Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris

La Monnaie de Paris ouvre ses portes à l’illustre artiste italien, Maurizio Cattelan, que l’on présente comme irrévérencieux et qui pour cette raison même attire le public. De lui, on connait avant tout le petit Hitler et la rencontre inopportune entre un météorite et un pape. On promet au visiteur une expérience unique, l’artiste ayant « investi » le lieu de son humour provocateur, c’est lui qui a choisi les 17 œuvres exposées, lui qui a organisé le parcours et l’a intitulé « Not Afraid of Love ». Je suis sceptique.

Comme toujours à la Monnaie de Paris, l’exposition des œuvres occupe le moindre espace, y compris le grand escalier d’entrée. En montant cet escalier, le visiteur se retrouve face à une sculpture de femme étendue de dos sur un lit, les bras, les pieds et le corps entravés dans une position rappelant la crucifixion, l’ensemble de l’œuvre étant présenté dans sa caisse de transport. Plus tard, on apprendra que pour cette œuvre, Sans titre (La Donna Crocefissa), l’artiste s’est inspiré (et rend donc hommage) à la photographe Francesca Woodman,qui aimait se prendre en photo et s’est donnée la mort à l’âge de 22 ans. La référence religieuse est manifeste, de même que le malaise que provoque cette vision d’une femme dont le visage est caché au regard mais dont la souffrance est par contre exposée de manière presque brutale. Au-dessus de notre tête, un cheval pend misérablement au-dessus de l’escalier d’entrée. Novecento (1997) fait référence à la tradition de la statue équestre, on voit ici un cheval dépouillé de sa grandeur, suspendu dans le vide et réduit à une écrasante inaction. La juxtaposition des deux œuvres est curieuse, pour ne pas dire problématique.

Sans titre, 2007

Dans le petit hall d’entrée, quelques pigeons nous observent, on comprendra plus tard qu’ils sont peut-être notre double satirique. Mais le visiteur attiré par le bruit d’un tambour ne s’attarde pas et avance dans la grande pièce du musée. Occupée alors par une seule œuvre, La Nona Ora. Souvent présentée comme une œuvre blasphématoire, ramenant la divinité du pape à la réalité du météorite (je trouvais l’idée plaisante), les documents accompagnant l’exposition de cette œuvre insistent au contraire sur sa profonde religiosité, l’artiste ayant voulu montrer le calvaire de cet être de foi, écrasé par sa charge et ne pouvant vivre au plus simple sa relation à Dieu, notamment au moment où il affronte sa propre fin. Le pompon est décerné à Olivier Py (directeur du festival d’Avignon) qui en rajoute une couche en affirmant que toute personne est chrétienne parce que le message de Dieu est universel. J’ai cru défaillir. Le bruit de tambour provient de la coupelle, où un enfant inexpressif au possible nous gratifie périodiquement de sa ritournelle au tambour. Rapport entre les deux œuvres ? Pas vu.

« La Nona Ora », 1999

En passant dans une autre pièce du musée, d’autres pigeons nous observent d’en haut. Parmi eux se trouve un double en miniature de l’artiste et l’on apprend au passage que ces pigeons évoquent la présence nombreuse et parfois encombrante des touristes (Others, 2011 – Mini-me, sans titre 1999). Nous voilà prévenus ! Maurizio est de nouveau offert à notre regard, mais cette fois il ne nous observe pas d’en haut, on ne voit que sa tête qui sort d’un sol comme si l’artiste venait d’y faire un trou pour y passer subrepticement (Sans titre, 2001). Symbole de la position de cet artiste par rapport au monde de l’art ou simple plaisanterie bouffonne. Peu importe finalement, les visiteurs s’approchent pour voir le dessous de la scène pour n’y trouver finalement qu’une statue au-dessus d’une pile de livres.  Beaucoup de savoir-faire technique pour un propos finalement assez simpliste. Même impression avec All, une série de neuf gisants recouvert d’un drap blanc. L’artiste y évoque la mort anonyme, puisque qu’on ne voit pas le visage des morts, on ne peut que deviner leur silhouette. J’ai été surprise par le décalage entre la difficulté technique que représente l’utilisation du marbre par l’artiste pour faire ses gisants et la simplicité du propos (pour ne pas dire son prosaïsme).

All, 2007

La suite de l’exposition confronte le visiteur a des œuvres disparates, qui abordent une multitudes de thématiques, plus ou moins biographiques comme ce « Charlie dont’ surf » (1997) qui évoquerait le traumatisme du petit Maurizio à l’école, symbolisé par cet enfant dont les mains percées telles le Christ par un crayon sont figées sur sa table de travail  ; « We », représentation en doublon de l’artiste sur un lit de mort, face à une autre représentation de lui, cette fois pendu à un portique (Sans titre, 2000). Avec Sans titre (2007), Maurizio Cattelan met en scène deux chiens qui semblent protéger un petit poussin (le texte qui accompagne l’œuvre est un condensé de n’importe quoi sur le thème de la paternité).

Him, 2001

Le parcours de l’exposition se clôt sur l’œuvre emblématique de l’artiste, Him (2001). De dos, le visiteur voit un petit garçon habillé en culotte courte, agenouillé dans la position d’un communiant. En approchant, il peut découvrir le visage de l’enfant, qui n’est autre que le visage adulte d’Adolf Hitler. Une œuvre voulue provocante mais qui n’a plus d’impact dès lors que l’on sait déjà quel est le visage de cet enfant. Quant à l’idée d’incarner le mal absolu, j’ai toujours trouvé l’idée assez sotte, à moins de représenter un homme ordinaire. Mais il est bien évident qu’Hitler n’incarne que lui même et qu’il n’est pas plus le mal absolu que tout autre de son espèce.

* * *

J’étais passé à côté sans la voir. Dans une alcôve proche de la première salle, une sculpture représente un homme assis sur le sol, une couverture lui couvrant le visage et le haut du corps. Un texte nous explique qu’à l’ouverture de l’exposition, les commissaires ont retrouvé le corps de Maurizio Cattelan dans la rue. Ils l’ont donc ramené dans le bâtiment et l’expose ici, expliquant qu’il est plus probable que l’artiste ne soit pas mort, et qu’il s’agisse là de sa peau qu’il aurait abandonnée dans la rue lors de sa mue. Mise en scène assez stupide, nécessaire cependant pour donner du corps à une œuvre qui autrement ne serait rien d’autre qu’une banale mise en scène de la misère.

Sans titre (Gérard), 1999

Beaucoup présente cet artiste comme quelqu’un de provocant, cherchant à perturber le visiteur et à le forcer à la réflexion. On dit de ses œuvres qu’elles sont tour à tour loufoques ou glaçantes. J’avoue que pas une de ses œuvres ne m’a fait tressaillir, au mieux (c’est-à-dire rarement), j’ai trouvé tout cela plaisant mais jamais perturbant.  Visiblement cet artiste se préoccupe beaucoup de son image, se réfère énormément à la religion et à la mort. Mais il est difficile de saisir ce qu’il pense réellement de ces thèmes, puisqu’il semble constamment se dérober à toute interprétation. Blasphémateur ou au contraire pieux, moqueur ou sérieux, on ne sait pas vraiment où il se place. Est-ce le signe d’un artiste génial ou au contraire la marque d’un imposteur, j’avoue que cette exposition m’a plutôt fait pencher pour la deuxième solution.

 

 

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