Orange Is the New Black (saison 4) de Jenji Kohan

Après la courte escapade en dehors des murs de la prison et quelques minutes dans les eaux tiédasses d’un lac, les détenues doivent revenir à la triste réalité de la détention. Un retour en forme de descente aux enfers, puisque depuis que l’administration de la prison a été confiée à une organisation privée, les conditions de détention se sont rapidement détériorées : doublement de la capacité d’accueil des détenues (moyennant quelques très esthétiques lits superposés), restrictions budgétaires sur la nourriture (livrée à présent en sachet et juste réchauffée dans les locaux), sur les programmes de réinsertion (limités à des stages non rémunérés axé sur la construction de locaux dans l’enceinte même de la prison), sur le suivi personnalisé des détenues et surtout remplacement des gardiens formés pour la gestion de détenues par des anciens soldats revenus pour certains d’Afghanistan. Tout cela sous la direction d’un Caputo de plus en plus inquiet du devenir de sa prison mais ne devant son salaire qu’à son aimable coopération.

Cette saison 4 se focalise sur la gestion privée de la prison de Litchfield, pour mieux (dé)montrer à quels points confier la gestion d’une prison au secteur privé est une ânerie particulièrement dangereuse. L’Etat américain verse pour chaque détenue une somme d’argent sensée permettre à l’entreprise de prendre en charge tous les frais occasionnés par sa détention, il est donc très tentant pour cette entreprise cherchant à faire de l’argent de doubler la capacité d’accueil de la prison (sans doubler la surface de la prison ni ses sanitaires), et de rogner sur tous les frais de détention pour empocher la différence. L’entreprise fait donc de l’argent et des économies sur tout : nourriture, soins, surveillance, etc. Tout est bon pour faire monter le pactole que les actionnaires se partageront à la fin de l’année sur le dos des détenues. Ensuite, tout est affaire de communication, à chaque problème dans la prison le service com de l’entreprise doit d’abord « trouver un angle pour les médias », avant de trouver une réelle solution aux problèmes posés. Y compris quand il y a un décès.

Car avec la détérioration des conditions de détention, la tension monte entre les détenues, et rapidement entre les communautés, chacune essayant de se trouver des « amies » pour se sentir plus protégée. Le comportement des ex-soldats ne fait qu’empirer les relations entre les détenues et entre elles et le personnel, ce qui fait que tout le monde sait que tôt ou tard l’orage va éclater. Il est intéressant que les scénaristes aient choisi lors de l’événement dramatique qui va à la fois symboliser la montée en violente et son incontrôlabilité la détenue la moins dangereuse et le gardien le moins violent.

Si la démonstration sur la gestion privée des prisons est convaincante, le reste l’est un peu moins. Sans faire de mauvais jeu de mots, les personnages tournent en rond, se donnent des airs de caïds puis redeviennent de gentilles détenues dans un sempiternelle recommencement qui n’a rien à voir avec l’idée de représenter le quotidien des détenues mais plus avec l’incapacité des scénaristes à imaginer autre chose. Et l’humour toujours présente dans cette série finit parfois par nuire au propos, notamment quand la dénonciation des conditions de vie des détenues est presque invalidé par une scène comique entre des gardiens ou entre des détenues.

Si la créatrice veut parler de choses sérieuses (et visiblement elle a de quoi faire), il est peut-être temps qu’elle mette en peu de côté l’aspect potache de la série et qu’elle joue un peu plus la carte du réalisme, quitte à faire beaucoup moins sourire. Elle a les personnages qu’il faut pour le faire.

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