Youth de Paolo Sorrentino

Fred Ballinger (Michael Caine) est un chef d’orchestre qui a pris sa retraite et s’est retiré du monde pour passer ses jours dans un hôtel luxueux des Alpes suisses où séjourne également Mick Boyle (Harvey Keitel), un réalisateur vieillissant entouré de son équipe de scénaristes et qui cherche à produire son dernier film, son testament cinématographique.

Dans ce cadre bucolique, fait de petits déjeuners dans un restaurant aux nappes blanches, de séances de jacuzzi et de remise en forme, de check-up médicaux, de marches à pieds dans les alpages, et d’animations en soirée, les deux compères contemplent leur vie passée, évoquent leurs anciennes amours, s’inquiètent de leur capacité à pisser, et méditent sur leur vieillesse avec ironie, regret et une certaine fatalité sur l’empreinte qu’ils laisseront une fois partis…

La galerie de personnages déployée dans ce film est aussi loufoque qu’attachante : la fille de Fred, Lena (Rachel Weisz), qui vient pour s’occuper de son père alors qu’en réalité c’est elle qui a besoin de soutien après sa rupture avec son mari ; Jimmy Tree (Paul Dano), l’acteur maudit dont tout le monde se rappelle de son rôle de robot dans un nanard hollywoodien, qui réfléchit à son prochain rôle censé casser son image ; le moine bouddhiste qui médite devant l’hôtel ; le garçon qui joue du violon ; le vieux couple qui ne parle pas ; et, bien sûr, Miss Univers (celle de l’affiche et de la bande-annonce)… Cet hôtel est quelque part entre celui du Lobtser, en bien moins kafkaïen, et le Grand Budapest Hotel.

Mais ce décor entre absurde et beauté n’est finalement qu’un écrin pour évoquer ce qu’est la création artistique et en quoi elle est, finalement, vanité. Bien sûr, quelques scènes sont un peu trop appuyées, un peu clichées, mais le film est très agréable, car, avec humour et sous l’apparence de l’anecdotique, il parvient à distiller une atmosphère douce-amère qui rend cette évocation touchante et réjouissante à la fois.

Michael Caine et Harvey Keitel cabotinent et en même temps parviennent à jouer certaines scènes avec cette justesse des acteurs qui savent qu’ils n’ont pas besoin d’en faire trop. Paul Dano est très bien également dans ce rôle d’acteur blasé. Rachel Weisz est peut-être un peu en-dessous (mais son personnage également).

La fin du film est particulièrement belle, sur le fil du rasoir entre le suspens émotionnel de trop et une très belle évocation du sens de la vie en évoquant ce qui la stoppe brutalement. La dernière scène est une sorte de longue élégie lyrique pour amener un plan final, simple et beau.

Un film sensible, donc, sur ce que signifie vieillir, aimer, regretter, souffrir… vivre, donc.

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