Canoë Bay de Patrick Prugne et Tiburce Oger

Jack nait le 22 septembre 1746 en Acadie. Sa mère irlandaise meurt quelques jours après l’avoir mis au monde. Son père, français, est mort peu de temps auparavant, emporté par les fièvres. Avant de mourir, et immédiatement après lui avoir remis un pendentif, sa mère maudit les Anglais pour avoir tué un certain Jack, laissant ainsi sous-entendre que ce dernier est le véritable père du nouveau-né. L’enfant est confié à un orphelinat puis est recruté comme mousse dans la marine marchande anglaise. Il fait alors la connaissance d’Andrew, jeune gallois, et de Lucky Roberts, un vieux marin. Une nuit, Lucky Roberts prend la tête d’une mutinerie contre le commandement anglais et s’empare de deux navires, le sien et un bateau négrier dont il fait libérer tous les esclaves. Il épargne la vie des officiers de bord, mais garde comme rançon la fille du commandant. Pour échapper aux Anglais (surtout au père de la fillette), les mutins décident de se rendre en Nouvelle-France pour faire alliance avec les Français. Mais leur plan ne se déroule pas comme prévu et ils sont enrôlés de force dans les troupes françaises pour aller combattre contre les Anglais.

Premier album de Patrick Prugne dans un univers qu’il revisitera à de nombreuses reprises par la suite : la Nouvelle-France, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe alors que les troupes françaises et anglaises se combattent pour la possession et l’exploitation des terres indiennes. Le scénario, signé Tiburce Oger, glisse habilement de l’univers de la piraterie vers celui de la Nouvelle-France, à travers notamment le personnage de Lucky Rogers, qui peine à quitter son métier de pirate bien que les temps aient clairement changé et que l’heure n’est plus à l’abordage mais à la conquête patiente de nouveaux territoires.

Parce qu’elle est à la recherche du fameux trésor d’un coéquipier de Jack Rackham, la petite troupe de Lucky Rogers fausse compagnie aux Français et s’aventure sur les terres indiennes. Cette incursion les met en contact avec certaines tribus indiennes, même si ce n’est pas là l’objet principal de cet album. Il est intéressant de constater que par la suite, Patrick Prugne œuvrant seul au scénario et au dessin va attribuer une place de plus en plus importante à ces tribus et aux guerres que l’Angleterre, la France et la nouvelle nation des États-Unis va mener contre elles.

Pour l’instant, on a l’impression de voir les derniers soubresauts d’un monde en voie de disparition (les pirates et leurs quêtes de trésors) face à un monde qui commence à se construire et qui déjà révèle une grande violence.

Cette évocation de cette période passionnante est portée par le dessin de Patrick Pruge, un dessin ample, foisonnant, riche, d’une beauté magnifique . Les aquarelles donnent une souplesse et rendent compte de la relation des hommes à leur environnement, qu’il soit maritime ou forestier, la coque d’un navire ou les frondaisons d’une forêt. C’est époustouflant.

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