Zoli de Colum McCann

Le roman s’ouvre pendant la Seconde Guerre mondiale, en Slovaquie, dans une famille tzigane décimée par les troupes fascistes. Zoli Novotna est alors une jeune fille et doit fuir avec son grand-père pour échapper à la capture et à l’extermination. De sa famille, ils seront les seuls à survivre à cette barbarie moderne. Bien que ce ne soit pas l’usage parmi les Tziganes, le grand-père de Zoli va lui apprendre à lire, ce qui sera pour elle à la fois une bénédiction et une malédiction. Après guerre, ses talents de chanteuse lui apportent la reconnaissance des siens et elle devient parmi eux une icône de la culture tzigane, une culture qui avait bien failli disparaitre. Son chemin croise alors celui d’un poète Tchèque, Stansky ainsi que celui d’un jeune traducteur anglais, Stephen Swann. Les deux hommes s’intéressent à la culture tzigane et veulent en préserver la mémoire. Stephen tombe éperdument amoureux de la chanteuse et découvre que Zoli ne se contente pas de chanter des chansons traditionnelles mais qu’elle écrit également des poèmes. Il lui propose alors d’enregistrer ses chansons et de traduire ses poèmes en anglais pour qu’ils soient publiés. Zoli se laisse convaincre mais reste hésitante. Finalement Stansky n’aura pas autant de scrupule et publiera les poèmes de Zoli sans son accord définitif, précipitant par ce geste la déchéance de Zoli au sein de la communauté, cette dernière refusant que les poèmes ou les chansons sortent de leur intimité.

Publié en 2006, Zoli est le quatrième roman écrit par Colum McCann, juste après DancerLes deux romans partagent un même projet littéraire puisque dans les deux cas, l’auteur utilise une personnalité artistique réelle pour en proposer une biographie romancée. Dancer se focalisait sur la carrière du danseur russe Rudolf Noureev, Zoli s’inspire de celle de Bronislawa Wajs dite Papusza, première poétesse tzigane en langue romani qui a été publiée en Pologne et qui a fait l’objet d’une biographie (un peu légendée) écrite par une journaliste Isabel Fonseca, Bury Me Standing: The Gypsies and Their Journey (1995). Dans cette biographie, Isabel Fonseca accréditait la thèse selon laquelle un éditeur peu scrupuleux aurait publié sans son accord les poèmes de Papusza, et que cette publication aurait conduit au bannissement de la poétesse de sa communauté et à sa longue déchéance jusqu’à sa mort, abandonnée de tous. On voit que Colum McCann a repris en grande partie cette théorie dans sa version romancée.

Zoli est donc l’histoire d’un passage, de la chanson à la poésie, de l’oralité à l’écrit, de l’intimité à l’exposition. Un passage qui fut douloureux et tragique pour cette femme mais qui est transcendé ici par le roman de Colum McCann. Car si le destin de cette femme pose la question de la publication comme exhibition, le roman y apporte une réponse universelle : les mots de Zoli/ Papusza demeurent, sauvés par cet acte pourtant brutal de la publication. Il est intéressant de remarquer que Colum McCann n’a pas cité dans son roman les poèmes de Papusza, il a en revanche composé des poèmes inspirés de ce qu’elle écrivait. J’y vois deux raisons : la première tient au fait qu’il n’a pas repris le nom de Papusza dans sa fiction mais en a créé un reflet dans le personnage de Zoli (il poursuit donc en créant des reflets de ses poèmes), la seconde tient peut-être à une marque de respect à l’égard de celle qui ne souhaitait pas être publiée.

Bronisława Wajs Papusza

A travers le personnage de Zoli et de sa communauté, il est possible de voir un parallèle avec l’histoire et la place des Irlandais face à la grande Angleterre : sans cesse ramenés à la condition de citoyen de seconde zone, ils n’ont eu de cesse de prouver leur valeurs, notamment au travers de la culture orale et musicale avant qu’elle ne devienne livresque avec toujours ce jeu de reconnaissance et de rejet vis-à-vis de la culture anglaise. Plus généralement, derrière Zoli, Colum McCann rend probablement hommage aux écrivains persécutés pour avoir osé écrire.

Parmi les grandes réussites du roman se trouve la capacité de l’auteur à se mettre dans la peau d’une femme. Par contre, et cela est bien normal puisqu’il s’agit d’un de ses premiers romans, on ne trouve pas encore son extraordinaire capacité à mêler les histoires, dans ce roman il colle un peu trop à la réalité.

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