The Night Manager de Susanne Bier

Après un générique digne des derniers James Bond, nous faisons brièvement la connaissance de Richard Roper (Hugh Laurie) alors qu’il présente son organisation bienfaitrice, qui vient en aide aux réfugiés. Le ton de cette vidéo de présentation, son cadrage et sa lumière donne immédiatement l’impression que tout ceci n’est qu’une couverture, une image fabriquée qui masque le vrai visage de Roper.

Changement de décor, pour nous plonger directement dans les événements de janvier 2011 en Egypte. Un homme seul traverse un soulèvement populaire contre le régime pour se rendre dans un hôtel. Il s’agit de Jonathan Pine (Tom Hiddleston), un ex-soldat devenu manager de nuit dans des hôtels de luxe. Par la suite, on le voit organiser avec les autorités anglaises l’évacuation de ses clients. Arrive la belle Sophie Alekan, de nationalité égyptienne et réputée pour être la maîtresse d’un caïd local, Freddie Hamid, fils d’une des plus grandes fortunes égyptiennes. Pour une raison mystérieuse, cette dernière demande à Jonathan Pine de photocopier des documents, puis de garder dans le coffre de l’hôtel un double, à utiliser si quelque chose lui arrivait. En ex-soldat, Jonathan reconnait immédiatement la nature des documents (des livraisons d’armes) et la nationalité du vendeur (britannique puisqu’il s’agit de Richard Roper). Après hésitation, il décide de prévenir un ami à l’ambassade, en demandant bien évidemment que sa source reste anonyme.

Peu de temps après, le visage tuméfié de Sophie lui indique que sa démarche a été ébruitée, qu’à présent Sophie est en danger et qu’il doit agir, quitte à demander l’aide de l’ambassade britannique. Pour Jonathan Pine, c’est le début d’une longue histoire d’espionnage avec en point de mire, le richissime et magnanime Richard Roper.

Adaptée d’un roman éponyme de John Le Carré, The Night Manager se compose de six épisodes d’une heure environ et diffère en partie du roman puisque Susanna Bier a voulu inscrire la série dans le temps présent, en la connectant notamment aux événements de 2011 en Egypte ou à la guerre en Syrie.

Une série on/off. En effet, s’il y a quelques épisodes (sur les six) qui fonctionnent bien, d’autres semblent complètement à côté de la plaque et l’ensemble parait bancal. Si le premier épisode parait correct (même si on pourrait lui reprocher à la fois une certaine longueur dans le récit et une précipitation dans l’histoire puisqu’il condense en une heure des événements se déroulant sur 4 ans), le deuxième épisode est vraiment raté. Pour donner à Jonathan Pine un passé de délinquant, nous devons nous coltiner tout un épisode dans le Devon qui est mal écrit, mal joué, finalement inutile et même contre-productif puisqu’il vient casser la dynamique qui était en train de se mettre en place à Majorque. Le kidnapping du garçon est mal tourné, en tant que spectateur on a du mal à y croire (Jonathan désarme sous les yeux de l’enfant un des assaillants mais pas le second qui bien gentiment n’intervient pas), et on ne comprend pas bien comment Roper tombe dans le panneau, mais passons. Les deux épisodes suivants sont à peu près corrects puisqu’ils se focalisent sur l’intrusion de Jonathan Pine dans l’entourage de Roper ce qui nous permet de voir les ramifications de l’organisation de Roper à Londres, et nous vaut quelques belles scènes autour de la figure de Rex Mayhew (Douglas Hodge). L’épisode à la frontière turco-syrienne est pathétique, Roper faisant un feu d’artifice à base d’avion de chasse et de gaz sarin à quelques pas d’une zone réelle de combat et au prix d’un bon paquet de dollars inutilement dépensé. C’est navrant d’irréalisme. Le dernier épisode ne relève guère le niveau, la capture de Roper parait trop facile, trop heureuse pour être plausible.

Dès lors, une question se pose : pourquoi cette série est-elle globalement ratée ? On ne peut incriminer le manque de moyen. Le budget de la série, à en voir le casting et les lieux de tournages est conséquent, on sent que la BBC a mis le paquet et d’ailleurs on le voit/ressent dans son cachet : visuellement la série en jette, les décors sont somptueux et multiples, le générique est très classieux, les costumes font précieux. Bref, il y a de l’argent à chaque image. Et c’est tout.

Car le premier problème vient peut-être des acteurs : si Olivia Colman est excellente dans son rôle d’agent britannique enceinte, à la fois pragmatique et idéaliste, rappelant Fargo (de même que l’ensemble des acteurs liés à Londres), on ne peut pas en dire de même des autres. Hugh Laurie est à peu près crédible en trafiquant d’armes quoique, il lui manque un certain degré de pourriture ; Elizabeth Debicki (qui interprète Jed, la faire-valoir de Roper) fait sa mannequin en tentant de nous faire croire à son trauma de mère mais sans être particulièrement convaincante ; Tom Hiddleston est juste pas à sa place, absolument pas plausible dans le rôle d’un ex-soldat, gangster prêt à tout (il ne ferait même pas peur à une mouche), prêt à en découdre avec des trafiquants d’armes. Il est le moins crédible de tous, probablement parce qu’il n’arrive pas à se départir de son côté aristo trop propre sur lui alors que là pour le coup il devrait avoir les mains un peu sales. Mais à voir l’obsession chic et distinguée de la série, on comprend que les scénaristes n’ont pas voulu salir complètement leurs personnages et leur intrigue.

Et l’intrigue justement.  Là où il aurait fallu se focaliser sur l’enquête et ses ramifications, le série se noie dans des intrigues presque secondaires (les histoires d’amour d’Hiddleston et sa scène hot qui fait déjà le bonheur des internautes), se complaît dans son faste et rechigne à faire tomber le masque. Les scènes à Londres sont finalement les plus intéressantes et les moins tape-à-l’oeil. A l’inverse tout ce qui se passe en dehors de Londres (à la frontière notamment) ne fait pas crédible, et verse dans une certaine fascination pour le monde dans lequel vit Roper, sans oser montrer l’envers du décor (cf. la scène où le père et le fils viennent montrer les cadavres des villageois tués pendant la démonstration, on ne voit pas les cadavres — trop sales — ni ce qu’il adviendra du père et de son fils, c’est juste évoqué).

En gros, une série glamour, alors qu’elle prétendait, de prime abord, s’inscrire dans un contrat de lecture réaliste avec les références à la géopolitique actuelle du Proche et Moyen Orient, qui se satisfait de son image, et, par une écriture faible, rechigne à aller voir plus loin, derrière le masque, derrière le faste.

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