce principale (vu d’un angle unique) dans laquelle nous voyons évoluer ses habitants au fil des siècles, depuis l’origine de la Terre (bien évidemment la maison n’existe pas et n’apparait alors à sa place qu’une vague image de marécage) jusqu’à nos jours. Si l’idée parait séduisante de prime abord, qu’en est-il dans la durée (l’album fait pas moins de 300 pages) ? Et s’il dynamite les codes classiques de la BD (ce qui vraisemblablement lui a valu le Fauve d’Or d’Angoulème), s’agit-il d’un pur exercice de style ou va-t-il plus loin en offrant un regard, un point de vue, ce petit quelque chose qui fait que l’exercice aussi stylisé soit-il ne parait pas vain ? Que de questions !

Alors quels sont les codes de la BD classique ? Une planche, des cases (plus ou moins grandes), une lecture de gauche à droite (pour un lecteur occidental), des personnages, des décors et des dialogues, le tout dans une unité d’action, le plus souvent dans une même unité de temps,  et suivant un procédé narratif linéaire. Car même muette, une bande dessinée raconte une histoire ou des histoires que ce soit par l’intermédiaire de l’image ou des textes. Bon, en même temps, cela fait bien longtemps que ces codes -là ont explosé.

Force est de reconnaitre que McGuire ajoute sa pierre à l’édifice avec l’unicité de son point de vue et de son lieu, mais plus encore par la multiplicité des temps, des actions et des personnages à l’intérieur de ce cadre strict, l’ensemble des périodes évoquées se télescopant dans cette même pièce. Il y a quelque chose à la fois de touchant et de reposant à suivre les différentes époques, repérer les détails qui changent dans la pièce suivant les époques, voir les liens que l’artiste créent entre elles, imaginer les vies possibles en dehors de l’espace exigüe présenté.

L’exercice est donc passionnant… au moins sur les premières pages. Ensuite tout se complique. Le procédé devient répétitif et semble tourner à vide, car une fois posée l’idée que le temps est lui aussi partie intégrante de l’histoire, on se demande de quelle histoire exactement. De cette pièce certes, mais dès lors que nous dit-elle ? L’auteur crée de minimes liens entre les époques, construit sur quelques pages seulement un semblant de narration, mais sans parvenir à faire de cette pièce autre chose qu’un cadre de dessin. Il souhaitait par ce biais rendre compte du passage du temps en prenant comme cadre un lieu unique, mais je trouve que justement on ne voit pas ce passage du temps : les époques se succèdent, se chevauchent, se répondent mais dans une telle cacophonie que l’impression de temps devient nulle.

Et puis cette vision d’un temps étriqué me gène. J’associe le concept du temps à celle d’espace et à sa perception à l’idée de lenteur. Aussi cette représentation saccadée du temps (on passe d’une époque à une autre, voire on est dans plusieurs époques à la fois) ne me convainc pas. De plus, les degrés de perception du temps sont multiples : perception personnelle, collective ou symbolique, le temps est variable et cette image d’une pièce close avec un point de vue fixe ne me parait pas pertinente pour parler du passage du temps.

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