20th Century Women de Mike Mills

Nous sommes en 1979. Dorothea (Annette Bening) élève seule son fils Jamie (Lucas Jade Zumann) depuis son divorce. Dessinatrice industrielle, elle vit dans une vieille maison à Santa Barbara, qu’elle partage avec deux autres locataires, Abbie (Greta Gerwig), une artiste photographe employée dans un journal local qui se remet à peine d’un cancer et William (Billy Crudup), un mécanicien qui sort d’une relation difficile et paie une partie de son loyer en réparant la maison de Dorothea. Vient compléter le quotidien de cette joyeuse petite bande, Julie (Elle Fanning), une adolescente paumée de dix-sept ans qui fuit une mère psychothérapeute possessive. Suite à un jeu débile avec ses amis, jeu consistant à respirer très vite pendant plusieurs minutes avant qu’un individu vous presse le diaphragme provoquant un évanouissement immédiat, Jamie est hospitalisé en détresse respiratoire pendant plusieurs heures. Dorothea ne comprenant pas ce qui a pu conduire son fils à se mettre autant en danger, demande l’aide d’Abbie et de Julie pour aider son fils à grandir dans ce monde qu’elle ne maîtrise pas elle-même.

Un film ambitieux par son projet, attachant grâce à ses personnages mais qui pouvait difficilement réussir. Décrire la fin d’une époque, les années soixante-dix, à travers le regard d’une femme qui s’interroge sur les valeurs à transmettre à son fils pour qu’il devienne un homme bien est certes un projet passionnant mais un projet complexe à réaliser. D’une part parce qu’il est toujours difficile de se replonger dans une époque passée sans céder aux fantasmes ou à l’approximation et je trouve que le réalisateur ne parvient pas vraiment à nous plonger dans le passé. En effet, on voit par l’utilisation des photographies et des vidéos d’archives qu’il a besoin de ses moments noir et blanc pour ré-ancrer son récit dans l’époque, re-préciser que ces personnages sont nés pour certains au début du siècle, ce qui souligne a contrario son incapacité à le faire par le film lui-même. D’autre part parce qu’un groupe social (les femmes) n’est pas homogène et qu’il faut alors se poser la question d’où on parle. Ici, ces femmes appartiennent à un milieu plutôt bourgeois, elles ont fait des études (d’ingénierie pour Dorothea, d’art pour Abbie), sont visiblement laïques (Dorothea a divorcé, chose assez rare à son époque, Abbie fréquente le planning familial et y emmènera Julie) ce qui fait qu’elles sont très en décalage avec leur époque, y compris Dorothea. Ainsi, le film décrit une époque imprécise, via des personnages en marge.

Telle la maxime du film « les hommes croient toujours qu’ils doivent réparer des choses pour les femmes, mais cela ne donne rien, soyez juste là », le réalisateur suit le parcours de ces trois femmes, Dorothea, Abbie et Julie, trois femmes à des âges différents et qui toutes les trois interrogent leur rapport aux hommes. Le sexe, la maternité sont donc au cœur du propos, avec un renversement du regard, cette fois ce sont les femmes qui parlent de sexe et de leur plaisir pour le plus grand bénéfice éducatif du petit Jamie. Entre une mère complètement asexuée, une co-locataire qui a besoin de scénarios  pour coucher avec un homme et une jeune adolescente qui a complètement dissocié sexe et amour, Jamie apprend surtout à écouter. Mais que c’est triste. Les nombreuses scènes pendant lesquelles les personnages dansent (Abbie et Jamie, puis Dorothea et William, puis tous ensemble dans la chambre d’hôtel) comptent parmi les plus réjouissantes du film. Les personnages semblent alors heureux, communiquent corporellement sans qu’il y ait de gène ou d’entrave, ce qui interroge puisque le réalisateur est incapable de faire la même chose avec des scènes de sexe. Symptôme de cette période (ou de la nôtre ?), mais qui cadre mal avec la liberté de ton d’Abbie ou de Julie.

Le propos du film est au final très confus, on ne voit pas bien ce qu’il veut dire sur les femmes et leur rapport au sexe ou sur les mères et leur rapport à l’éducation de leur enfant. Et la fin du film n’arrange rien puisqu’on a l’impression qu’après un épisode de turbulence plutôt adolescent, les individus rentrent dans l’ordre sociétal : Dorothea se marie, Abbie et Julie également, Abbie de son côté devient mère alors que Julie installée avec son mari à Paris décide de ne pas en avoir. William se remarie également, pour divorcer à nouveau au bout d’un an et reprendre sa vie d’avant. Jamie visiblement devient réalisateur de films, puisque ce scénario est inspiré de sa vie. Tout ça pour ça.

 

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