Quarry (saison 1) de Michael D. Fuller et Graham Gordy

En bord de fleuve, Mac Conway tue un homme et se débarrasse maladroitement du corps. Dans la scène suivante, nous le retrouvons à Memphis de retour du Vietnam en compagnie d’un compagnon d’arme, Arthur. Nous sommes en 1972 :  Mac et Arthur sont au cœur d’une vaste polémique, accusés d’avoir participé à un massacre de civils, majoritairement des femmes et des enfants, lors d’une opération militaire au Vietnam. Ils retournent auprès de leur famille, bien décidés à laisser la guerre derrière eux et à reprendre une vie normale.

Mais ils se heurtent rapidement à la difficulté de retrouver un travail, Mac en tant que maitre-nageur et Arthur en tant qu’ingénieur. Une nuit, alors que Mac est seul chez lui — sa femme Joni est absente — il est approché par un homme, surnommé le Broker, qui lui propose pour la somme de 30 000 dollars de devenir un tueur sous contrat. Mac refuse mais Arthur accepte, car malgré le travail de manœuvre qu’il a trouvé, il ne parvient pas à faire vivre dignement sa famille. Bien qu’il ait refusé la proposition du Broker, Mac se sent responsable du devenir d’Arthur et pour cette raison, il accepte de l’accompagner pour sa première mission. Ce qui semblait de prime abord une opération de routine tourne au fiasco : Arthur est tué ainsi que deux autres hommes tandis qu’une troisième personne proche de la victime et témoin de la tentative d’assassinat est juste blessée. Les griffes du Broker se resserrent alors un peu plus sur Mac. L’argent donné par ce dernier à Arthur est introuvable, Mac doit donc travailler pour le Broker pour rembourser, il en va de la vie de la femme et des enfants d’Arthur. Mac reçoit son premier contrat : un voisin qu’il soupçonne d’avoir une relation adultérine avec sa femme, Joni.

La série est une adaptation libre des romans de Max Allan Collins, pas moins de treize romans écrit entre 1976 et 2016. Dans ces romans, le personnage de Quarry est un tireur d’élite de la marine américaine devenu tueur à gage lors de son retour à la vie civile ; dans l’adaptation télévisuelle, Quarry est présenté davantage comme un marine responsable d’une petite équipe d’hommes et qui aurait fait deux tours pendant la guerre du Vietnam, le second parce qu’il ne supportait pas l’idée de savoir ses hommes au front sans lui. Sur ce qu’on voit dans cette saison 1, l’histoire de Quarry est classique, mais tout son intérêt réside dans ses personnages et dans sa capacité à nous montrer une époque à travers ses aspects les plus sombres.

Le casting de la série est remarquable, mais il faut dire que les acteurs ont le privilège d’incarner des personnages complexes et tous magistralement écrit. Quarry (Logan Marshall-Green que l’on découvre avec grand plaisir et qui est impressionnant dans son interprétation de cet homme malgré tout honnête mais emporté par sa colère) est certes au cœur de l’intrigue, mais de nombreux personnages comme Joni (Jodi Balfour) qui forme avec Mac un point rayonnant dans cet univers sombre), le Broker (Peter Mullan, toujours parfait dans les rôles de salauds, ici dans celui d’un homme froid et calculateur) mais aussi Buddy (Damon Herriman, extraordinaire dans son rôle de personnage lynchien de tueur à gage homosexuel qui veut mener une vie normale avec sa mère) ou Ruth (Nikki Amuka-Bird), l’épouse d’Arthur, serveuse élevant ses enfants tant bien que mal, ont aussi leur importance dans la narration. Loin d’être des faire-valoir du personnage principal, ils donnent à cette série une dimension plus sociale. Notons au passage la présence électrisante et charismatique de Mustafa Shakir dans le rôle de Moses, cet autre tueur à gages chargé de séduire Ruth pour récupérer l’argent et qui évoque la grâce et la beauté des félins qui peuvent vous tuer (une sorte d’évocation en creux des Black Panthers de l’époque).

De fait si Quarry est une série très axée sur le polar (avec des tueurs à gages, des affaires de drogue et de corruption), par sa galerie de personnages secondaires, elle s’ouvre à d’autres thématiques comme celle de la place des Noirs dans la société américaine des années 70 ou celle du difficile retour à la vie civile pour les anciens du Vietnam. Par petites touches, on voit en arrière-plan de la série les élections qui amèneront au pouvoir Nixon et on perçoit également l’ambivalence du public américain pour les soldats revenus du Vietnam. Lors de certains épisodes, la série évoque la trouble atmosphère moite du Sud, à la limite du fantastique sombre (non sans rappeler Angel Heart). De même, plusieurs épisodes prennent leur temps en situant l’action dans un motel miteux, formidable évocation d’un lieu au coeur de la mythologie américaine.

Et pour couronner le tout, chaque épisode est un régal musical, grâce à une bande son en phase avec l’époque qu’elle décrit. Des sites ont même été créés pour reprendre épisode par épisode la liste des titres entendus, de l’or pour les oreilles. En combinant un scénario classique mais reposant sur une galerie de personnages complexes, une mise en scène sans esbroufe mais soignée (la photo est superbe) et une attention toute particulière pour la musique, Quarry peut prétendre à être en ces temps de vaches maigres la meilleure série du moment, après l’imposture Westworld et la bouillie OA . En espérant une saison 2…

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