The Book of Night Women de Marlon James

Lilith est née dans une plantation de la Jamaïque en 1785. Sa mère, une esclave, est morte en lui donnant naissance. Son père, Jack Wilkins, un homme blanc responsable du travail des esclaves sur la plantation, avait probablement violée sa mère et ne reconnait pas sa fille, tout au plus lui permet-il de ne pas connaitre le sort des esclaves des champs en la plaçant parmi ceux qui travaillent comme domestique auprès des propriétaires de l’exploitation. Ignorant ses origines, Lilith est confiée à un vieux couple d’esclaves, Circe et Tantalus, de la propriété Montpelier à la Jamaïque.  Lilith grandit dans la peur des blancs et dans la méfiance vis-à-vis des autres esclaves, notamment des Johnny-jumpers, des esclaves choisis par les blancs pour maintenir l’ordre et la cadence dans les champs et qui n’hésitent pas à l’occasion à violer quelques femmes quand l’envie leur en prend. A l’âge de 14 ans, Lilith est déjà pour son malheur une très belle jeune fille, avec ses yeux verts qui détonnent et sa peau métissée. En voulant se défendre d’un Johnny-jumper, Lilith commet l’irréparable. Pour échapper à toute sanction, elle est prise en charge par Homer, une esclave travaillant dans la maison du maître, qui va la cacher en attendant d’en faire une domestique. Auprès d’Homer, Lilith apprend à survivre aux contacts des blancs et parmi les esclaves alors qu’une insurrection se prépare.

Le roman suit l’itinéraire de Lilith, un personnage central qui par sa naissance semble constamment hésiter entre son appartenance à la communauté des esclaves et son attirance pour la société des blancs où elle pense avoir sa place. L’identité du narrateur n’est dévoilée qu’à la toute fin du roman même si au trois-quart du récit on peut supposer qui il est. Loin de raconter l’émergence d’une insurrection à travers le regard de ceux qui l’ont organisée, comme Homer, l’auteur choisit de coller au point de vue de Lilith, qui n’est finalement pas partie prenante de cette insurrection même si elle en connait certains détails et certains protagonistes. On ne sait donc finalement peu de choses dans la narration sur les protagonistes de la révolte et la manière avec laquelle ils l’ont organisée (mais si cette révolte semble fictive, on voit que Marlon James s’inspire de révoltes historiques), on assiste en revanche à son déclenchement et à sa répression mais toujours au travers du regard de Lilith.

Lilith est présentée dès le début du roman comme un esclave à part, du fait de sa naissance (elle est la fille d’un blanc) et de son apparence (ses yeux verts et sa peau qualifiée par certains autres esclaves de blanche). En grandissant, et malgré les avertissements d’Homer, Lilith reste attirée par la société des blancs, rêvant de vivre parmi eux. Homer lui reproche constamment de penser comme une blanche et de parler comme une blanche, ce qui d’après elle ne lui apportera que malheur et désillusion. Le personnage de Lilith chemine sur une arrête entre deux mondes antagonistes : élevée parfois au rang de proche, comme dame de compagnie ou femme, elle peut, avec rapidité et brutalité, être ramenée à sa condition d’esclave. En choisissant ce personnage de Lilith, l’auteur explore toute la perversité des rapports de domination entre maîtres et esclaves, mais également entre les esclaves, entre ceux qui travaillaient dans les champs et ceux qui travaillaient comme domestiques, entre ceux qui coupent la canne à sucre et les Johnny-jumpers qui les surveillent ou entre les esclaves et les marrons. Se dévoilent alors toute une hiérarchie dans l’organisation de la plantation qui vise en partie à faire porter aux esclaves le poids de leur propre servitude (les maîtres par exemple leur délèguent l’exécution des sanctions).

Le personnage de Lilith refuse de prendre part à l’insurrection, parce qu’elle refuse de tuer à nouveau des blancs. A nouveau, parce qu’à plusieurs reprises, se sentant menacée, elle n’a pas hésité à le faire, allant même jusqu’à tuer des enfants blancs pour couvrir son méfait. Mais visiblement elle refuse d’agir par vengeance, n’acceptant que la défense. Dans le déferlement de violence qui mettra brutalement un terme à la révolte, Lilith sera l’une des rares à survivre. Je ne sais pas s’il faut voir là une amorce de réflexion sur la question du soulèvement face à l’oppression. Individuel ? Collectif ? Par soucis de se défendre ou par vengeance ?

Par le choix de son narrateur, l’auteur s’impose un style et un ton élémentaire, presque enfantin parfois, ce qui contraste avec l’âpreté des descriptions et des dialogues. La brutalité et la violence des rapports entre blancs et esclaves ou entre esclaves n’en apparaît que plus patente.

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