Le bureau des légendes (saison 1) d’Eric Rochant

Nom de code : Malotru. Identité : Paul Lefèbvre, professeur au lycée français de Damas. Mission : infiltrer le réseau des élites syriennes pour repérer des individus susceptibles de travailler pour la DGSE, le renseignement français. Après six années de service en Syrie et en Jordanie, l’agent Malotru rentre en France pour reprendre sa vie d’antan, effacer Paul Lefebvre et former de nouveaux agents de terrain. Ses supérieurs le surveillent de près, il n’est en effet pas rare qu’un agent de retour de mission peine à abandonner son ancienne identité et à se débarrasser de ses habituels comportements d’espion. Si Malotru semble parfaitement répondre aux attentes du bureau quand il s’agit de gérer la disparition de Cyclone, un agent infiltré en Algérie ou de former un nouvel agent, il reste fuyant sur ses aventures nocturnes. Et pour cause : à Paris, Malotru retrouve son ancienne amante, Nadia, qu’il avait quitté quelques mois plus tôt à la fin de sa mission. Le bureau voit d’un mauvais œil ces retrouvailles, et Malotru lui-même finit par avoir des doutes sur les raisons exactes de la présence de Nadia à Paris.

Contrairement à l’impression donnée par ce teaser made in Canal + (tout en subtilité comme toujours), la série joue beaucoup sur le quotidien du travail des bureaux de renseignement. Alors certes, il y a du suspense, de l’action parfois mais surtout les membres de la DGSE travaillent, compilent des renseignements, cherchent à en obtenir d’autres car ici l’information vaut de l’or.

Le principe de cette saison, fidèle en cela à ce que Eric Rochant avait déjà fait pour le cinéma avec Les Patriotes, est de suivre le quotidien du bureau, qui doit gérer plusieurs agents et donc plusieurs situations : le retour de Malotru et la manière avec laquelle il va effacer (ou non) son identité fictive, la disparition de Cyclone qui va drainer toutes les ressources du bureau, la formation de Marina Loiseau, futur agent en Iran. Le spectateur suit donc ses trois fils narratifs, l’un occultant les autres en cas de crise (le sauvetage de Cyclone par exemple) sans qu’aucun de ses trois fils ne soit perdu en route. Mise à part la gestion de la disparition de Cyclone, l’attention du spectateur est cependant concentré sur Malotru et sur sa manière de naviguer entre les services pour faire avancer ses propres intérêts et notamment son attachement à Nadia.

Cette construction scénaristique permet d’éviter l’écueil de la trame unique avec rebondissements à chaque épisode, et permet également de rendre compte d’un quotidien (certes largement dramatisé) pendant lequel les services gèrent différents dossiers, allant du plus urgent au plus banal. Elle a cependant un défaut : les fils se jugent les uns par rapport aux autres et à ce compte-là, toute la partie sur Marina Loiseau assez peu intéressante (pour ne pas dire nuisible au reste de la série), principalement du fait du jeu de l’actrice, Sara Giraudeau, et pour être honnête de son physique : sa voix chuintante, son corps rachitique, sa présence même à l’écran insupporte.

Pour le reste du casting, si des doutes initiaux accueillent le personnage (et l’interprétation) de Jean-Pierre Darroussin en chef de service, tant il semble « à côté de la plaque », avec le temps il (im)pose son personnage ce qui fait changer de regard sur lui (et confirme que Darroussin est un très bon acteur). Quant à Mathieu Kassovitz, il est dans un rôle qui lui convient : l’homme intelligent, double, un peu joueur, dégageant une grande maîtrise, qui croit mener tout le monde mais finalement se rend compte qu’il ne maîtrise rien et s’est laissé prendre dans un jeu qui le dépasse. Léa Drucker en psychologue est surprenante, sa présence étonne de prime abord puis, au fil des épisodes, elle s’est révélée intéressante…

… à l’image de cette saison finalement qui, lentement mais sûrement, s’installe dans l’esprit du spectateur. Peu attrayante au départ, parce que paraissant lente et presque anecdotique, la série séduit pour qui veut bien être patient. On attend donc la suite avec impatience.

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