Jason Bourne de Paul Greengrass

Et donc Jason Bourne (Matt Damon) n’est évidemment (toujours) pas mort. Quand bien même on ne souvient plus vraiment de la manière dont se terminait le précédent film (dans l’Hudson ?), peu importe : Jason Bourne est toujours là, obligé de sortir de sa cachette, et il n’est pas content.

Il va donc s’en prendre au directeur de la CIA, Robert Dewey (Tommy Lee Jones), à son homme de main (Vincent Cassel) et dévoiler leurs néfastes plans en lien avec une multinationale des réseaux sociaux, Deep Dream dirigé par un gourou du Net 2.0, Aaron Kalloor (Riz Ahmed), le tout avec l’aide inattendu (hum, hum) de la nouvelle directrice de la branche cybernétique de l’Agence, Heather Lee (Alicia Vikander).

Ce qui est bien avec les Jason Bourne, c’est qu’on les a déjà tous vus. Récapitulons : Jason se cache quelque part où personne ne viendrait jamais le chercher, comme sur une plage déserte en Thaïlande, une banlieue moscovite ou un meeting de Les Républicains. Là, il était peinard à mener des combats à la frontière entre la Grèce et l’Albanie probablement contre des réfugiés qui tentent de franchir illégalement la frontière. Oui, vous ne le saviez pas, mais Bourne protège l’UE ! Bourne est la clause secrète du traité UE-Turquie. Ou alors, il passe ses soirées tranquilles en chill out dans des parkings souterrains à Athènes jusqu’à ce qu’une grognasse vienne lui rappeler que blahblahblah CIA, blablablah programme secret Treadstone, blahblahblah ton père savait…

Et puis là, paf ! Un méchant bourrin débarque d’Italie (ou de Russie ou des États-Unis, ça dépend), pas content qu’on ait interrompu son match de foot, et du coup tue la fille.

Du coup, étape 3, Bourne est véner, et se sent obligé d’enquêter.

Allo, le méchant ? — Oui ? — T’es mort !

S’ensuit alors à peu près 1h30 de film pendant lesquelles Bourne se ballade plus qu’un employé du Routard entre de multiples capitales européennes (car Bourne est euro-chic, voyez-vous), rencontrant des gens, leur tapant dessus, ne parlant pas beaucoup (« j’aime pô discuter ») le tout avec une migraine carabinée, ce qui est pas facile, facile, d’aucuns vous le diront, c’est le genre de trucs qui vous pourrit les vacances. Et puis Bourne, il aime bien les ordis, alors il cherche tout le temps à regarder ce qu’il y a dedans. Parce depuis cinq films maintenant, Jason a des flashs dans lesquels il revit son passé oublié/ enfoui/ effacé dans lesquels il découvre la vérité sur qui il était. Bon, ça fait cinq films que ça dure, et il en découvre à chaque fois, ça ne s’arrête jamais. Dans le prochain film, Jason découvre que Darth Vader était son père… Et il aime bien les aéroports, les gares, bref, le genre d’endroits où tu passes peinard quand tu es cherché par la CIA qui, dans le même film, est présentée comme étant capable de couper le courant dans un hangar perdu à Rejkiavik.

Dernière étape : Bourne trouve le méchant, on a droit à une scène de discussion/ révélation et bim, il le tue, reprend contact avec la gentille fille de la CIA (il drague Alicia Vikander comme un ouf) et disparaît adroitement sur la musique de Moby.

Vous comprendrez qu’après avoir vu cinq fois le même film, on commence à trouver le temps un tantinet longuet. D’autant que la succession ininterrompue de scènes d’actions mal filmées (elles sont illisibles et donc sans intérêt narratif) devient très, très rapidement monotone. Même les scènes de foules, là aussi illisibles, sont dénuées de tout suspens, contrairement à ce qui avait été réussi, dans l’un des précédents films, dans la gare de St. Pancras. La manifestation à Athènes n’est vraiment là que pour faire joli, car les drapeaux rouges, ça rend bien en arrière-plan. La preuve :

Quelle idée de se donner rendez-vous ici : c’est rempli de communistes ! – Jason ? – Ouais ? – La guerre froide est terminée ! — Ah, mais tu vas voir ce qu’ils vont se prendre dans la tronche, ces gauchos !

On pourrait pardonner ce copié/ collé en se disant que si le film n’est pas réussi en tant que film d’actions ni ne brille pas son originalité, il pourrait néanmoins faire preuve de quelques qualités en tant que film d’espionnage d’autant que le thème choisi ici (la surveillance du Net dans un monde confronté au terrorisme) soulève des questions importantes.

Ah-ah, mais petits filous, visiblement vous croyez encore à Hollywood ! Or le Père Noël vient prendre régulièrement l’apéro chez moi à ce compte-là !

Car, au final, le film nous explique que la grande méchante CIA est vraiment, vraiment vilaine car elle espionne les gens (ouh-là, révélation ! Will Smith, au secours !), et d’t’façon, le gouvernement, il est encore plus vilain d’abord (Eastwood a tué Greengrass et a possédé son corps, en fait). Alors que si les gentilles compagnies du Web étaient libres de faire ce qu’elles veulent, hé ben le monde serait plus libre et nos données seraient protégées des vilains gouvernements.

Voilà, voilà.

Juste une chose, pour mémoire : Paul Greengrass, c’est le type qui a réalisé Bloody Sunday. Je dis ça, je dis rien.

Quoi ? Qu’est-ce vous dites ? Greengrass est devenu libéral-libertarien ? Ah putain, dur !

 

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