Game of Thrones (saison 6) de David Benioff et D.B. Weiss

La saison 5 se terminait par un plan en contre-plongée sur le corps de Jon Snow puis sur son visage alors que la vie quittait peu à peu son corps. La saison 6 reprend exactement au même moment, Jon est toujours couché dans la neige, mais ses compagnons d’armes viennent de le retrouver et transportent son corps à l’intérieur. La sorcière rouge semble bien désemparée, elle qui pratique la magie depuis des lustres ne semble pas savoir comment ramener Jon à la vie. A  cet instant, Jon est bien mort.  Sansa Stark a réussi à fuir Ramsay Bolton (on n’avait pas compris par quelle réflexion étrange elle en était venue à se marier avec lui) et elle semble décidée à reconquérir le royaume de son père, contre la famille Bolton. Comment ? On l’ignore. Et avec qui ? Encore moins. Sur les terres du roi, Cercei ne sait pas comment se débarrasser du  moineau. Elle qui, il y a quelques temps, assassinait à tour de bras, semble à présent éteinte, incapable de la moindre action. Daenerys, la reine aux trois dragons, est captive des hommes-chevaux, ce qui lui donnera l’occasion de rallier à elle une nouvelle tribu. Quant à Tyrion, notre nain-bouffon-alcoolique-mais-sage, il a trouvé refuge à Meereen et semble aimer son vin. 

A-t-on vraiment cru une seconde que Jon Snow était mort ? Non, même pas un millième de seconde. On imaginait dès la fin de la saison 5 que ce dernier reviendrait soit, version facile, grâce à l’intervention de la sorcière rouge dont la présence parmi les Nightwatchers offrait aux scénaristes une combine parfaite pour ramener Jon à la vie, soit, version plus complexe imaginée par certains internautes, Jon serait enrôlé par le Night King. Les scénaristes ont donc mis deux épisodes à se rallier à la première solution, devant les yeux assez consternés des spectateurs qui se demandent encore et toujours pourquoi autant de simagrées pour si peu d’effets.  Les retrouvailles entre Sansa et Jon illustrent bien ce qu’est devenue la série : ce qui aurait du être une grande scène dramatique autour de ces deux personnages devient une scène banale, vaguement émotive mais si peu réjouissante à l’image de la série. Autre exemple : la fameuse révélation sur Hodor. Oui, ok, et donc ? Vu que personne ne se posait la question, car à aucun moment les scénaristes nous avaient laissés entendre qu’il y avait là baleine sous gravier, lorsque la révélation arrive, elle fait plouf. Pire encore : la révélation sur l’origine des white walkers, l’élément dramatique le plus crucial de toute la série, l’incarnation de l’Hiver dont la venue est promise, est presque bâclée et est très décevante telle qu’elle est présentée (elle se termine en simple poursuite par des zombies, du mille fois déjà vu).

Autre aspect problématique (merci à S. de m’avoir fait prendre conscience de cela) : le ratage complet de tout l’aspect fantasy. Car, en quoi consiste les sources d’inspiration auxquelles puise GoT ? D’un côté Maurice Druon et ses Rois maudits, c’est-à-dire toutl’imaginaire des dynasties royales française et anglaise, de leur incestueuse (ici c’est particulièrement le cas) rivalité ; de l’autre J. R. R. (tout auteur de high fantasy qui se respecte a trois initiales en lieu et place de prénom) Tolkien et sa Terre du Milieu. Le dosage entre ces deux aspects révèle une absence d’équilibre. En d’autres termes, la tradition Maurice Druon (intrigues entre familles royales qui sont prêtes à tout pour le trône) l’emportait largement dans les deux premières saisons (tiens, ce sont aussi jusqu’à présent les deux meilleures…) alors que la tradition fantasy était en arrière-plan, extrêmement alléchante, du coup, car très, très mystérieuse : un arbre étrange au tronc blanc et aux feuilles rouges à Winterfell, des sortes de zombies des glaces (mais en beaucoup, beaucoup plus flippant !) et des oeufs de dragon. Au fur et à mesure de la série, de quoi se rend-t-on compte ? L’inspiration Maurice Druon fait de plus en plus défaut (ce qui vient sans doute de l’absence des livres de Martin), l’inspiration Tolkien est de plus en plus présente. Or celle-ci est très, très mal utilisée. Soyons honnête : les dragons sont la caution fantasy en apparaissant une ou deux fois par saison et en servant de deus ex machina un peu fatigants à force, la révélation sur l’origine des white walkers a fait pschiiit, devenant une scène banale (et pas très réussie) d’un film de zombies lambda — que reste-t-il ?

Pas grand chose… si ce n’est, les thèmes abordés par la série. Rappelons pour mémoire quelques uns des thèmes présents dans la trilogie du Seigneur des anneaux : sacrifice de soi pour le bien de tous, l’héroïsme comme le dépassement de soi, la camaraderie et l’entraide, la peur de l’inconnu (face à laquelle, justement, il n’y nul héroïsme si elle n’est pas dépassée), la cupidité, l’amour, etc. Quel thème reste-t-il à GoT, une fois les jolis oripeaux oubliés ? Tous les hommes sont des salauds ; toutes les femmes sont des salopes… sauf ma mè… ah, non, sauf les enfants, qui sont forcément innocents (American pawa oblige).

C’est bien pour cela que le personnage de Jon Snow cristallise autant l’enthousiasme des spectateurs : il est le seul qui apporte un tant soit peu un aspect heroic fantasy en incarnant des valeurs autres que tout pour ma gueule. Non pas que l’aspect réaliste et la bassesse des impulsions humaines ne soit gênante puisqu’il était même l’élément qui donnait sa force réaliste à une série fantasy, mais il est simplement devenu synonyme de violence et (de moins en moins cela dit, ce qui n’est pas dommage, car cela crée des scènes de complaisance vraiment problématiques) et de sexe, notamment de sexe imposé aux femmes. Encore une fois, à mesure que la série a progressé dans les saisons, à mesure qu’elle oublié le fond (la tradition Druon) ou qu’elle l’a foiré (la tradition Tolkien), ne reste alors plus que la forme, le clinquant, la baise et le pillage, le massacre gratuit et la cruauté, le tout filmé avec complaisance.

Il lui manque la couronne…

Côté intrigue, les personnages semblent être pris d’une paralysie aiguë, incapables d’agir alors qu’ils en ont les moyens (et il y a quelques temps la volonté). A moins qu’il ne s’agisse uniquement de combines scénaristiques pour tirer en longueur une histoire qui ne tient plus. Car comment poursuivre l’adaptation d’une série littéraire qui n’a pas été finie d’écrire sans se retrouver le bec dans l’eau, à brasser de l’air, à remuer vaguement en attendant une noyade assurée ? Arya voulait devenir une sans nom, elle aura consacré une partie de son temps à accomplir ce destin… pour finalement revenir à ce qu’elle était avant (oui mais maintenant elle est biclassée noble/assassin !). Cercei va passer deux saisons à se débarrasser du moineau, pourquoi rencontre-t-elle autant difficultés ? On l’ignore. On remarque simplement que le haut moineau est devenu une sorte de pape (alors qu’auparavant, on ne parlait jamais de lui), qu’il a conquis un pouvoir sans commune mesure sur l’ensemble du royaume, dictant sa loi à la cour, faisant arrêter des dignitaires parmi les plus importants, sans que personne ne s’oppose à lui. Puis, tout aussi rapidement, il est finalement zigouillé avec quasiment toute la cour par une Cercei « machiavélique ». Donc, le pape est assassiné, tout le monde sait qui a commandité l’attentat, et Cersei monte sur le trône de fer, ce qui n’a jamais été possible et qui jusqu’alors provoquait des crises de succession à n’en plus finir dès qu’une femme s’en approchait. Bon… Quant à Daenerys, qui doit conquérir les sept royaumes, elle est toujours coincée dans sa cité dans l’attente d’une flotte qu’elle ne parvient pas à acquérir.

Alors certes, les costumes sont toujours jolis, les décors assez éblouissants (quoique l’utilisation des images de synthèse tende à devenir envahissante et laide, avec pour exemples le siège de Riverrun et, encore plus flagrant, la bibliothèque d’Oldtown où arrive Sam en fin de saison — dont le personnage est devenu totalement inutile, d’ailleurs si ce n’est visiblement pour aller chercher une épée…), mais l’ensemble retient de moins en moins l’attention, car il ne reste plus que cela : quelques belles images deci delà. Notons d’ailleurs en passant que la plupart de ces belles images sont uniquement des images de batailles et de violence de plus en plus outrancière et glorifiée (ainsi tout le personnage de Sandor Clegane ne sert-il plus qu’à cela : faire du brutal). Exemple-type : la fameuse bataille des bâtards qui, au final, ne sert pas à grand chose.

En réalité, il est difficile ici de ne pas faire le lien avec un article récent du Hollywood Reporter qui fanfaronnait sur le fait que, parmi les Hollywoodiens (oui, ces gens-là sont aussi étranges qu’une espèce extra-terrestre), nombreux étaient les rôlistes.

En fait, je crois que le problème est là, justement. Car, si parmi les scénaristes et les producteurs à Hollywood, dont D. B. Weiss, les rôlistes sont nombreux, cela ne signifie qu’une seule chose : ils ont connu des univers imaginaires nombreux et variés. Ils ont donc une certaine imagination qu’ils ont développé au contact du jeu de rôles.  Pour autant, savent-ils raconter une histoire ? la mettre en scène ? développer une intrigue ? Non, absolument pas. C’est le problème de la geekosphere : parce qu’ils fréquentent assidûment, parfois avec folie, les univers imaginaires, ses membres sont souvent persuadés 1) qu’ils ont des idées originales et 2) qu’ils sauraient comment les mettre en récit (littéraire, cinématographique, etc.). Or, c’est totalement faux. Je ne reviens même pas sur l’idée d’originalité (J. K. Rowling, au secours !). Quiconque a tenté de franchir le pas entre le simple aficionado de JDR et l’écriture sait bien à quel point raconter une histoire, ce n’est pas simplement avoir une bonne (ou deux bonnes ou trois…) idée(s). Neil Gaiman, ce pape des geeks, le disait lui-même : tout le monde a des idées, une idée ne fait pas un roman. Un roman s’écrit. Idem pour une série. Et en plus, elle se met en scène, se dirige, etc.

Prenons un exemple : le personnage de la sorcière rouge. Voilà un personnage intéressant lorsqu’il apparait : il était très flippant. On ne savait pas bien ce qu’elle faisait, si elle avait vraiment des pouvoirs, si elle était juste dingue, si un dieu étonnamment sombre pour un dieu solaire l’investissait de pouvoirs et la faisant accoucher de démons. Lorsqu’on la voyait nue, en fait, on flippait grave, car on se disait : olala, ça va être encore terrible. Qu’advient-il d’elle dans cette saison ? Elle ressuscite Djaysus-Jon, elle devient toute vieille (dans l’un ou l’autre sens) alors qu’elle a eu une crise de foi juste avant. 1) Quelle cohérence scénaristique ? 2) A quoi ça sert de nous montrer qu’elle est toute vieille ? Depuis, le personnage est devenu terne, et sa présence à l’écran ne dit plus rien. C’est un meuble. « Ah oui, au fait, la sorcière, tu peux pas nous faire une fireball alors que tu as « ressusciter les morts » qui est un sort niveau 48/ nécroman/ druide/ sorcier ? »

D’où le syndrome de Lost. Les scénaristes de GoT ont des idées (encore que : depuis qu’ils ne pillent plus dans les romans de George R. R. Martin, on voit que ça part en quenouille), mais on perçoit de plus en plus leur manque de « talent » (expérience ? travail ? rigueur ?) pour l’écriture d’une histoire (c’était pire encore dans le cas de Lost, une histoire qui ne se résumait qu’à des cliffhangers de plus en plus artificiels, avec un mort qui revenait à la vie et était tout transformé… hum… mais surtout avec une fin totalement absconse). Car en fin de compte, entre les deux-trois premiers et les deux derniers épisodes de la saison six, on peut oublier tout ce qui a entre les deux. (Ce qui touche à un autre problème : le format des séries qui est de plus en plus abusé, en ce sens où trop de séries feraient simplement un bon film.)

Un espoir cependant. Celui de la fin, car la reine des dragons a enfin ses bateaux, elle va donc commencer sa longue traversée vers Westeros. La fin est donc proche pour notre plus grand plaisir. Pour faire genre, les producteurs ont décidé de couper la prochaine saison en deux parties de sept épisodes. Au point où on en est, ça nous fait même pas peur d’attendre encore deux ans pour voir qui va enfin s’asseoir sur le trône.

Sachant que des fans ont déjà anticipé la fin et échafaudé des théories extrêmement plausibles sur la véritable identité de Jon Snow (théorie confirmée lors de cette saison), il ne reste plus qu’à se préparer à une fin digne de Lost.

Etes-vous prêts pour le grand pschiiiit final ?

– « Tu crois ? » – « Ben oui, attends, t’as vu comment ils commencent à créer des révélations dramatiques au dernier moment sans avoir pris la peine de les amener ? » – « Ro putain. J’veux pas finir comme dans Lost ! »

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