The OA (saison 1) de Zal Batmanglij et Brit Marling

Prairie Johnson (Brit Marling) a une vingtaine d’année quand elle est filmée par des inconnus en train de sauter d’un pont. Sauvée par la police, elle est reconduite chez ses parents qui ne l’avaient pas revue depuis sept ans et qui découvrent alors qu’elle a recouvré la vue.  Sur ce qu’elle a vécu pendant ses sept années, Prairie refuse d’en parler à ses parents ou à la police. Elle réunit par contre un groupe de cinq personnes (plusieurs lycéens et une enseignante), choisies dans son voisinage, à qui elle propose de se réunir chaque soir pour entendre son histoire. Prairie serait née en Russie et aurait vécue auprès de son père milliardaire jusqu’à sa mort dans un accident de bus scolaire. Morte, elle aurait fait une expérience paranormale qui l’aurait ramenée à la vie (mais aveugle). Son père aurait alors décidé de la confier à une tante vivant aux Etats-Unis, tante qui, à la mort du père, aurait accepté de la faire adopter par un couple sans enfant. Elle aurait vécu au sein de ce couple pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que son envie de revoir son père et des rêves prémonitoires l’amènent à tout quitter pour partir à New York. Croyant retrouver son père au pied de la statue de la Liberté, Prairie aurait finalement terminé son périple dans le métro de New York, où elle aurait rencontré le docteur Aloysius ‘Hap’ Percy , spécialiste des expériences de vie après la mort.

Est-il besoin de faire la (longue) liste des incohérences de cette histoire ? Non, puisque les scénaristes, habiles ou juste escrocs, se sont ménagés une sortie plutôt indigne en faisant du récit de Prairie une vaste affabulation, condamnant ainsi toute la série à une ennuyeuse et inutile farce. Dès lors, on ne peut rien dire, les incohérences du scénario deviennent des preuves de l’imagination débordante de Prairie, les raccourcis scénaristiques des preuves de ses difficultés à tenir son récit. Et le spectateur est tenu en haleine car il ne sait toujours pas ce qu’elle a fait pendant ses sept années, ce qui justifie pleinement une saison 2. On pousse un peu encore l’absurde et on va nous sortir que la série est une incroyable réflexion sur l’écriture. Ben voyons ! D’autant plus que tout cela n’est pas bien original, Usual Suspects l’avait brillamment mise en scène à son époque (un film qui jouait à fond la carte de la cohérence pour mieux prendre à contre-pied le spectateur, ce qui n’est pas le cas ici puisque dès le départ le scénario cloche).

Cette série est l’exemple même de la série prétentieuse : des dialogues abscons, une narration décousue, un scénario qui multiplie les questions non résolues pour paraitre complexe, mais qui aurait bien du mal à y répondre concrètement (comment a-t-elle recouvré la vue ? on ne le saura probablement jamais), une chorégraphie désuète (version pour les nuls et les amateurs de Sia) qui, à force d’être répétée, acquiert une importance démesurée,  un aspect faussement kitch pour tirer sur la corde nostalgique et quelques propos mystiques qui relèvent plus des gâteaux de la chance chinois que de la philosophie.

Mais la série montre à quel point elle est inepte quand elle se permet de faire référence à la tuerie de Columbine pour en faire une scène débile de cohésion entre les personnages. Là on n’est plus dans le naïf, on est dans l’indécent puisqu’on voit bien que la série utilise la fascination pour cet événement (et d’autres aux États-Unis) pour dramatiser une fin qui autrement aurait pu paraitre stérile.

Un autre point faible de cette série : l’actrice principale qui est aussi la scénariste (Brit Marling). Tout est écrit pour elle, les autres personnages ne sont que des faire-valoir, ils ne sont là que pour l’écouter raconter son histoire, une histoire où ils n’ont aucune place et aucun intérêt. Dès lors pourquoi écoutent-ils ? Mystère. Quelques scènes permettent de suivre les personnages secondaires ce qui nous donne l’occasion d’en apprendre plus sur eux, mais tout cela est trop décousu et surtout sans lien avec le reste de l’histoire pour qu’on parle véritablement d’une écriture qui ne soit pas égocentrée sur son personnage principal.

Cette série condense ainsi tout ce qu’il y a de pire dans la hype qui s’empare de temps en temps de la bulle geek-cinéma : indigence de l’écriture maquillée par un vague propos spirituel insultant, réalisation fondée sur un faux suspense et méta-utilisation de gimmicks à la mode (la présence au casting d’un/e acteur/rice transgenre — ce qui relève également de l’insulte pour ce mouvement), le tout copieusement arrosé de voyeurisme et de fascination perverse pour les histoires d’enfermement. Merci bien, n’en jetez plus, sans nous.

 

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