Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson

Michael Stone (voix de David Thewlis) est un spécialiste des relations clients, il  a écrit un ouvrage sur cette question qui l’a rendu célèbre dans le microcosme des entrepreneurs et depuis il donne des conférences dans des colloques consacrés au service clientèle. Lors de l’un de ces colloques à Cincinnati et parce qu’il s’ennuie seul dans sa chambre d’hôtel, il reprend contact avec son ancienne compagne qu’il a quittée sans raison véritable quelques années auparavant. Pendant cette nuit à Cincinnati, Michael va chercher à fuir une vie devenue au fil du temps cauchemardesque.

Anomalisa est un film d’animation en stop motion s’adressant pour la première fois à un public adulte, cette technique étant souvent associé aux films pour enfants Wallace et Gromit du studio Aardman. Le thème de ce film est révélé par le nom de l’hôtel dans lequel séjourne le personnage : le Fregoli. Je reprends ici la définition qu’en donne wikipédia, « Le syndrome de Fregoli (du nom d’un célèbre transformiste italien Leopoldo Fregoli) est un trouble psychiatrique du groupe des psychoses chroniques non dissociatives qui survient chez l’adulte. Le délire y est le plus souvent de nature paranoïaque : le sujet affecté par ce syndrome est persuadé qu’il est persécuté par une autre personne qu’il s’imagine déguisée et changeant régulièrement d’apparence ». Ce trouble se manifeste dans le film d’animation par l’utilisation d’une voix unique (celle de Tom Noonan) pour l’ensemble des personnages — hommes ou femmes —  que rencontre Michael Stone lors de son séjour (à l’exception de Lisa, interprétée par Jennifer Jason Leigh) et par l’apparition fugace de lignes de jonction sur le visage des personnages, ce qui donne l’impression que le bas de leur visage est amovible.

Michael est un homme marié et un père de famille, il semble avoir réussi professionnellement mais tel qu’on le voit dans le film, il est en grande détresse, persuadé d’être poursuivi par des individus et aspirant à rencontrer un être unique qui lui fera ressentir à nouveau des émotions. La voix de Lisa, la seule qui se démarque des autres voix du film, et la cicatrice qu’elle porte au coin d’un œil lui donne l’espoir un temps d’avoir rencontré quelqu’un de différent, mais rapidement la routine reprend le pas et Michael sombre à nouveau. La question de l’identité humaine est au cœur du récit, par la présence de ces voix indistinctes et de ces apparences de mannequin, et plus particulièrement celle de la difficulté à exister : Michael a évolué vers une identité dans laquelle il ne se reconnait plus. Tel un mannequin, il reproduit des gestes et des comportements de manière automatique mais qui n’ont plus de sens véritable. Le film se clôt d’ailleurs sur sa confrontation avec une marionnette japonaise qu’il a acheté dans un sex shop et qui une fois en marche exécute des gestes mécaniques et interprète une chanson traditionnelle japonaise.

“Momotaro, Momotaro
Those millet dumplings on your waist
Won’t you give me one?
I’ll give you one, I’ll give you one
From now, on a quest to conquer the ogres
If you come with me, I’ll give you one”

A son retour, il offre cette marionnette à son fils, cadeau qui ne manque pas de surprendre, surtout qu’en voulant la mettre en marche, le garçon s’aperçoit que la marionnette expulse un liquide, que sa mère qualifie immédiatement de « sperme ». Certains spectateurs ont imaginé que Michael n’avait pas eu de relation sexuelle avec Lisa, peut-être avait-il même inventé ce personnage, mais qu’il s’était défoulé sur la marionnette. Quoiqu’il en soit, la scène dégage une impression de dégoût quelque peu effrayante.

Ce film est surprenant, et parfois embarrassant ce qui est logique puisque nous suivons un personnage dépressif en épousant son point de vue. Le comportement du personnage principal, et notamment son attitude sexuelle envers les femmes, est grossier. Michael est assez détestable, quelque soit le calvaire psychologique qu’il traverse actuellement. Le destin de Michael ne parvient pas à toucher, et dès lors, on ne partage pas ses souffrances. N’ayant que peu d’empathie pour ce personnage, il est donc très difficile d’apprécier ce film, malgré ses qualités de mise en scène et sa complexité scénaristique.

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