La Tortue rouge de Michael Dudok de Wit

Tortue_rouge_poster_jap_FR-1024x695Un homme fait naufrage sur une île perdue au milieu de l’Océan. Il tente à plusieurs reprises de construire un radeau pour quitter cette île, mais le gigantisme de ses constructions ne peut rien contre la force surnaturelle d’une tortue rouge qui l’empêche de partir au large et le ramène inexorablement à son point de départ. Par dépit, il profite de la période de ponte des tortues pour tuer cette dernière en la retournant sur le dos. Après quelques heures (ou quelques jours), l’homme regrette son geste et tente vainement de réanimer l’animal. Il se couche finalement à ses côtés et à son réveil il découvre médusé que la carapace de la torture abrite désormais le corps d’une femme, bien vivante cependant…

Le film a reçu un accueil plus que favorable dans la presse, les journalistes le qualifiant tour à tour d’oeuvre magistrale ou de pur chef d’oeuvre et le fait que le studio Ghibli ait en partie financé ce film a fortement contribué à sa réputation. Si le partis pris visuel est cohérent sur la première moitié du film, il parait parfois incongru sur la seconde moitié, ce qui donne l’impression de voir deux films différents, un premier qui frôle l’immensité mais qui a été comme phagocyté par un second film plus conventionnel et, pour tout dire, un peu fallacieux.

Dans la première moitié du film, l’homme est seul sur l’île où il a fait naufrage. Il tente à plusieurs reprises d’en partir mais doit affronter une tortue rouge qui l’en empêche. Il n’y a aucun dialogue dans cette partie, ce qui est logique puisqu’il est seul ; le temps semble s’écouler lentement au rythme des échecs de cet homme et à aucun moment nous avons connaissance des raisons de son naufrage et encore moins des motivations de la tortue. On a alors l’impression de voir un film sur l’opposition entre cet homme et cette tortue, entre l’humanité et la nature et voyant que ce dernier avait tué la tortue puis le regrettait, on anticipe un film sur le remords ou comment l’homme allait pouvoir dépasser son geste.

Puis la tortue est devenue une femme. Par la suite l’étrangeté de son apparition disparaît peu à peu et cette femme n’a plus aucune apparence fantastique. Pourtant elle ne parle pas et il n’y a toujours pas de dialogue, ni entre l’homme et sa femme, ni plus tard avec leur enfant. Parce qu’il a trouvé cette femme, l’homme renonce à quitter l’île. Il s’y installe, à un enfant qui lui partira de l’île pour aller voir le monde. Le film devient alors une sorte de parabole sur la vie, offrant une vision de l’existence humaine qui est, pour le moins, problématique même si elle se veut sereine. Le fantastique refait surface à l’occasion de la mort de l’homme, mais trop tard pour redonner une aura fantastique à cette parabole qui laisse un goût d’inachevé.

Néanmoins, la scène finale de la fin de vie de l’homme est très belle, très calme, et le film, dans son ensemble, brille par cette tentative — d’où l’absence de paroles, sans doute — de vouloir dire la vie humaine. Alors certes, c’est beau (les scènes de nage du fils avec les tortues, notamment), certes il n’y a pas de dialogue, certes la musique est belle mais pour dire quoi ? Que l’existence humaine n’est qu’un isolement rendu tolérable par une présence féminine et une descendance. C’est un point de vue bien masculin (d’une part) et la vie n’est-elle, au final, que cela ?

LN (& Mathieu)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s