Etunwan, celui qui regarde de Thierry Murat

Dans la ville industrielle de Pittsburgh, Joseph Wallace mène une vie paisible auprès de sa femme et de son enfant. Photographe, il s’assure des revenus confortables en offrant ses services aux notables de la ville. Tenté par l’aventure, pour sortir d’un quotidien quelque peu ennuyeux, il s’engage dans une mission dirigée par le Docteur Walker et financée par le gouvernement américain dont l’objectif est de cartographier les Montagnes Rocheuses et de relever les gisements potentiels d’or ou de charbon. Dans le cadre de cette expédition, Joseph  doit photographier le relief, la végétation et la faune des régions traversées pour faciliter le travail de cartographie. Nulle mention n’est faite au départ des populations indiennes qui vivent toujours dans ces lieux et pourtant c’est à leur contact que le tranquille père de famille va vivre une révélation.

Lauréat 2016 du prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique, ce sublime album détaille avec finesse et poésie un triple cheminement, géographique, personnel et artistique. Si le personnage de Joseph Wallace quitte le cocon confortable de sa vie à Pittsburgh pour expérimenter un dépaysement et espérer ainsi nourrir son travail artistique, il est cependant loin de se douter que sa rencontre avec les populations indiennes va non seulement le mettre en doute personnellement mais également remettre en cause son approche photographique. En effet, l’approche réaliste qui a été la sienne à Pittsburgh dévoile ces limites dès qu’il s’agit de rendre compte de la beauté d’un paysage ou de la poésie d’une voix ou d’un visage.

L’expérience de ces terres lointaines est si bouleversante que Joseph ne peut se résoudre à reprendre sa vie ordinaire ce qui le conduit à programmer une nouvelle expédition avec  une approche plus ethnographique. Mais là encore alors qu’il semble avoir anticipé les moindres détails de cette seconde expédition, il se trouve à nouveau confronté à l’inattendu en la personne d’une jeune indienne dont il tombe amoureux. Face à l’inexorable avancée du commerce marchand et bien que son projet ethnographique se perde dans les méandres d’une société ne faisant que peu de cas de l’humain, reste alors la rencontre de l’autre qui à défaut d’avoir été partagée n’en a pas moins été vécue.

Tout l’album est porté par une douce mélancolie, visible notamment dans le découpage des planches (vastes comme les espaces qu’elle tentent de récréer et presque sans dialogue comme si chaque case était en soi une photographie que ne peut venir troubler la présence d’un dialogue), dans le recours systématique à des extraits du journal de Joseph Wallace qui donne un ton confidentiel à l’album et surtout dans le choix des couleurs, cette couleur sépia qui incarne si bien l’aspect crépusculaire de l’album.

 

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