L’Embellie d’Auður Ava Ólafsdóttir

La narratrice de ce roman est une femme qu’on décrirait comme d’«âge mûr», exerçant à domicile le métier de traductrice et vivant en couple depuis de nombreuses années, sans enfant car elle n’a jamais souhaité en avoir contrairement à son mari qu’elle trompe occasionnellement avec un autre homme. Son mari la quitte car il souhaite être père  et qu’il a rencontré une jeune femme qui porte son enfant. Devant l’adversité, elle refuse de baisser les bras et de sombrer dans la déprime, aussi elle accepte la proposition d’une amie, Audur, de partir quelques jours avec son fils, Tumi. Audur est enceinte de jumeaux, sa grossesse ne se passe pas bien, et elle souhaiterait quelques jours de calme sans Tumi. Bien que notre narratrice ait toujours pensé ne pas être capable de s’occuper d’un enfant, elle accepte de se voir confier Tumi et de partir à l’aventure avec lui, alors qu’elle ne le connait pas. Tumi souffre de problèmes auditifs et visuels, les premiers jours elle a du mal à lui parler, puis peu à peu les deux individus s’apprivoisent. 

L’Embellie est le deuxième roman d’Auður Ava Ólafsdóttir traduit en français en 2012 aux éditions Zulma, après le succès de Rosa Candida traduit en 2010. Si on en croit sa fiche wikipédia, il s’agit de son deuxième roman puisqu’il a été écrit en 2004, avant Rosa Candida (publié en 2007),  avant L’Exception (publié en 2012 et traduit en 2014) mais après Le rouge vif de la rhubarbe (publié en 1998 et traduit en 2016), son premier roman.  Le succès de Rosa Candida a donc amené l’éditeur Zulma à traduire l’ensemble de ses écrits, pensant probablement profiter du succès de son troisième roman pour vendre les autres. Pour ma part, j’avais moyennement apprécié Rosa Candida (au mieux le roman est agréable à lire), et j’ai lu L’Embellie pour confirmer certaines impressions que j’avais sur cette auteure (notamment autour de l’idolâtrie presque mystique qu’elle porte aux enfants, sorte de miracles divins devant lesquels se pâment les adultes).

J’avoue ne pas avoir trouvé beaucoup de réponses dans ce roman anecdotique. A la lire, j’ai (presque) la conviction qu’elle ne se pose jamais de question sur ce qu’est l’écriture littéraire, sur la relation entre auteur et lecteur, et, au risque d’être grandiloquente, sur ce qu’est la littérature et la place qu’elle veut prendre en tant qu’écrivain dans cet art. Elle écrit des histoires prétextes à maximes sur la vie (beaucoup de ces lecteurs parlent de conte), avec une focale particulièrement prononcée sur les femmes et leurs enfants. Dans le précédent roman, un homme ne souhaitant pas être père, acceptait ce rôle au contact de sa jeune enfant, ici une mère n’ayant jamais souhaité d’enfant apprend à le devenir au contact du fils d’une amie. Avec, j’ai l’impression, à chaque fois ce message « on ne naît pas père ou mère, on le devient en s’occupant d’un enfant ».

Inutile de rappeler que la littérature n’est pas une usine à maxime et qu’elle laisse ça aux charlatans de tout poil. Il n’y a aucun projet littéraire à mon sens dans ce roman, ni dans le précédent. Cette auteure palabre avec un certain talent sur des sujets qui lui sont proches (la maternité), inonde son récit de petites phrases bien mignonnes sur les autres ou sur soi et enferme le lecteur dans des récits convenus, rassurants et fédérateurs, mais des récits anecdotiques, peu exigeants tant dans leur forme que dans leur réflexion.

Elle finit par lasser, car tout le monde se lasse des bons mots qui ne font que décrire la superficialité du monde et ne vont jamais chercher sa complexité. Or toute entreprise intellectuelle doit avoir pour but de révéler cette complexité et cela est d’autant plus urgent dans des sociétés contemporaines qui ne veulent que du simple ou du rassurant au risque de se faire berner par des marchands de miracle. Les artistes ont le devoir (et la responsabilité) de sortir le public de sa zone de confort et non pas de surfer sur cette tendance pour mieux vendre. En ce sens, Auður Ava Ólafsdóttir n’est pas individuellement pire que les autres, elle participe juste comme les autres à la paresse ambiante.

 

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