Le bureau des légendes (saison 2) d’Eric Rochant

A la fin de la première saison du Bureau des légendes, Guillaume Debailly alias Malotru (Mathieu Kassovitz) était recruté par la CIA dont il espérait obtenir l’aide pour libérer celle qu’il avait connue lorsqu’il était en Syrie et dont il était resté amoureux, Nadia el-Mansour (Zined Triki). Cette dernière, après avoir été conseillère dans les négociations entre le gouvernement de Bachar el-Assad et la « Rébellion », a été capturée par les services secrets syriens. Parallèlement, Marina Loiseau alias « Phénomène » (Sara Giraudeau) est parvenue à se faire recruter comme sismologue pour aller en Iran. Là-bas, elle prend contact et se rapproche de Shapur Zamani (Moe Bar-El), fêtard invétéré mais qui est également le fils d’un haut responsable du programme nucléaire iranien. A Paris, le bureau a recruté Céline Delorme (Pauline Etienne), islamologue et arabisante. Un choix judicieux (indeed!), alors qu’une nouvelle crise se déclenche : un groupe lié à Daech exécute des otages… et l’un des bourreaux est un français. Tout cela va mettre les nerfs et le flegme de Henri Duflot (Jean-Pierre Darroussin) à rude épreuve.

Personnages fins et magnifiquement incarnés et suspens savamment distillé grâce à une écriture et une réalisation toujours aussi soignées — le Bureau des légendes continue d’être un vrai plaisir : une série d’espionnage crédible, passionnante, et extrêmement agréable.

Cette deuxième saison — une troisième est d’ores et déjà annoncée — surprend encore davantage que la première par son rythme très étrange. La narration prend son temps, semble même faire du sur place parfois avant d’être relancée inopinément au milieu d’un épisode. Et pour cause, les scénaristes ont opté pour une toute nouvelle forme de narration, entremêlant actions présentes et actions passées dans un ensemble cohérent. Il faut se laisser porter, donc, par ce récit qui (dé)joue (avec) les codes du genre. Redisons-le : la grande force de la série réside également dans ses personnages, et notamment dans la relation entre Malotru et Duflot, dans la subtile  peinture psychologique de ces deux serviteurs de l’Etat. D’ailleurs, le propos sur la trahison, la loyauté (à son équipe plutôt qu’à l’Etat en réalité) donne encore davantage de profondeur à ces deux personnages. A noter également en ce qui concerne le casting et le personnage de Toufik Boumaza alias Deep Blue le djihadiste français de Daech, l’excellent  acteur Illyès Salahimpressionnant dans ce rôle difficile et qui parvient à rendre son personnage plausible loin de toute caricature ou de tout effet de fantasme. L’atmosphère barbouze et le glauque des compromissions avec les mouvements islamistes semble également crédibles à défaut d’être réalistes.

Un autre intérêt se situe dans la démonstration habile de la force de l’intelligence humaine qui reste indispensable  pour faire avancer le renseignement. La technologie est certes utile, mais ne remplace pas le doute, le questionnement des agents. L’échange entre Malotru et Celine Delorme est éclairant sur la manière de travailler des agents : elle parle de mauvais pressentiment sur une opération en cours, là où lui pense qu’elle a gardé en mémoire un fait troublant qu’elle ne parvient pas à retrouver ce qui l’amène à lui conseiller de revoir ses dossiers. Même impression avec cet agent spécialiste des écoutes qui voit apparaître sur l’écran du téléphone portable surveillé de la sœur d’un djihadiste un site web de toilettage canin pendant quelques secondes, élément qu’il ne prend pas en compte immédiatement mais qu’il gardera à l’esprit, ce qui le conduira à découvrir un élément capital.

Seul bémol, et de taille : le personnage de Marina Loiseau qui est parfois écrit paresseusement (on a l’impression qu’elle ne travaille jamais en Iran) et surtout qui est incarné de manière très problématique par Sara Giraudeau. Ses mimiques, le ton de sa voix, son regard constamment perdu, son jeu atone empêche de croire à une agent de la DGSE infiltrée en Iran. Par contre, les scénaristes ont su rester subtils quant à son sort aux mains des Gardiens de la Révoluion : il aurait été détestable qu’ils nous fassent croire à sa survie dans le désert, pour finalement nous montrer son exécution sommaire (comme cela avait été le cas dans une scène dégueulasse de House of Cards). Sur ce point, on sent que les scénaristes aiment leurs personnages et ne se permettent pas de jouer avec eux comme des pions dans une intrigue.

Cela dit, il semblerait que ce soit une consigne de jeu de la part des réalisateurs et de Rochant : tous les acteurs sont sur un mode atone, entre flegme et impassibilité. Sans doute cela participe-t-il de la crédibilité de la série. A ce jeu flegmatique, Jean-Pierre Darroussin est passé maître : la scène où il mime un avion atterrissant tant bien mal est absolument délicieuse.

Autre gêne, liée également à Sara Giraudeau mais aussi à Pauline Etienne : la série nous montre par l’évidence le traitement que le cinéma ou la télévision réserve aux actrices. Leur maigreur est tout simplement insupportable : Sara Giraudeau, particulièrement, mais Pauline Etienne également quand on se souvient de son lumineux rôle dans La Religieuse.

Malgré ces reproches, Le Bureau des légendes s’impose comme une série de très grande qualité, entre réalisme et plaisir pur du thriller d’espionnage, avec une utilisation très habile du contexte géopolitique actuel (au point que parfois, une gêne s’installe lorsque l’on voit que, déjà, Daech est devenu objet de fiction). Pour toutes ces raisons, chez les boggans, on attend la troisième saison avec impatience.

 

 

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