11.22.63 de Bridget Carpenter

Al (Chris Cooper), propriétaire d’un café ambiance sixties, confie à l’un de ses proches clients Jake, un professeur d’anglais (James Franco), l’existence d’un passage secret dans son établissement qui permet de retourner dans l’année 1960. Ayant lui-même fait des voyages réguliers vers cette époque mais souffrant à présent d’un cancer, Al demande à Jake d’y aller à sa place pour accomplir une mission. D’après Al, la situation aux USA n’a cessé d’empirer depuis la mort de J.F. Kennedy et surtout Al ayant perdu de nombreux camarades dans la guerre du Vietnam, il est persuadé qu’en  empêchant la mort du mythique président, il évitera la guerre et tout ce qui a suivi. Jake hésite, mais Al le rassure : même s’il reste plusieurs années en 1960 jusqu’à l’assassinat, il ne se sera passé que quelques minutes en 2016, il ne fera le voyage qu’une fois au risque d’effacer par un nouveau voyage ce qu’il a accompli dans le précédent et il ne doit agir que sur Kennedy et ne pas chercher à modifier autre chose car le temps est capricieux et empêche par des effets paradoxaux toute modification. Jake finit par accepter : pour empêcher l’assassinat de Kennedy, il doit d’abord être sûr que Lee Harvey Oswald a bien agi seul. Il doit pour cela être le témoin de la tentative ratée d’assassinat sur le général Walker, quelques mois avec celui de Kennedy. Si Oswald tente seul de tuer Walker, alors Jake peut le tuer pour l’empêcher d’agir à nouveau. Si Oswald n’est pas seul, alors Jake même en le tuant ne pourra pas empêcher la mort de Kennedy.

Après avoir réglé quelques derniers détails pratique, la mission peut alors commencer…

Adaptée d’une nouvelle de Stephen King, la série est produite par J. J. Abrams, qui en avait acquis les droits avant James Franco. Pas moins de trois scénaristes sont aux commandes de cette adaptation, même si le nom de Brigid Carpenter revient le plus souvent (elle a écrit le pilote et les quatre derniers épisodes). A la réalisation, après un pilote réalisé par Kevin Macdonald (The Last King of Scotland), le reste des épisodes est réalisé par des différents tâcherons (dont James Franco lui-même pour l’épisode 5).

N’ayant pas lu la nouvelle de Stephen King, je ne peux que constater ce qui en a été fait dans la série, bonne adaptation ou mauvaise adaptation je ne saurais dire, mais en tout cas tout cela est loin d’être brillant.

Sur le contexte historique, la série est complétement à la ramasse : croire qu’un seul individu ou un seul événement peut modifier le cours de l’Histoire (et empêcher une guerre) me parait quelque peu déraisonnable. Pour ce qui est des raisons amenant tel ou tel événement il n’y a jamais qu’une cause unique, mais au contraire une multitude de facteurs, aussi l’idée que la survie de Kennedy empêche la guerre au Vietnam me parait farfelue. Enfin, la série pose la question de la responsabilité de Oswald dans l’assassinat de Kennedy, en limitant son questionnement au fait qu’il agisse seul ou non. Hormis Stephen King (comme il l’avouait dans un entretien avant la sortie de la nouvelle), peu de journalistes ou d’historiens n’accréditent la thèse d’un tireur unique. Quant à savoir si Oswald n’a agit que pour son compte, cela parait illusoire. Pourtant la série valide la version officielle et cela malgré les importants travaux menés par des journalistes ou des historiens pour la remettre en cause. Stephen King dans le même entretien affirmait avoir lu de nombreux ouvrages sur la période, notamment pour acquérir des détails sur la vie quotidienne afin de rendre son récit plausible, il disait qu’après avoir lu un certains nombres de chercheurs (historiens ? journalistes ? amateurs ?), il en était arrivé à la conclusion qu’Oswald avait agi seul, pour son propre compte et que l’idée qu’un seul homme puisse changer le cours de l’histoire lui plaisait énormément. De fait, c’est une idée séduisante en fiction, peu crédible en réalité.

« Quoi ? Oswald aurait agi seul ? Vous vous foutez de moi ou bien ? »

Non content de construire une intrigue sur un questionnement historique fallacieux, l’auteur (King ou Carpenter ?) semble prendre un malin plaisir à nourrir son récit d’éléments historiques contestables : Lee est un loup solitaire qui cherche la notoriété en tuant Kennedy (rien n’est dit sur ses motivations politiques ou si peu), le FBI qui pourtant le surveillait n’a pas vu en lui une menace, y compris après la lettre qu’il leur adresse, ce qui est leur seule faute dans cette histoire en ayant méjugé la dangerosité d’Oswald ; Kennedy vivant, il construit des camps pour réfugiés ( ?), pendant que l’Amérique est bombardée (par qui ?) et en 2016, elle est au bord de l’apocalypse ( ?). Dans ces lectures / choix historiques, rien n’est expliqué ce qui les rend on ne peut plus contestables (l’auteur fabule complètement).

Mais le plus beau dans l’histoire, c’est qu’on s’en fout puisque l’enjeu de cette série (et apparemment de cette nouvelle), c’est la relation amoureuse inter-époques entre Jake et Sadie (Sarah Gadon). D’ailleurs voyant que Sadie est morte dans sa modification de l’Histoire et constatant que le non-assassinat de Kennedy n’a pas rendu les USA meilleurs (on se demandent bien en quoi ? Faut être un peu con con pour croire aux mondes meilleurs ; pour certains les USA sont très bien avec la mort de Kennedy), Jake retourne en 1960 et ce faisant efface tout ce qu’il a fait, soit les sept premiers épisodes de cette série qui en compte huit. Ca valait la peine de les voir.

Donc parlons maintenant de cette histoire d’amour puisqu’elle est au cœur de cette série : conventionnelle, infantile (ils se querellent et se pardonnent au moins une fois par épisode), assez barbante il faut le dire car les deux acteurs n’ont pas une once de sensualité et on a quand même beaucoup de mal à les regarder se courir après sans bailler. Bref un désastre romantique.

Dès lors, on se demande pourquoi compliquer la narration avec l’assassinat de Kennedy, si le seul enjeu de cette série était l’histoire d’amour. Probablement pour profiter de l’aura qu’à l’assassinat dans la société américaine, quitte à coller à la version officielle pour éviter de s’embourber dans des raisonnements compliqués et quitte à évacuer cette question pour se cacher derrière un propos conventionnel sur l’amour. On appelle ça de la publicité mensongère, et j’y vois même une certaine forme de pleutrerie à vouloir aborder l’un des grands événements de l’histoire des États-Unis pour n’en sortir qu’une pathétique histoire d’amour.

Fuyons ce naufrage !

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