Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin

Comme son nom l’indique, ce film s’articule autour de trois souvenirs de jeunesse de Paul Dédalus, anthropologue d’une quarantaine d’année de retour en France. Le film s’ouvre en effet sur une scène dans laquelle on voit Paul, adulte (Mathieu Amalric), qui passe un dernier moment avec Irina, avant de quitter définitivement le Tadjikistan. A son arrivée à l’aéroport de Paris, il est repéré par les employés des douanes qui s’étonnent de voir un passeport portant le nom de Paul Dédalus, alors que ce dernier est sensé être mort depuis longtemps déjà. Au chef des douanes qui le questionne sur cette incongruité, Paul commence à retracer sa vie : son premier souvenir remonte à son enfance, quand son quotidien est perturbé par la maladie de sa mère. Folle, elle finira par mettre fin à ses jours, le laissant seul avec son père, son frère et sa sœur. Quelques années plus tard, Paul alors lycéen (Quentin Dolmaire) fait un voyage en Biélorussie pendant lequel il va transporter puis transmettre de l’argent à des réfugiés juifs. C’est à cette occasion qu’il donnera volontairement son passeport à l’un d’eux. Étudiant, Paul s’intéresse à l’anthropologie et doit mener de front ses études et sa relation nouvelle avec celle qui deviendra pour le meilleur et surtout pour le pire, l’amour de sa vie : Esther (Lou Roy Lecollinet).

Un film à part inégales. Les trois segments qui le composent n’ont pas la même importance et ne sont pas filmés de la même manière. Le premier segment, sur l’enfance de Paul et ses relations difficiles avec sa mère, est le plus court, ce qui lui donne un ton très brutal. Le deuxième segment est un peu plus long et lorgne du côté des films d’espionnage : le ton est plus enjoué et l’accent est mis sur l’action. Le dernier segment enfin, est le plus long, il montre Paul aux prises avec les affres de la passion. Le ton est clairement romantique, ce que le jeu des acteurs et l’importance accordée à la voix off et à la lecture de la correspondance entre les deux amants ne fait que renforcer.

Un film magnifique, qui laisse comme un goût amer, tant ses protagonistes masquent mal par leur apparente insouciance la brutalité de leurs relations. Dès le début on est impressionné par le comportement presque trop adulte de ces personnages (ils sur-dramatisent leurs gestes et leurs paroles à tel point qu’ils paraissent souvent suffisants), en décalage avec leur désinvolture. Ils finissent par se faire vraiment du mal, malgré les sourires affichés et leur prétendue décontraction. La qualité du jeu de ces jeunes acteurs est du coup d’autant plus remarquable, car beaucoup de la crédibilité du film repose sur leur interprétation, entre exagération et justesse. Et on voit bien, dans la scène pendant laquelle Paul revoit plusieurs années plus tard Kovalki, la souffrance qu’a été pour lui le comportement de ses camarades envers Esther. Sa solitude est perceptible alors qu’il veut réaffirmer la pureté de sa relation avec Esther, presque la venger, dans une scène avec Amalric tout en intensité, restant sur le fil du rasoir entre l’émotion et le sur-jeu.

Le film est un pendant à un précédent film d’Arnaud Desplechin, Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) et Paul semble être un alter ego du réalisateur (l’intérêt de Desplechin pour l’anthropologie). Les critiques ont vu dans Trois souvenirs le pendant de Comment je me suis disputé… à quelques années de distance. Les boggans prévoient donc de le voir très rapidement.

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