Un illustre inconnu de Matthieu Delaporte

Sébastien Nicolas (Mathieu Kassovitz) est agent immobilier à Paris, il vit seul et n’a que peu de relations avec sa famille. Asocial, il est obsédé par le comportement de certaines personnes croisées dans son quotidien, des clients le plus souvent, au point qu’il cherche à les copier. Dans le sous-sol de sa maison, il s’est confectionné un atelier dans lequel il élabore ses masques en silicone qui lui permettent le temps d’une soirée ou d’une nuit de passer pour un autre. Une obsession qui lui cause de nombreux soucis mais qu’il ne peut refréner. A l’occasion de l’achat d’un appartement à Paris, Sébastien croise le chemin d’Henri de Montalte, un célèbre violoncelliste, et décide de le copier. Il se retrouve alors au milieu d’une histoire sentimentale délicate : Henri de Montalte a eu une relation sexuelle avec l’une de ses étudiantes, Clémence (Marie-Josée Croze), il y a longtemps ; de cette relation est né un garçon, Vincent, qu’Henri refuse de reconnaître au grand désarroi de sa mère souffrante. Comme un jeu, Sébastien décide de continuer à prendre l’apparence d’Henri pour nouer une relation avec ce garçon…

Un film étrange qu’on suit avec difficulté parce qu’à certain moment il ne parait pas complètement plausible. Cette idée d’un homme qui prend l’apparence d’autres personnes croisées au hasard est intéressante, notamment quand le subterfuge se retourne contre lui (ainsi la scène pendant laquelle un homme le prend pour son ami, avant de s’aperçoit qu’il n’est pas lui et de le poursuivre dans le métro). Par contre, il est plus difficile à admettre qu’il puise passer une nuit dans l’appartement de ces victimes (comment sait-il qu’ils ne vont pas rentrer?) et encore moins qu’il ne soit pas démasqué par son ancienne amante (sachant que l’ami dans le métro n’a mis que quelques secondes à le démasquer). Il semble donc évident qu’à un moment Clémence doive se rende compte de la supercherie et qu’elle l’accepte pour le bien de son fils. Il n’en sera rien.

Au lieu de cela, par une pirouette scénaristique un peu facile, Sébastien parvient à disparaître et à prendre définitivement la place d’Henri, faisant basculer le film dans un thriller policier pas complètement maîtrisé. Attention spoiler ! Sébastien profite donc du suicide bien réel d’Henri pour mettre en scène sa propre mort (voir les images de la maison qui explose dans la bande annonce) et prendre sa place. Le suicide de Sébastien donne lieu à une enquête de routine de la part de la police (alors qu’il a déjà été enterré et qu’aucune autopsie n’a été pratiquée… pour un suicide avec explosion… (sic) sinon la supercherie aurait été découverte), Sébastien / Henri est interrogé parce qu’il semble que Sébastien avant de se suicider ait téléphoné à Henri de Montalte. Laison de cet appel téléphonique est assez transparente, Sébastien laissant un indice permettant qu’on le démasque. Et cet unique coup de fil conduit la police à demander (et à obtenir) une autorisation de perquisition au domicile du violoncelliste, alors qu’encore une fois aucune autopsie sur le corps n’a été pratiquée pour déterminer les circonstances de la mort, ce qui aurait conduit la police non seulement à déterminer les causes du décès — indispensable en cas de procès — mais également à découvrir que le corps enterré n’était pas celui de Sébastien.

La fin du film est encore plus improbable : Sébastien quitte précipitamment Paris pour se réfugier à l’étranger où il subit une opération chirurgicale lui permettant de devenir définitivement Henri de Montalte (?), puis il revient à Paris où il est arrêté pour le meurtre de Sébastien (?), condamnation qu’il accepte avec résignation puisqu’il a enfin trouvé qui il est.

L’approche psychologique laisse donc rapidement la place à une intrigue policière mal ficelée et pour tout dire douteuse. Dommage car il aurait été intéressant de comprendre pourquoi ce personnage de Sébastien avait besoin de prendre l’apparence d’autres personnes, et de le rapprocher peut-être de comportements de meurtriers dans la façon dont il choisit ses victimes, qu’il les suit pour mieux les copier, avec une enquête policière sérieuse en parallèle.

 

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