The Night of de Richard Price et Steven Zaillian

Nazim (Riz Ahmed), un étudiant sans histoire, emprunte sans autorisation le taxi de son père (en fait un taxi acheté par son père et deux associés) pour se rendre dans une soirée en ville. Ne sachant pas comment mettre en veille le signal lumineux du taxi et étant perdu au milieu de New York, il est pris d’assaut par des clients et parvient non sans peine à les faire sortir de son taxi. Lorsqu’une très belle jeune femme monte à bord de son taxi, il tente également de la faire partir mais se ravise et lui demande finalement où elle souhaite aller. Parce qu’elle souhaite aller à la plage, Naz opte pour un tour sur les quais en face de l’île de Manhattan. Il oublie à partir de ce moment la soirée à laquelle il était invité et se laisse conduire par Andrea (Sofia Black-D’Elia), subjuguée par sa beauté et son caractère…

Le premier épisode de cette série qui en compte huit est une pure réussite. De son départ de la maison familiale jusqu’à son arrestation dans un commissariat de New York, le spectateur suit avec nervosité et empathie le parcours de Naz qui apparaît alors comme un jeune homme lambda attiré par une jeune femme, convaincue par elle d’ingérer des substances illicites et coupable désigné de son meurtre. Car sans révéler  toute la série (qui ne joue que très peu dans ce registre), Naz en se réveillant dans la cuisine d’Andrea après avoir fait l’amour avec elle, la découvre morte, le corps marqué de multiples coups de couteau. Tout dans son parcours cette fameuse nuit le désigne comme le coupable, tout sauf ses propres paroles car Naz nie en bloc être l’auteur des coups et cela malgré son black out dans la cuisine. La mise en scène de ce premier épisode accentue la proximité entre le personnage et le spectateur, si bien qu’à aucun moment et ce malgré les faisceaux de preuves, on ne peut se résoudre à sa culpabilité et on va même craindre qu’il ne soit arrêté. Hitchcock aurait été fier de ce tour de main cinématographique.

La série explore ensuite les méandres du système judiciaire américain, de l’incarcération de Naz dans l’une des prisons les plus violentes de l’Etat de New York (Rykers) jusqu’au procès : le séjour en prison avec des prisonniers condamnés dont le seul mérite est de transformer en quelques mois un suspect en homme violent, le système de négociation qui permet à un détenu d’alléger sa peine (et surtout d’éviter un procès long et coûteux au système) contre la reconnaissance de reconnaître sa culpabilité (le fameux « plaider coupable » qu’un certain Nicolas Sarkozy voulait à tout prix introduire dans le droit français et qui fait qu’aujourd’hui 90% des procès aux Etats-Unis n’ont tout simplement pas lieu — et ne pourraient pas avoir lieu — ce qui signifie que, concrètement, le premier des droits face à la justice, le droit à un procès équitable, est matériellement impossible), les méthodes de l’accusation (superbe scène pendant laquelle l’avocate de la partie civile met au pas un expert à quelques jours du procès), enfin le rôle de la défense (extraordinaire John Torturro) qui n’a qu’un seul objectif : instiller le doute dans le parfait récit concocté par la police.

La série est sobre, se concentre davantage sur les personnages que sur les rebondissements ou les scènes d’action et du coup donne une image assez plausible du système judiciaire américain. Un système bouffé par l’argent, par l’image et un système qui faute de moyens veut aller au plus vite et gère des procédures plutôt que des êtres humains. Le récit est assez lent et prend le temps de s’intéresser à tous les personnages, des parents de Naz à ses compagnons de cellule (notamment Freddy, le gang leader, alias Michael Kenneth Williams, l’inoubliable Omar de The Wire) . On retrouve ici ce qui a fait la qualité de séries comme The Wire : aucun manichéisme dans la construction des personnages mais au contraire des hommes et femmes pris dans un système dans lequel ils tiennent leur rôle, tout en ressentant doutes et questionnements comme l’inspecteur Dennis Box (Bill Camp) qui suit cette enquête, et qui, malgré les preuves, veut une confession car elle lui permettrait alors de ne plus douter.

Ce qui également remarquable dans cette série est la capacité des scénaristes à occulter parfois leur propos social et politique (sur le système judiciaire et sur les prisons) pour prendre le temps d’embarquer le spectateur dans un récit à priori secondaire mais pourtant fondamental pour comprendre certains personnages. Je pense surtout au récit autour du chat, qui court tout au long de cette série, et va nourrir profondément le personnage de l’avocat. Un récit drôle, touchant, pour tout dire humain dans un système qui ne l’est plus.

« Nah! I don’t want it! I’m allergic! »

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