Beau Séjour de Nathalie Basteyns, Kaat Beels, Sanne Nuyens et Bert Van Dael

Kato (Lynn Van Royen) reprend soudainement sa respiration et se réveille tout aussi brutalement. Elle prend alors conscience qu’elle est nue allongée sur une table et qu’elle saigne à la tête. En se levant, elle découvre qu’elle est dans une chambre d’hôtel en travaux (des rideaux de plastique ferment certaines pièces), et se dirigeant vers la salle de bain attenante, elle se trouve face à face avec son propre corps dans une baignoire. Paniquée, elle s’enfuit et rentre précipitamment chez elle. Elle constate alors que les membres de sa famille ne la voit pas, et notamment sa mère, Kristel (Inge Paulussen). Cette dernière s’inquiète de son absence et passe son temps au téléphone pour joindre les amis de Kato, mais si tous ses amis l’ont vu quitter la soirée au club de tir la veille au soir, personne ne sait où elle est à présent. Les heures passent, la tension monte, la mère de Kato signale à la police la disparition inquiétante de sa fille. Quand son vélo est retrouvé en pleine campagne, l’affaire prend une tournure criminelle. Kato comprend alors qu’elle a été tuée dans une chambre d’hôtel ce qui explique que personne ne peut la voir. Enfin pas tout à fait. Son père, Luc (Kris Cuppens), peut la voir et peut communiquer avec elle et il n’est pas le seul. Six personnes peuvent voir Kato, six personnes qui vont tenter de comprendre ce qui lui est arrivé…

L’exemple type d’une série télévisuelle qui pioche dans les créations actuelles pour créer soi-disant quelque chose d’original et de plaisant, mais qui surtout ne fait que montrer son incapacité à être à la hauteur de ses prétentions. Commençons par le générique qui, il faut le dire, a de la gueule. Une chanson adaptée en néerlandais par Mauro Pawlowski & Ciska Vanhoyland, d’après Alone and Forsaken de Hank Williams, qui lorgne sans honte sur celle de Leonard Cohen, Nevermind et des images qui tentent de créer une atmosphère glauque, le tout ayant pour ambition facile de nous faire le coup du True Detective flamand. Sauf qu’à ce compte-là, les images du générique de True Detective et le choix de la musique collaient complètement à la série, alors qu’ici, les images sont parfois (souvent) déconnectées de la série (les quatre soldats ? ) et la musique lui donne un ton qu’elle n’a pas par la suite.

L’élément vendeur de la série réside dans la présence de Kato, qui « revient » du monde des morts pour mener l’enquête sur son propre assassinat. Sauf que tel qu’il est traité par les quatre scénaristes de la série, il n’est qu’un élément narratif parmi d’autres. Sans exiger des scénaristes une explication claire des raisons pour lesquelles Kato  était un « fantôme », il aurait été intéressant qu’ils prennent vraiment en compte cet élément dans leur histoire. Or on s’aperçoit que les six personnes qui la voient ne connaissent pas de changements majeurs dans leur comportement ou dans leur rapport aux autres. Ils voient une morte, qui plus est une assassinée, mais ils continuent d’aller au boulot, lui parlent sans problème et n’ont pas à un seul instant un moment de panique ou de profonde interrogation. Elle est là point final. A un moment, il y en a qui se demande pourquoi eux et pas les autres, mais la manière dont il s’interroge relève plus d’un questionnement relatif que d’une profonde prise de conscience de ce que cela implique. Alors qu’ils la voient parce qu’ils ont été les derniers à l’avoir vue vivante ou parce qu’ils se sentent responsables de sa mort, il n’y a pas que cela qui importe. Le fait même de voir une morte (quelque soit la raison) ne les interroge pas. On aurait pu imaginer un personnage refusant de la voir, un autre pensant être fou, enfin un certain nombre de réactions différentes plutôt que cette acceptation unanime (et assez pratique finalement) de sa présence. Okay, you’re dead. I see dead people. So what?

I see dead people, and it’s me…

Maintenant si on enlève cet élément narratif particulièrement aguicheur, il reste quoi ? Une série centrée sur une enquête policière qui multiplie les rebondissements à chaque épisode (on ajoute alors à la sauce narrative un trafic de drogue, un tueur en série, des relations adultérines, un accident suspect et une relation sexuelle avec une mineure) pour nous faire croire, dans l’épisode 1, que le petit ami est le responsable ; puis, dans l’épisode 2, le trafiquant de drogue ; avant, dans l’épisode 3, de nous diriger vers le fils renié du flic ripou, ainsi de suite jusqu’au dernier épisode dans lequel pas moins de trois protagonistes sont désignés comme les meurtriers. Pour le coup, la série lorgne du côté de Forbrydelsen (The Killing). Les séries télévisuelles qui construisent leur narration à grand coup de rebondissements deviennent insupportables, nous présentant des suspects à tous les épisodes, tout cela pour masquer leur incapacité à raconter quelque chose d’intéressant. Et dire qu’ils sont quatre à écrire !

Quatre scénaristes plus occupés à surcharger leur intrigue narrative qu’à développer leurs personnages. Ces derniers sont donc des archétypes (l’alcoolique, le beau gosse, la bimbo, le garçon manqué, l’ado perturbé), qui occupent sur certains épisodes le devant de la scène, puis disparaissent dans d’autres, rendant leur trajectoire décousue et peu crédible.

On voit bien la même fille morte, là ? Oui, oui. Ah, ok. Bon.

A cela on pourrait objecter que Twin Peaks faisait de même. Certes, mais la force de Twin Peaks tenait dans ses personnages qui, s’ils incarnaient des archétypes, en exploraient la dimension jungienne notamment grâce à la réalisation hypnotisante de David Lynch. Ici, les scènes qui ne sont pas directement liées à l’enquête mais qui tendraient à nous faire voir d’un peu plus près le quotidien de ces personnages sont complètement ratées, sans enjeu, portées par des dialogues creux que les comédiens ont bien du mal à rendre pertinents. A plusieurs reprises, le jeu des comédiens parait faux, probablement parce que ce qu’on leur fait jouer n’a pas été bien pensé.

Et que dire des motivations du meurtrier ? A peine plus crédible que la résurrection de Kato. Sans gâcher la fin, il suffira de dire que l’explication qui est proposée frôle avec le cliché.

Tout cela est donc bien dommage, car les attraits de la série — et ils sont nombreux : le décor, cette Belgique flamande, l’ambiance de petit village protestant où tout est ouvert aux yeux de tous, les relations de proximité, et cet incroyable prémisse d’une fille morte qui enquête sur sa propre mort,  se voit morte — promettaient quelque chose de vraiment original, alliant la force sociale du polar avec le mystère glauque de la ghost story (une sorte d’adaptation de Wraith). Hélas, la promesse n’est pas tenue, même si, malgré toutes ces critiques, la série se regarde sans déplaisir (mais avec un agacement certain).

Cheval, cheval ! Animal psychopompe, pourquoi es-tu là ? — Pour faire joli et faire croire que c’est une série symboliste. — Ah, bon. Okay.

 

 

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