High Rise de Ben Wheatley

Le docteur Laing (Tom Hiddleston) vient d’emménager dans une tour d’immeuble d’apparence plutôt moderne, dont l’agencement répond aux souhaits d’autarcisme et de hiérarchie sociale de son concepteur, l’architecte Royal (Jeremy Irons). Au bas de l’immeuble les familles les moins aisées avec enfants, au haut de l’immeuble l’immense appartement de Royal, entre les deux un dégradé de catégories socio-professionnelles, qui peuvent éventuellement se retrouver dans les espaces communs comme la piscine ou le supermarché. L’ensemble de l’immeuble est conçu de telle manière que ses habitants n’ont pas à sortir à l’extérieur pour assouvir leur besoin, à l’exception de leur trajet jusqu’à leur travail. Pour le reste — courses, loisirs ou démarches administratives — tout est possible à l’intérieur de l’immeuble.

Le docteur Laing va découvrir que la vie au sein de cet immeuble est loin d’être idéale : coupures d’électricité fréquentes, problèmes de voisinage, incapacité à sortir de l’immeuble ou à vivre avec les autres, tous ses facteurs agissent sur les individus, les menant les uns contre les autres. Il ne manque plus qu’une nouvelle coupure d’électricité à l’étage 10 pour que les conflits éclatent, et que l’expérience sociale de l’architecte, tel un démiurge, peut commencer.

N’est pas Kubrick qui veut. Le réalisateur, dont le précédent film, A Field in England, se distinguait également par sa forme originale et sa narration chaotique mais bien plus convaincante, tente ici par tous les moyens de recréer l’atmosphère d’Orange Mécanique : décors années 70, scènes oniriques au ralenti, contraste entre scènes calmes et brusque irruption de violence. Impossible pour qui n’a pas lu l’oeuvre originale de savoir si ce choix de mise en scène façon Kubrick convient au roman de J. G. Ballard, en tout cas elle est tellement mal faite qu’elle devient vite maniéré, inutile voire nuisible au propos.

Le réalisateur passe assez vite sur l’installation de Laing, et ses rencontres avec les autres locataires de l’immeuble, pour aller tout de suite dans la description du chaos et de la décadence généralisée, après la coupure de courant à l’étage 10. Sauf que l’on se prend à regarder des êtres se battre, copuler en tous sens, sans avoir saisi véritablement leur dégénérescence : comment en sont-ils arrivé à se comporter de la sorte ? Et bien le réalisateur ne l’explique pas vraiment, il ne semble pas s’intéresser au processus intermédiaire, passe vite sur l’état initial de l’immeuble pour mieux se complaire dans la description du chaos. Oui, se complaire car quand on ne s’intéresse pas à ce qui a créé un état de chaos, mais qu’on se contente d’en montrer les effets, alors on n’est qu’un simple et vulgaire voyeur. Seule explication fournie pour aider les spectateur à comprendre, l’immeuble les a rendu fous, les a montés les uns contre les autres ; il a levé les règles de civisme, faisant tomber ses occupants dans l’état sauvage. Est-ce là le propos du livre ? Quoiqu’il en soit, c’est assez navrant.

Le film se complait donc dans une suite de scènes chaotiques, assez ennuyeuses parce que répétitives et vides de sens. Et ce n’est pas la citation de Thatcher sur le libéralisme à la fin qui peut rattraper in extremis son manque de propos. Une citation qui finalement montre bien que le réalisateur a renvoyé ce livre aux méandres des années 70, sans chercher à le prolonger jusqu’à nos jours. Une déception pour un réalisateur qui avait proposé une lecture bien plus sagace de la révolution anglaise.

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