The Man in the High Castle (saison 2) de Frank Spotnitz

Dans cette nouvelle saison, les individus se dispersent (tout comme le propos) et l’enjeu individuel prend le pas sur les actions collectives. Après avoir remis à Joe (Luke Kleintank) le précieux film, Juliana (Alexa Davalos) doit répondre de son geste devant les membres de la résistance qui apprécie peu qu’elle ait non seulement laissé Joe partir vivant mais qu’elle lui ait en plus donné le film. Face à l’intransigeance (coupable ?) de la résistance, elle doit fuir la zone japonaise et trouver refuge dans la zone nazie où elle est cordialement accueillie par l’Obergruppenführer Smith (Rufus Sewell). Joe, quant à lui, a rejoint New York pour remettre à Smith le film, lequel se précipite à Berlin pour le donner en main propre à Hitler. De retour de Berlin, alors chargé d’une importante mission, il ordonne à Joe — qui pensait en avoir fini avec ses missions pour Smith — de partir pour la capitale allemande où il retrouvera son père qui n’est autre qu’un ministre important du Reich. Frank (Rupert Evans) enfin cherche désespéramment à libérer son ami Ed (DJ Qualls) qui s’est accusé à sa place de la tentative de meurtre sur le prince héritier japonais. Il décide de proposer aux Yakuza un marché juteux de contrefaçon en associant ses talents personnels et les contacts de Robert Childan, l’antiquaire (Brennan Brown). En échange, les Yakuza doivent obtenir de l’inspecteur-chef, Takeshi Kido (Joel de la Fuente), la libération d’Ed. Et pendant ce temps, l’Allemagne envisage de plus en plus sérieusement d’attaquer le Japon et Nobusuke Tagomi (Cary-Hiroyoki Tagawa), ministre japonais du commerce, navigue entre différentes réalités / temporalités.

La première saison nous avait permis de découvrir le monde imaginé par Philip K. Dick, un monde où l’Allemagne nazie et le Japon impérial se partageraient le territoire des États-Unis. L’action se focalisait alors sur la découverte de films présentant une réalité différente de celle vécue par les personnages (mais correspondant exactement à celle vécue par les spectateurs) et produits par un homme mystérieux présenté comme « le maitre du haut-château » . Ces films à l’origine mystérieuse étaient recherchés par les nazis et par la résistance ; Hitler était particulièrement préoccupé par leur circulation et par l’identité de ce « maitre du haut-château ».

Dans cette deuxième saison (visiblement il y en aurait une troisième sans Frank Spotnitz), l’action se perd en une multitudes d’intrigues ce qui a pour conséquence que l’enjeu des films disparait quelque peu et qu’à la place des éléments narratifs viennent combler ce vide de façon plus ou moins heureuse. Outre les déboires de Frank pour libérer Ed, ou ceux de Juliana pour échapper à la résistance, le spectateur devra également composer avec l’origine eugéniste de Joe, la maladie du fils de l’Obergruppenführer Smith, Thomas (dont le dénouement dans la série parait peu plausible), la réconciliation de notre ministre du commerce adoré avec sa famille dans une autre réalité, les errements amoureux de Joe en Allemagne (avec la jeunesse dorée eugéniste nazie), les difficultés de Juliana à New York, tiraillée entre la résistance (pas gentille) et la famille Smith (très accueillante) et les problématiques relations d’Ed et de Frank avec la mafia.

Face à ces menus désagréments (qui occupent tout de même  les épisodes 3 à 8), d’autres événements plus importants vont avoir lieu comme la mort d’Hitler et la question de sa succession ou la prise en main par l’armée japonaise du territoire américain et ses conséquences sur les relations diplomatiques avec les nazis. Tout cela est expédié en deux épisodes en fin de saison. Au passage, dès les premiers épisodes, on découvre l’identité du maitre (mais en est-on bien sur ?) et on entrevoit l’une des possibles explications quant à la production et la circulation des films (mais tout cela est encore bien confus). Ces questionnements montrent une absence de dramatisation sur l’identité de ce personnage, alors qu’elle était primordiale.

Mais tout cela est bien confus et surtout alors que la série semble questionner l’idée de résistance, elle dénature tout son propos en présentant les actions collectives comme étant dangereuses et illégales face à des actions individuelles qui ont tout le bénéfice de la sincérité et de la légalité. A force la vision que donne cette série de l’action résistante est tout de même problématique. Et la scène finale qui consacre Juliana comme la juste parmi les justes est à pleurer. Tout se jouerait donc à l’échelle de l’individu puisque le collectif n’est que le manifeste d’intérêts violents. Face à la montée des antagonismes entre l’Allemagne nazie et le Japon impérial, et alors que la résistance pense utiliser ce contexte pour faire avancer la cause, deux voire trois ou quatre individus œuvrent pour la protection des civils (et ainsi pour le maintien du statut-quo), Nobusuke Tagomi qui, grâce à son film que l’Inspecteur en chef Kido va transmettre, va permettre à Smith d’arrêter l’escalade de violence en Allemagne et Juliana qui va s’opposer aux plans de la résistance contre Smith ce qui va lui permettre d’accomplir son propre rôle en stoppant le père de Joe devenu chancelier du Reich et voulant la guerre contre le Japon.

De plus, il semble que l’un des enjeux du roman de Philip K. Dick ne soit pas réellement pris en compte dans cette adaptation télévisuelle ou si c’est le cas toujours de manière parcellaire. En effet, on perçoit parfois dans certaines scènes un parallèle étrange (et pertinent) entre cette vision fictive d’une Amérique nazie et ce qu’elle a été réellement dans les années soixante (sur la société de consommation et sur la place des femmes dans cette société). On a l’impression que dans la série cette thématique n’est pas clairement exploitée, ce qui bien dommage.

Malgré tous ses défauts, la série est prenante, moins sur le traitement de la résistance (clairement caricatural et pernicieux) que sur la question du temps. On commence à glaner quelques informations sur le « maitre du haut-château » et sur ses films mais le mystère reste entier (ou alors a été résolu en faisant pschiiit ?). Une stratégie qui permet à la série de garder son intérêt mais qui pourrait à terme (quand le grand mystère sera révélé) révéler le ratage que la série pourrait représenter en fin de compte.

Qui sait ?

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