Taboo, saison 1 de Steven Knight, Tom Hardy, et Edward « Chips » Hardy

Londres, 1814. Après treize années passées en Afrique, James Delaney (Tom Hardy) fait son grand retour dans la capitale impériale à l’occasion de l’enterrement de son père Horace. Beaucoup le croyait mort et avait déjà réglé la succession d’Horace avec la demie-sœur de James, Zilpha (Oona Chaplin). A sa mort, Horace ne disposait que d’une maison dans Londres, ainsi que de nombreuses dettes et d’un lopin de terre situé à Nootka Sound, quelque part sur la côte ouest du territoire américain, à la frontière entre les secteurs britannique et américain. Alors que la guerre fait rage entre le Royaume d’Angleterre et les jeunes Etats-Unis, ce territoire a acquis une valeur inestimable : pour le roi dans sa lutte territoriale contre son ancienne colonie, pour la Compagnie des Indes dans sa quête de nouveaux comptoirs vers l’Asie, pour les Etats-Unis enfin dans leur lutte pour la survie de leur nouvelle république. Alors que Zilpha avait déjà conclu un accord avec la Compagnie des Indes pour la vente de Nootka Sound, James, héritier légitime, compte bien conserver ce dernier pour y installer sa propre route commerciale vers la Chine. 

La série est co-produite par Ridley Scott, ce qui explique la mention de son nom dans le trailer. Elle a été créé d’après une histoire écrite par Tom Hardy et son père, et avec le concours de Steve Knight (le créateur de Peaky Blinders). Enfin les huit épisodes sont réalisés par deux metteurs en scène, Anders Engström et Kristoffer Nyholm.  Diffusée par la BBC en janvier 2017, elle a reçu un accueil critique et public plutôt bienveillant.

L’histoire de James Delaney commence en 1814 quand il refait surface à Londres lors de l’enterrement de son père. A cette époque, l’Angleterre est en guerre contre les Etats-Unis et le petit territoire de Nootka Sound y joue un rôle géopolitique crucial. Concrètement, la simple mention de ce territoire et de la guerre en cours entre l’Angleterre et les Etats-Unis suffit pour imaginer une série passionnante sur cette période historique. Malheureusement les créateurs de la série ne croyant probablement au potentiel unique de la diplomatie en temps de guerre, se sont employés à gonfler leur histoire d’intrigues secondaires et de références pas toujours heureuses.

James non seulement a passé treize années en Afrique, mais il est surtout un ancien matelot sur un bateau négrier, et de cette expérience a acquis une haine farouche à l’encontre de la Compagnie des Indes et de son directeur, Sir Stuart Strange (Jonathan Pryce). En Afrique, James a participé à un trafic de pierres précieuses, ce qui explique son aisance financière à son arrivée dans la capitale anglaise. Enfin lors de l’acquisition par son père du territoire de Nootka Sound, ce dernier a épousé une Amérindienne qu’il a ensuite ramenée à Londres et avec qui il a eu un enfant, James. Cette dernière serait morte, abandonnée de tous dans un asile de la ville. Viennent donc s’ajouter au récit de la guerre anglo-américaine (avec son lot d’espions comme le Dr Edgar Dumbarton interprété par Michael Kelly ou la Comtesse Musgrove par Marina Hands), la question du commerce des esclaves par la Compagnie des Indes ou celle du traitement des tribus indiennes par les colons blancs, mais sans que ces questions interviennent véritablement dans le récit puisqu’il s’agit le plus souvent de flashs et autres gimmicks qui font resurgir ces questions dans l’esprit tourmenté de James.

Car outre le manque criant de rigueur dans l’écriture du scénario de cette série, cette dernière pêche également par sa grossièreté visuelle : le Prince Régent (Mark Gatiss) est une caricature boursouflée, ridicule à souhait (on dirait Mycroft dans le très mauvais épisode The Abominable Bride de la dernière saison de Sherlock) ; l’origine indienne de James devient le théâtre d’une série de clichés sur les prétendus pouvoirs surnaturels des Indiens, les salons anglais sont le lieu d’une débauche criarde et vulgaire, les personnels de la Compagnie sont des hystériques imbéciles qui ne semblent pas en mesure de résoudre un problème aussi simple que celui posé par la présence de James. Chaque épisode distille donc son content de scènes de sexe prétendument osées, de violence esthétisée et enfin d’effets visuels censés représenter les effets hallucinatoires de l’usage des drogues par certains personnages. A cet égard, les derniers épisodes avec le chantage exercé par James vis-à-vis de la Compagnie outrepasse toutes les limites de la suspension d’incrédulité pour aller dans le grand n’importe quoi. On sent la patte de Mark Gatiss…

On voudrait que les auteurs et les réalisateurs prennent le temps de raconter correctement leur histoire, et qu’ils arrêtent de multiplier les effets de manche. D’autant que le contexte de la série se suffit à lui même et qu’il y aurait moyen de faire une série passionnante sur cette période historique, en y incluant les relations entre les colons et les Indiens ou le trafic d’esclaves, et la puissance de la Compagnie des Indes au sein de l’Empire britannique qui se tourne vers l’Est et délaisse l’Ouest, mais en le faisant avec sérieux. Encore une fois, la série joue sur des fantasmes, et rejoint la longue cohorte des créations comme Peaky Blinders, ou quand le traitement fictionnel de l’histoire n’est vue par par le biais du fantasme tape-à-l’œil contemporain.

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