Sherlock (saison 4) de Mark Gatiss & Steven Moffat

Après être revenu d’entre les « morts » dans la précédente saison et avoir fait le bouffon puis tué de sang -froid un milliardaire maître chanteur, Sherlock (Benedict Cumberbatch) fait donc un rêve dans lequel il résout une affaire à l’époque victorienne (dans un final à la Agatha Christie fait de suffragettes qui se veut un hommage aux femmes, I presume) avant de revenir au temps présent, fait de pouponnage pour Watson (Martin Freeman) et son épouse ancienne espionne, Mary (Amanda Abbington), et de se ré-atteler, à la demande du pauvre Lestrade toujours dépassé (Rupert Graves), à la résolution de mystères plus difficiles les uns que les autres… pour culminer par le mystère le plus difficile de tous, celui qui va confronter Sherlock aux démons de son propre passé. The game is on. 

Or is it?

Lorsqu’en 2010 la BBC nous a proposés une version XXIe siècle du personnage iconique d’Arthur Conan Doyle, il y a eu des trépignements hystériques dans la tanière des boggans (et je dois avouer que ce fut moi). Alors même que le « plus grand des détectives » revenait étrangement à la mode (que l’on se souvienne des deux films de Guy Ritchie qui nous proposait une relecture plus (steam)punk du personnage et de l’époque victorienne en deux films — ici et ), il s’agissait ici de le transposer dans notre époque pour s’interroger sur ce que serait un Sherlock Holmes à l’heure des téléphones portables et d’Internet.

(Ce retour du détective s’est d’ailleurs traduit par la mise en scène du génie comme sociopathe de type syndrome d’Asperger. Ce motif est récurent depuis une bonne dizaine d’années : l’intellect brillant est forcément asocial et ne doit son intellect qu’à ses gênes. Cf. Sheldon ou tous les tueurs en série. Il y a là une idéologie qu’il faudrait analyser en profondeur.)

Et il faut le dire, la première saison fut une vraie réussite malgré quelques faiblesses. Hélas, cette réussite fut en réalité exceptionnelle et la série n’a été ensuite qu’une dégringolade sans fin, où l’on a pu se rendre compte, dans la saison 2, que les créateurs de la série n’étaient absolument pas intéressés par les personnages emblématiques de Conan Doyle (Moriarty, Irène Adler, Sherlock lui-même), les convoquant et les évacuant selon leurs envies, puis dans la saison 3, que le personnage de Sherlock devenait grotesque et ne servait qu’à faire une sorte chien savant pitre (épisode navrant du mariage de Watson). L’arrivée de la quatrième saison nous faisait redouter le pire…

Et notre (dés)espoir ne fut pas déçu.

Un critique du Guardian reprochait à Gatiss et Moffat d’avoir fait ressembler Sherlock à James Bond (du fait de l’utilisation trop régulière de la force et de la violence par Sherlock). A cela, Gatiss a eu alors beau jeu de lui répliquer qu’il ne connaissait pas l’oeuvre de Doyle, le tout en vers, ce qui lui permettait de passer pour spirituel à peu de frais. Or, le problème n’est pas là.

Le problème vient de ce que tout, dans cette saison que l’on espère ultime, est non pas raté (car raté signifierait que les créateurs avaient autre chose en tête) mais totalement stupide et surtout constitue une insulte au personnage et donc à l’oeuvre d’Arthur Conan Doyle. Ce qui nous avait gênés dans les premières saisons est devenu patent ici : Gatiss et Mofatt n’aiment pas le personnage de Sherlock, ni l’ensemble des romans et nouvelles qu’ils ont adapté. Pour eux, ce n’est qu’un joujou qui sert à étaler leur « coolattitude » et qu’ils mobilisent pour justifier de tenter de nous en mettre plein la vue.

Là où le premier épisode de la première saison cherchait à transposer Sherlock Holmes dans le XXIe siècle, ce qui était un projet passionnant, depuis il n’est qu’un prétexte pour cumuler les effets de manche scénaristiques et cinématographiques au point d’en oublier toute histoire et surtout ce qui fait l’intérêt de Sherlock Holmes : les enquêtes, les mystères. Ici, l’intrigue de chaque épisode est réduite à une telle peau de chagrin (épisode The Six Thatchers où l’on passe plus de temps à voir Mrs. Hudson au volant d’une super voiture) ou devient tellement caricaturale (épisode The Lying Detective où le d’habitude excellent Toby Jones est réduit à un méchant pathétique tant il est ridicule de grossièreté) qu’on se demande ce qu’on est en train de regarder. Pire, dans le dernier épisode, on a droit au sempiternel tueur en série ultra intelligent qui s’amuse à jouer avec la vie des gens et forcent d’autres personnes à commettre des actes infâmes pour choisir celui qui doit mourir entre le plus innocent ou le moins innocent. C’est non seulement grotesque, mais en plus cela flatte le voyeurisme des spectateurs et c’est donc pervers et malsain. (Note : je ne supporte plus les scénaristes qui, par paresse, font appel au voyeurisme des spectateurs pour donner à leur oeuvre un semblant d’intérêt qui n’est alors synonyme que de perversité.)

Autre démonstration flagrante de ce désintérêt de la part des auteurs pour ce qui fait normalement toute l’essence de la Sherlockia : dans le premier épisode, Holmes résout ses enquêtes à coups de textos (pourquoi pas ?) mais dont la réalisation et le scénario ne font ni l’effort ni même n’ont la courtoisie de nous les présenter. Ces enquêtes ne sont que des gimmicks : la seule chose qui compte c’est de montrer que Sherlock est un sociopathe qui préfère textoter pendant le baptême de l’enfant de Watson et de Mary que de s’impliquer socialement et émotionnellement. C’est pathétique.

Dès lors, la réalisation faite d’incrustations, de rebondissements permanents, d’écrans tremblants, n’est qu’hystérie visuelle qui souligne encore davantage la vacuité totale des scénarios. Et le fan de Sherlock Holmes ne peut que pleurer devant cette bouillie visuelle et cette entreprise de saccage de l’oeuvre de Doyle. En fait, Sherlock est devenue comme ces films Marvel qui s’agitent dans tous les sens : pénible, fatiguant… et très ennuyant (au point que l’on s’endort devant son écran). Nul hasard que cette saison est un bide.

Le mérite de cette saison, s’il en est un, c’est qu’il a clarifié non seulement quelle est en réalité l’ambition des auteurs, mais également qu’il ne faut à s’attendre à rien d’autre qu’à un massacre. Alors continuer de regarder une série qui détruit un personnage mythique pour ensuite proposer de nouveaux épisodes dans lesquels ils tentent de réparer leurs erreurs (ah bah finalement on va tuer Mary, hein ; ah bah finalement Sherlock, on dira qu’il a pas tué le milliardaire, ok ? ; ah bah finalement c’était pas un tir que Watson se prenait en pleine poire mais un tranquillisant — nan mais sérieusement ?) avant de refaire n’importe quoi parce qu’ils ont un peu trop reniflé de coke, non merci.

« Oh mon Dieu, mais qu’avons-nous fait ? »

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