La mort de Louis XIV d’Albert Serra

A l’été 1715, Louis XIV (Jean-Pierre Léaud) se plaint de douleurs à la jambe gauche. Son médecin personnel, Fagon (Patrick d’Assumçao), diagnostique une sciatique et ordonne au Roi de se tenir à l’écart des festivités et de garder le lit. Dans les jours qui suivent, le Roi semble aller mieux et recommence à s’alimenter. Malheureusement cette rémission est de courte durée et la douleur revient plus forte encore dans la jambe. Fagon maintient son diagnostique malgré des tâches noires apparues sur le membre. Quatre médecins de l’Université de Paris, ainsi qu’un médecin auto-proclamé venu de province visitent et auscultent le Roi, lui prodiguant moult remèdes sans effet sur la douleur et l’évolution de la maladie. Alors que le membre inférieur gauche est devenu complètement noir, il devient évident que le Roi est atteint de gangrène et que seule une amputation pourrait le sauver. Mais le Roi refuse, son entourage assiste donc impuissant à sa longue agonie…

Ce n’est pas du tout le film que j’attendais. J’avais cru comprendre que l’objectif du réalisateur était de montrer en quoi la mort du roi (ici, Louis XIV) était davantage un événement politique et publique, que sa douleur, ses doutes, ses éventuelles résignations étaient avant tout affaire d’état et que l’homme en lui-même, son corps personnel, n’avait pas de place dans ce moment ultime.

Si le réalisateur se plie à quelques scènes attendues, comme lorsque le Roi appelle auprès de lui son successeur ou lorsqu’il fait (sous l’œil attentif de la reine) le tri dans ces papiers, on se rend vite compte que cela ne l’intéresse pas franchement et que son intérêt se porte ailleurs et notamment sur le corps souffrant, ici celui de Louis XIV.

L’accent est donc mis sur le corps de Louis XIV, sur les soins qui lui sont imposés ou sur le suivi de son alimentation. L’entourage se limite à son médecin et à son valet, les discussions tournent principalement autour de sa jambe et comment la soigner. Plusieurs conversations pose la question de la médecine à l’époque et de sa difficile affirmation comme science alors même que des charlatans continuent à la pratiquer et que les recherches scientifiques ne l’ont pas encore sanctifiée. La question politique autour de la mort du roi et de sa succession est à peine esquissée et pour tout dire elle ne semble pas au cœur des préoccupations du réalisateur. En cela Albert Serra rejoint la (longue) cohorte des artistes passionnés par le corps ou par l’intime et qui revisitent des grandes figures ou des événements historiques par le biais de l’intimité (évacuant de fait le contexte et le politique).

Même si je reconnais le talent de la mise en scène et l’extraordinaire prestation de Jean-Pierre Léaud, je reste dubitative quant au sens de ce film (et plus généralement de cette « mode » autour de l’intime). L’approche intimiste n’est pas toujours éclairante sur la période (ou la personnalité) étudiée et elle délaisse trop toutes les autres approches, qu’elles soient politiques ou sociales. Cela donne des œuvres esthétiquement intéressantes mais, intellectuellement, qui n’éclairent que peu leur sujet et semblent du coup insignifiantes.

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