Turn: Washington’s Spies (saison 3), de Craig Silverstein

Alors que la guerre continue de faire rage entre les armées du Congrès américain dirigées par Washington (Ian Kahn) et les troupes de Sa Majesté britannique, le réseau d’espions, le « Culper Ring » joue un rôle toujours aussi crucial entre la petite bourgade de Setauket dans le New Jersey — avec nos personnages récurrents, Abe Woodhull (Jamie Bell), Anna Strong (Heather Lind), leur liaison en barque, Caleb Brewster (Daniel Henshall) et son accent irlandais — et New York où, grâce à un aubergiste mormon, Robert Townsend alias Culper Sr.  (Nick Westrate), le réseau a quelqu’un directement infiltré au coeur du lieu de beuverie de tous les officiers britanniques.

Pourtant, alors que les forces britanniques se sont divisées dans des rivalités entre l’armée régulière dirigée par le Major Hewlett (Burn Gorman) et les Queen’s Rangers du Lieutenant John Simcoe (Samuel Roukin), le réseau lui aussi a du plomb dans l’aile du fait des multiples conflits amoureux et des suspicions personnelles…

Bon, soyons clairs, Turn nous apporte dans cette saison une vraie révélation : la fin du XVIIIe siècle aussi était producteur de soaps interminables. Setauket devient le Santa Barbara de la Côte Est avant l’heure.

Cette saison a sombré dans tous les défauts précédemment énoncés et sur l’ensemble de la saison, la première moitié des épisodes n’est qu’histoires d' »amour » et de fesses entre la plupart des personnages. Même notre lieutenant patriote, Benjamin Tallmadge (Seth Numrich) rencontre une belle dans les bois… ah mais pas d’bol : c’est une tory !

Bref, on se fait chier, et grave.

Et puis, soudainement, après cinq épisodes, les scénaristes se sont souvenus qu’ils avaient vaguement une histoire à raconter. Pas grand chose, hein, c’est pas grave : une guerre d’indépendance, la naissance d’une nation, l’affrontement d’un tout petit Etat qui avait peine à l’être avec le plus grand empire de son temps, d’une armée faite de bric et de broc avec l’armée la plus puissante de l’époque, et le rôle de l’espionnage au milieu de tout cela. Petit sujet, donc, un peu juste en terme d’intrigues, vous en conviendrez, et donc qu’on peut traiter rapidos en cinq épisodes. Du coup, faut bien meubler, hein, et raconter des histoires de cul mièvres pour faire tenir les téléspectateurs.

« Nom de nom ! Maintenant si vous ne revenez pas à l’intrigue principale au lieu de vous vautrer dans vos histoires de fesses, je vous préviens, j’en dézingue un ! » — « Ok, ok, ok ! »

Et, d’un seul coup d’un seul, voilà que la série redevient intéressante, renouant donc avec les déboires du Major John André (J. J. Feild), obligé de fuir Philadelphie face à l’avancée des troupes américaines et donc de quitter sa bien-aimée dont il se languit, avec les atermoiements (un peu pénibles, disons-le) du Général Benedict Arnold (Owain Yeoman) face aux accusations de corruption qui salissent son honneur et face aux tentations, corporelles et monétaires, que proposent sa nouvelle épouse, Nancy Shippen (Ksenia Solo) pilotée par André. A Setauket, Abe se débat comme il peut avec l’ex-Captain Rogers qui veut sa vengeance contre Simcoe — l’aspect le plus agaçant de cette saison… après la première moitié désastreuse, donc.

Dès lors, la série renoue avec ce qui faisait son intérêt : l’époque, la guerre, l’espionnage. Malheureusement, tout cela est bien timide, bien anecdotique et vraiment faible. Tant bien que mal , cette troisième saison fait également avancer la chronologie, et nous amène donc au final tant attendu : le destin ultime d’André. Et là aussi, il faut bien l’admettre, alors que c’est également le final de la saison, la déception est au rendez-vous. Ce qui devait être une apothéose dramatique est filmé de manière bien trop banal, et même si effectivement tout cet épisode sur la manière dont André a dû être repéré en territoire ennemi a pu être affreusement trivial, l’incapacité à mettre cela en scène de manière un tant soit peu dramatique en dit long sur l’incompétence de l’équipe derrière la série.

« Dites, les gars, vous croyez pas qu’on est en train de foirer la scène, là ? » –« Oh, hé, ça va, M. « Tom Hiddleston lookalike », M. « Ch’uis la star de cette saison », nous tu sais combien on est payés pour jouer les mercenaires ? »

Voilà donc un beau gâchis que cette série. Car il est très peu commun, pour ne pas dire très rare, d’avoir une série à l’époque des Révolutions atlantiques, et avec un casting historique de choix : Washington en tête de gondole, mais surtout tous les espions qui gravitaient autour de lui et les espions britanniques à New York autour d’André, l’affrontement de deux armées, les loyautés difficiles et conflictuelles. Le tout est réduit à des enjeux dignes d’un soap. C’en est à pleurer de frustration.

Tout n’est pas à jeter, et j’y ai appris plusieurs choses (notamment dans les deux premières saisons en fait). Mais l’impression d’ensemble qui domine à présent est celle d’une série dont les créateurs ne savent plus quoi en faire et qui part donc en queue de boudin.

Et quand ces mêmes créateurs ratent la fin d’un des personnages les plus passionnants qui soit, mieux vaut passer son chemin.

Self portrait of John André drawn on the eve of his execution. 14.27 x 11.3 cm. From the Yale University Manuscripts & Archives collection, MS 0442, box 54, folder 726. Source : Wikipedia. Le document qui te fait voir à quel point la série a raté son sujet.

 

 

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