13th d’Ava DuVernay

Film documentaire américain réalisé par Ava Duvernay (Selma) distribué par la chaîne Netfix depuis le 7 octobre 2016. Le titre du film fait référence au 13e amendement de la constitution américaine, célèbre pour avoir mis fin à la pratique de l’esclavage aux USA. Ce que le public connait moins est l’intitulé exact de cet amendement qui, certes, rend la détention d’un autre homme illégal mais en lui adjoignant une condition : si la personne a été reconnue coupable d’un crime alors il est légal de de lui infliger un état de servitude : « Neither slavery nor involuntary servitude, except as a punishment for crime whereof the party shall have been duly convicted, shall exist within the United States, or any place subject to their jurisdiction. » Pour la documentariste de ce film, cette condition illustre toute l’ambiguïté de la société américaine vis-à-vis de la population noire : bon nombre de blancs n’ont jamais admis la fin de l’esclavage et ont cherché au fil du temps à perpétuer cette pratique en la modifiant pour la rendre légale : de l’apprentissage forcé à la criminalisation raciale, le but est toujours le même, enfermer les noirs américains. 

L’objectif d’Ava DuVernay est d’expliquer l’incarcération massive de la population noire américaine depuis l’adoption du 13e amendement jusqu’à nos jours en s’appuyant notamment sur le vote et la mise en place de nouvelles lois criminalisant davantage l’homme noir. Elle s’appuie sur les témoignages d’une cinquantaine de chercheurs, politiciens, historiens, avocats, anciens détenus, activistes, parmi lesquels Angela Davis et Michelle Alexander.

Dès l’adoption de ce 13e amendement, le mythe de l’homme noir voleur et violeur vient se substituer à la figure de l’esclave. Cet homme noir violent est présent dans des films comme Birth of a Nation et son image se perpétue continuellement depuis dans les médias. Tout ceci crée un terrain propice pour préparer le discrimination à l’encontre des populations noires.

L’incarcération massive des noirs a commencé avec la violente répression du mouvement des droits civiques (notamment sous Johnson ainsi que l’a montré Heather Ann Thomspson dans un article fondamental, « Why Mass-Incarceration Matters« , du Journal of American History en 2010 — et que l’on peut écouter ici), mais elle s’est perpétuée par la suite en prenant d’autres formes. Au nom de la guerre contre la drogue sous les gouvernements Nixon et Reagan, des lois vont cibler davantage l’usage des drogues dans les populations noires que dans les populations blanches. C’est ainsi que le crack (drogue peu chère et circulant majoritairement parmi les populations noires) sera beaucoup plus lourdement pénalisé que la cocaïne (plus chère et circulant dans des milieux aisés blancs).

La privatisation du système carcéral va permettre à des entreprises peu scrupuleuses de se faire du pognon sur le dos des détenus noires., transformant les Etats-Unis en un véritable Etat carcéral. Elles reprennent à leur compte les anciennes locations de détenus mis en place dans le sud après l’adoption du 13e amendement pour récréer une logique de maître / esclave mais cette fois sous l’autorité de la loi. Et ces mêmes entreprises créent des consortium d’expert qui conseillent les élus (jusqu’au président) pour voter des lois (American Legislative Exchange Council). L’exemple le plus frappant est la règle des « 3 strikes », voté par Bill Clinton, suivant un rapport d’ALEC et qui a conduit à une augmentation sans précédent du nombre de détenus, augmentation qui se traduit pour ces entreprises par plus de main d’oeuvre à bon marché.

Au final, et grâce à une législation particulièrement constante dans sa lutte contre la criminalité supposée des populations noires, il y a à l’heure actuelle plus de noirs américains en détention que d’esclaves en 1850.

Le constat est accablant, d’autant que le documentaire ne peut offrir de perceptives positives sur l’avenir, dans un contexte où des policiers peuvent sans sommation tuer un homme ou un adolescent noir au prétexte qu’il s’est senti menacé. Et l’élection de Donald Trump ne laisse aucun espoir pour la suite malheureusement.

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