Les Amateurs de Brecht Evens

« Le devoir d’un artiste est d’aller toujours au-delà des frontières de sa propre perception … Et de représenter au plus proche ce qu’il a perçu, pour que le public puisse le comprendre. » Ainsi s’exprime Pieterjan, artiste et enseignant, alors qu’il observe ses étudiants travailler. Le soir même, il assiste au vernissage de son exposition, et alors que ses proches se réjouissent du succès de l’opération (ses œuvres semblent se vendre facilement), il cuve son vin dans un coin. Le lendemain, il rejoint Kristof avec qui il va se rendre à un festival d’art pour réaliser avec d’autres une oeuvre en situation. Arrivé sur place, il fait la connaissance des autres participants : Danny, Dirk, Valentijn, Erik et Dennis. Ensemble ils doivent dans un délai assez court réaliser une création commune sous la direction de Pieterjan. Toute la difficulté est d’intégrer des aspirations individuelles dans un travail commun.

Deuxième album de Brecht Evens, Les Amateurs a été publié après Les noceurs et avant Panthère (sélectionné en 2015 au festival d’Angoulème). Ayant lu Panthère, je retrouve ici son dessin si particulier, débordant de formes et de couleurs, sans cesse troublant les attentes du lecteur. Au fil des pages le graphisme évolue constamment entre des dessins minimalistes jouant sur la transparence, d’autres plus classiques qui jouent sur les oppositions de couleurs, notamment quand l’auteur se concentre sur les personnages, leurs échanges et leurs sentiments, et, enfin, des dessins pleine page, débordants de couleurs et de formes, quand il cherche à représenter la nature. Graphiquement, ses albums sont uniques et offrent au lecteur une véritable débauche de couleur et d’effets visuels.

                

Le récit semble très sérieux au début de l’album : l’auteur s’attarde sur le blues de l’artiste devant une reconnaissance financière qui le gène plus qu’elle ne le valorise, pose rapidement par quelques petits dessins la relation tendue qu’il noue avec son entourage et décrit un homme en difficulté, soucieux de se projeter dans un nouveau projet. Avec le départ (pourtant redouté) vers le festival d’art, le ton s’adoucit, le récit devient plus pittoresque et ménage des moments comiques, entrecoupés cependant de crises d’angoisse, car il semble bien que tout ce petit monde des artistes amateurs se caractérisent par une relation à l’autre, à soi et au monde plutôt anxieuse.

Reste qu’au final, notre artiste angoissé a réussi à se lier avec la bande d’amateurs, ce qui n’était pas gagné au départ. La création détruite par les aléas du temps, reste le projet commun. Je ne sais pas si l’auteur avait comme projet de magnifier le collectif, en tout cas j’ai lu cet album dans cette perspective, et je trouve l’idée très réjouissante.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s