Westworld (saison 1) de Jonathan Nolan et Lisa Joy

Westworld est un parc d’attraction qui recrée, en essayant d’être le plus réaliste possible sans toutefois décevoir les amateurs de prostituées et de combats de rue, l’ambiance et la vie du Far West. Pour un bon paquet de dollar, le joueur est ainsi plongé dans le petit village de Westworld où il côtoie des robots conçus pour lui offrir une expérience inoubliable : prostituées, hommes de mains, shérifs, renégats, toute la palette des personnages légendaires du Far West est déployée dans ce village pour permettre au joueur de choisir et de vivre son aventure pleinement. Le parc a été crée par Robert Ford (Anthony Hopkins) et un certain Arnold. Depuis la mort d’Arnold, Robert Ford doit partager la direction du parc avec un comité directeur représentant des actionnaires qui n’a pas forcément les mêmes ambitions que lui. Là où Ford veut avant tout offrir au public une expérience unique, le comité directeur veut se limiter à offrir aux clients une aventure ponctuelle, répondant à des besoins simples (flingues et gonzesse entre autre). Les tensions entre le créateur et le comité directeur sont courantes, mais dans un contexte où la sécurité du parc est mis à mal par le comportement erratique de certains robots, elle prend une nouvelle tournure. Pourquoi les robots se comportent-ils différemment depuis quelques temps ? Quelqu’un est-il en train de les manipuler ? Et si oui, qui ? Et dans quel but ? Alors que les joueurs continuent à affluer dans le jeu, l’avenir du parc est incertain et le chaos n’est pas loin…

Créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy, produite par J. J. Abrams et Bryan Burk, adaptée du film éponyme de Michael Crichton (1973) et diffusée sur HBO, Westworld était LA série de cette rentrée 2016, celle qui devait remplacée dans nos cœurs l’excellente série Game of Thrones (humpf !).

La série a été en partie vendue autour de l’idée que des robots créés pour le plaisir de quelques joueurs dans un parc d’attraction auraient pris conscience de leur nature (parce qu’ils auraient soudainement rêvé) et chercheraient depuis à se libérer de leur créateur en sortant du parc. Idée peu originale (Blade Runner avait déjà exploré à sa manière la thématique de l’éveil de robot et surtout toute la thématique de la conscience robotique a bien entendu été magistralement établie par Asimov) mais séduisante car elle permet de poser des questions sur l’humanité (sommes-nous nous-mêmes des endormis ?) et sur la vie (vu comme un vaste et illusoire parc d’attraction).

Assez rapidement, on se rend compte que derrière l’étalage visuel (il faut reconnaître que les décors et les robots sont magnifiques), le propos général de la série est assez commun voire simpliste. Alors comment faire pour complexifier de manière éhontée un propos simpliste : en multipliant les intrigues bidons et en croisant différentes temporalités pour casser la linéarité de la narration afin de la rendre plus nébuleuse. Le spectateur passe donc les neuf premiers épisodes à échafauder des théories sur les différentes temporalités présentes dans les épisodes et sur les correspondances entre les personnages, notamment autour de la figure de l’homme en noir (Ed Harris). Deviennent source de discussion acharnée l’identité de l’homme en noir (est-ce Logan ou William ?), la version des robots (habillés ou nus quand ils passent en maintenance), l’ancienneté de certains décors (autour de l’église notamment), l’antériorité de certains scénarios et la nature exacte des personnages (robot ou pas robot ?). Discussions accessoires qui masquent (mal) l’absence de propos de la série sur la question de l’éveil des robots ou comment passer son temps à retrouver qui est l’homme en noir plutôt que de se demander comment les robots ont eu connaissance de leur nature (et pour cause). Ce vide abyssal est patent lors de la scène de rencontre entre l’homme en noir et Ford dans un saloon : la scène fait pschit.

Dès lors il est clair que si toutes ces questions paraissent complexes (au vu des discussions acharnée sur le net), ce n’est pas parce qu’elles le sont véritablement mais parce que les scénaristes mélangent leurs petits bouts de ficelles narratives pour nous faire croire à un énorme nœud philosophique. Comme pour la ridicule série Lost, des conjectures d’hypothèses vont être élaborées pour expliquer l’intrigue, pour découvrir à la fin de la série que tout cela n’était qu’un banal château de cartes, de l’esbroufe visuelle et scénaristique (les robots ne se sont pas éveillés, ils ne sont que partie prenante de la lutte de pouvoir entre Ford et le comité — plouf!) qui le dispute avec l’inanité voire le pathétique de certaines scènes (l’épisode qui a lieu dans la ville des renégats, sorte d’antre soi-disant sadiste aux couleurs rouges, est à cet égard un monument de bêtise trahissant la conception navrante des scénaristes/ producteurs). Et d’ailleurs, notons au passage que la série ne peut s’empêcher de placer sa référence obligatoire à la Shoah (Jayjay, tu es tellement prévisible).

Surfant également sur un propos pseudo-féministe, Westworld alimente sa hype en alignant les poncifs avec ses deux personnages féminins dans un récit d’émancipation qui est presque une insulte tant il est convenu et surtout contradictoire avec son intention initiale, car, en tout cas en ce qui concerne le personnage de Dolorès, son émancipation était programmée par le demiurge Robert Ford. Comme quoi, là encore de manière prévisible chez Abrams, la figure divine bienveillante et indispensable est incontournable. Et, soulignons ce fait : l’émancipation féminine passe par l’acte de loger des balles dans le crâne d’hommes cupides et veules. Ce qui d’ailleurs relie le propos à un dernier aspect, là aussi tellement typique de Lost et d’Abrams : l’omniprésence de la violence avec laquelle série est d’une complaisance insoutenable.

Intrigues alambiquées, discours pseudo-féministe qui ne mènent évidemment nulle part, violence putassière : et dire que cette série suscite l’emballement. Mais grâce à Lost, nous savons que cette série n’ira nulle part et nous fera perdre un temps considérable en temps de visionnage et en discussions stériles, aussi nous nous limiterons à la saison 1.

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