Les Temps mérovingiens au Musée de Cluny

L’objectif de cette exposition est de replacer la dynastie mérovingienne dans la continuité de l’époque antique. Qu’il s’agisse des arts, de la manifestation du pouvoir royal ou des relations à l’au-delà, les Mérovingiens sont fortement influencés par les mondes antique et byzantin. Cette nouvelle perspective, en écho avec l’historiographie récente, permet également de sortir cette époque de sa représentation traditionnelle et d’y voir autre chose que des temps barbares.  Le parcours de l’exposition offre un panorama de l’activité artistique et intellectuelle des temps mérovingiens, de 471, date de la bataille des Champs cataluniques à 751, date qui marque la fin du règne des « rois fainéants » et le début de l’ère carolingienne.

Arbre généalogique des Mérovingiens

La date du début de l’ère mérovingienne communément admise est celle de l’avènement de Clovis Ier, vers 481 – 482. Les commissaires de l’exposition lui préfèrent celle de 471, date de la bataille des Champs cataluniques. Ainsi la date retenue pour marquer le début de cette époque précède celle communément admise pour indiquer le début de l’époque médiévale (476, déposition du dernier empereur romain). Le texte d’introduction de l’exposition insiste alors sur le fait que la période mérovingienne est à cheval entre les deux époques, et que l’idée d’une rupture entre l’Antiquité et le Moyen Age est contestable.  Malheureusement, faute d’explication, on ne peut se faire une idée claire de l’importance du choix de cette date. En effet il est précisé qu’à la suite de la bataille des Champs cataluniques, le territoire de l’Empire romain d’Occident est remodelé mais aucune carte à ce moment-là du parcours ne permet de visualiser ces changements. Il faudra être patient pour avoir enfin une carte des territoires concernés par l’exposition (à peu près à mi-parcours ce qui est dommage). On peut cependant comprendre que la date qui marque le début de l’époque mérovingienne fait débat et que le choix des commissaires de l’exposition a été d’en faire davantage une période de transition entre les mondes antique et médiéval plutôt qu’une rupture.

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Les Royaumes Francs

A travers différents thèmes, le visiteur est amené à constater l’influence du monde antique dans l’organisation du pouvoir mérovingien puis dans ses activités intellectuelles et artistiques. Le premier pôle de l’exposition s’intéresse au représentation du pouvoir mérovingien, en mettant en évidence sa filiation avec l’empire romain et ses influences byzantines. Quelques objets et textes viennent appuyer cette démonstration, l’une des pièces les plus prestigieuses est le trône de Dagobert, d’inspiration antique (forme en X).

Trône « de Dagobert » Fin du VIIIe siècle, IXe siècle ? Alliage cuivreux fondu et gravé, fer, nombreux restes de dorure

A voir également dans cette partie , le trésor de Childéric exposé ici en est l’emblème : son anneau sigillaire (dont on ne possède qu’une copie) à inscription latine témoigne des influences antique et byzantine dans l’Art mérovingien. Childéric est représenté avec un manteau d’officier romain, portant en main droite une lance comme les empereurs byzantins, mais gardant la tête nue et les cheveux longs à la façon germanique. De ce trésor, sont en revanche bien exposées, les magnifiques Abeilles en or et grenat dont la finesse est pour le moins extraordinaire.

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Trésor de la tombe de Childéric, Abeilles, Ve siècle, Or et grenats

L’administration mérovingienne est d’inspiration romaine puisqu’elle repose sur des administrateurs locaux nommés par le Roi comme les dux ou les patrice. Contrairement à l’idée reçue (héritière notamment des Carolingiens puis transmise par l’historiographie du XIXe siècle), les rois mérovingiens n’étaient pas des rois « fainéants », leurs administrateurs leur permettaient de contrôler un vaste territoire de tribus d’origine diverses et de l’étendre au fil du temps. Par ailleurs, ils ont produit de nombreux documents administratifs, mais au début sur papyri ce qui a fragilisé leur conservation, à l’inverse des Carolingiens qui, à leur suite, ont adopté le parchemin, plus résistant.

Le deuxième pôle s’intéresse à la religion et explique comment la structure administrative du christianisme naissant reprend le maillage des anciennes provinces romaines, notamment autour de la figure de l’évêque. Des objets, manuscrits ou pierres tombales viennent illustrer cette porosité du christianisme naissant aux influences byzantine et romaine. La richesse des trésors découverts dans des tombes mérovingiennes témoignent d’une évolution des pratiques religieuses. De nombreux trésors sont exposés de même que des pierres tombales qui mélangent inspiration chrétienne (croix notamment) et forme romaine en édicule ou des sarcophages qui allient croix chrétienne à l’Alpha et l’Omega, ornée de décors en colonne.

Sarcophage de saint Drausin, VIe siècle, Marbre

Le troisième pôle s’intéresse aux écritures. C’est de loin la partie qui m’a semblé la plus complexe. Malgré les explications sur les différents formes que prenne l’écriture pendant cette période, je ne suis jamais parvenue à identifier les différences relevées dans les textes de présentation sur les manuscrits présentés (écritures onciales, semi-onciales de tradition antique et écritures cursives).  Je voyais bien des différences mais j’étais incapable de les rapprocher des différents types d’écriture présentés. J’avoue que l’exposition étant très riche et les éléments qui appuient la réflexion ne s’observant que sur des détails (la présence d’une forme antiquisante, d’un alliage byzantin), mon esprit a fini par faiblir et je n’arrivais plus à  bien maintenir mon attention. Dommage car cette partie sur les différentes formes d’écriture paraissaient passionnante.

Saint Jérôme, commentaire sur Isaïe, Fin du VIIIe siècle, Parchemin

Le dernier pôle offre un panorama des arts mérovingiens : ivoire, orfèvrerie, verreries. L’occasion de remettre en cause cette vision traditionnelle de cette période barbare, et d’ouvrir vers la dynastie suivant, celle des Carolingiens.

Une exposition complexe, riche par la profusion des objets présentés (et leur caractère exceptionnel) et des recherches scientifiques menées. Une exposition qui ne fait cependant pas toujours l’effort de se mettre à la hauteur des non spécialistes (une carte exposée tardivement, des textes extrêmement précis mais qui n’aident pas toujours au repérage des éléments cités). Toutefois, il est assez aisé de comprendre les objectifs de cette exposition, et de repérer quelques objets ou quelques textes pour s’y appuyer, même si j’ai eu l’impression de survoler certaines choses et donc d’être passée à côté de plein de nuances.

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