La Peinture américaine des années 1930 : l’âge de l’anxiété au Musée de l’Orangerie

L’objectif de cette exposition est de faire découvrir les courants artistiques américains des années 1930, période caractérisée par de profonds bouleversements économiques et sociaux et marquée par la crise économique, la dépression, le Dust Bowl mais aussi par l’élan d’optimisme suscité par l’élection de Roosevelt et son fameux New Deal. Comment les peintres américains rendent-ils compte de ces bouleversements ? En suivant plusieurs artistes associés à des courants artistiques distincts, l’exposition ambitionne de dresser un tableau exhaustif de cette période qui aurait vu naitre l’art moderne américain.

Le parcours de l’exposition s’ouvre sur l’illustre tableau de Grant Wood, American Gothic (le livret ne manque pas de mentionner qu’il s’agit de la première exposition de cette œuvre en France). Une œuvre qui selon les critiques vantait la ruralité américaine ou au contraire en dénonçait le puritanisme. Quelque soit notre perception, on ne peut qu’être admiratif de la rigueur qui se dégage de ce tableau, avec ces lignes droites, ces couleurs ternes, ces visages fermés et ces yeux tantôt fuyants le regard de l’observateur ou au contraire les fixant avec impassibilité. L’impression d’ensemble de ce tableau reste cependant celle d’une grande âpreté.

Grant Wood, American Gothic, 1930

Le parcours de l’exposition se divise ensuite en quatre salles thématiques. Tout d’abord, les contrastes américains entre des artistes vantant l’industrie, comme Charles Sheeler, ou ceux du courant régionaliste vantant au contraire le retour à la terre comme Grant Wood, Marvin Cone ou le subtil Alexandre Hogue et sa vision de la terre-mère. Je trouve ce tableau d’une vulgarité inouïe, d’une part parce qu’il reprend à son compte un leitmotiv éculé de la terre femelle, d’autre part parce que tout dans le tableau est grossier et notamment l’ajout de la charrue qui est le comble du mauvais goût.

Alexandre Hogue, Mother Earth Laid Bare, 1938

Suit une salle consacrée à la ville, vue par les artistes comme à la fois un lieu de divertissement et un lieu d’excès. Malheureusement pour l’ensemble des artistes exposés dans cette salle, un tableau de Hopper s’est glissé parmi eux et attire immédiatement le regard. Cette jeune femme pensive, restée sur le bas-côté d’une salle de cinéma nous laisse percevoir toute la finesse du travail de ce peintre et son impressionnante capacité d’évocation avec cette apparence de simplicité. Le tableau est sublime et accroche immédiatement le regard, laissant finalement peu de place aux autres.

Edward Hopper, New York Movie, 1939

Devant un avenir incertain, l’histoire devient pour certains artistes une zone de refuge qu’ils revisitent à leur manière, sans omettre d’en souligner les parts sombres (comme le peintre Aaron Douglas que je retrouverai dans l’exposition au quai Branly). Le tableau de Grant Wood, Daughters of the Revolution, présenté dans cette section ne manque pas d’humour. le contraste entre la bonhomie apparente de ces trois grand-mères et l’attitude guerrière de leur ancêtres rappelée dans le tableau derrière elles est assez plaisant.

Grant Wood, Daughters of the Revolution, 1932

La dernière salle se focalise sur la prise de conscience des artistes américains de ce qui se joue en Europe. Le spectre de la guerre apparait de plus en plus et les artistes se demandent dès lors qu’elle sera leur rôle. Dans des autoportraits, ces derniers se présentent en clown ou en figure torturée par ce qu’il advient. A noter dans cette salle, un Guernica américain qui ferait bien pâle figure s’il devait être confronté à celui de Picasso. Je trouve encore une fois l’œuvre assez grossière, comme beaucoup d’autres dans cette exposition.

Philip Guston, Bombardment, 1938

L’exposition se clôt (en partie) de façon spectaculaire sur la confrontation de deux artistes et de deux tableaux : d’un côté Edward Hopper et de l’autre Jackson Pollock, l’un représentant le versant réaliste des années 1940 et l’autre son penchant abstrait.  A ce jeu là, Edward Hopper est à coup sur gagnant puisque ces œuvres jouant la carte du narratif favorise immédiatement l’adhésion du public. L’œuvre de Jackson Pollock est reléguée à un anti-Hopper de manière un peu frivole. Une dernière salle projette des extraits de films réalisés pendant cette période, une conclusion étrange pour une exposition qui finalement n’a pas pris la peine de rendre compte des évolutions artistiques et d’est contenté d’une évocation thématique, plus ou moins cohérente. Toutefois, cette exposition mérite le détour, notamment pour le fabuleux et célèbre tableau de Grant Wood et pour les deux tableaux d’Edward Hopper.

Edward Hopper, Gas, 1940

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