Delacroix and the Rise of Modern Art à la National Gallery

L’annonce de cette exposition à la National Gallery sur Eugène Delacroix, était d’autant plus surprenante qu’une bonne partie de ses tableaux (les grands formats notamment) sont conservés au Louvre et n’en bougent qu’à de très rares exceptions. De fait, le contenu de l’exposition et la perception des Britanniques du chantre du romantisme pictural français constituaient deux mystères intrigants. Un article publié dans la presse anglaise, au moment de l’ouverture de l’exposition, permettait d’en savoir plus sur les peintures exposées de Delacroix : des petits formats surtout et des copies, ce qui confirme le pressentiment que l’exposition est un prétexte. Reste à confronter la thématique choisie par les commissaires de l’exposition : Delacroix et son influence sur la peinture moderne française, avec les exemples entre autres de Cézanne, Picasso, Van Gogh et Matisse.

Le ton est donné dès la réception du livret accompagnant l’exposition. Habituellement, ces livrets reprennent les textes de l’exposition, donnent au visiteur des éléments biographiques et indiquent le sens de visite. Or dans ce livret, il n’y a aucun texte, seule la chronologie de la vie de Delacroix est détaillée (ainsi que quelques événements datant d’après sa disparition sans qu’on comprenne bien pour quelle raison), et le plan de l’exposition n’indique que six salles. Cela n’augure rien de bon. L’organisation de l’exposition est thématique : une première salle avec majoritairement des portraits, puis une salle consacrée à l’Antiquité et aux voyages dans le nord de l’Afrique, suivie d’une salle sur les natures mortes. Petit intermède vidéo présentant les fresques murales de Delacroix que l’on peut admirer au Palais Bourbon notamment, puis la visite se termine par deux salles, l’une consacrée aux paysages, et l’autre à la relation entre musique, couleur et utopie.

Comme l’ambition de cette exposition est de montrer l’influence de Delacroix sur les peintres français de la génération suivante, un procédé visuel est mis en place pour que le visiteur repère de loin les tableaux de Delacroix (avec des cartouches marqués de rouge) et les tableaux des autres peintres (sans marquage rouge). Comme cela, on repère très rapidement que les tableaux de Delacroix ne sont pas les plus nombreux, et de loin. Ajouté à  cela que ce sont souvent des copies ou des tableaux de moindre importance et on comprend rapidement pourquoi en marge de l’exposition, le visiteur peut gagner un voyage à Paris pour aller admirer Delacroix. Effectivement ce n’est pas ici que l’on mesure le talent de ce peintre.

Eugène Delacroix, Autoportrait, vers 1837

Reste l’esprit de l’exposition, cette idée affirmée que Delacroix a inspiré de nombreux peintres. Il faut rappeler que cette lecture est très à la mode en ce moment, y compris à Paris avec la série des « X et ses maitres ». Cet angle de vue ne pose pas a priori de problème, à condition que le rapprochement entre le peintre et ses prédécesseurs soit pertinent. Ce qui n’est pas le cas ici. Très rapidement, on perçoit que, mis à part l’hommage presque rituel que ces peintres ont rendu à la figure Delacroix, peu sont restés dans son sillage. Que ce soit Matisse, Picasso ou Van Gogh, il ne faut pas énormément de temps au visiteur pour comprendre que l’hommage au maitre est avant tout patrimonial, et que même s’ils ont parfois exercé leur main sur des copies de Delacroix, dès lors qu’ils ont acquis de l’expérience, ils se sont rapidement démarqués de lui. Et cela parait normal. Cela me fait penser à la phrase célèbre de Victor Hugo, « je veux être Chateaubriand ou rien », au-delà de l’hommage il y a comme un défi à se démarquer et à dépasser celui que l’on vient de louer.

Gustave Moreau, Saint Georges et le dragon, 1889-1890.

A la sortie de l’exposition, on est donc déçu par son manque évident de fonds et de pertinence et habité de l’envie de retourner à Paris pour voir ses grands formats, qui sont la marque de Delacroix, celui qui a osé, comme Géricault, le grand. La visite de cette exposition n’a pas été complétement vaine : au détour d’une salle, les commissaires de l’exposition ont évoqués le parcours de Gustave Moreau. Et en voyant ses tableaux, la filiation avec Delacroix apparait comme étant effectivement pertinente, cette fois. Et l’on apprend au passage que Matisse avait été l’élève de Moreau. Pour ceux qui souhaiterait en savoir plus sur cette exposition, voir l’excellent article du Guardian.

Sur le chemin du retour, un « petit » détour par The Wallace Collection, musée étrange qui rassemble aussi bien des artistes complètement passés dans l’oubli et, en regard, des peintures de Rubens, Rembrandt ou Titien (avec également quelques peintures de Fragonard et de son maitre Boucher). Du coup, la visite de ce musée est pour le moins décousue, puisqu’on peut en changeant de salle passer d’un Rembrandt à une collection d’armes ou d’armures. Cela vaut cependant le coup d’œil et pour les plus dilettantes, la cour intérieure du musée a été transformée en café-restaurant où on est tenter de prendre une pause.

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