Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

Suite au suicide de sa mère, Lucile, l’auteur-narrateur-personnage principal (et accessoirement narcissique), Delphine de Vigan décide d’écrire un récit (difficile de parler de roman) sur sa mère, depuis son enfance (?) jusqu’à sa vie d’adulte. Pour nourrir son récit, elle utilise les carnets intimes que Lucile écrivait à l’adolescence, interroge ses proches pour connaitre certains détails sur son passé familial et surtout mobilise ses propres souvenirs de cette mère malade. Un livre exécutoire pour mieux comprendre cette femme bipolaire.

Le degré zéro de la littérature, on est proche de l’électrocardiogramme plat, il va falloir bientôt couper l’alimentation. Il n’y a pas de sujet interdit en littérature, on peut parfaitement concevoir qu’un auteur écrive un livre sur un proche. Reste que le dit auteur doit se demander pour quelles raisons souhaite-t-il partager cette histoire personnelle et sous quelles conditions.

Dans ce récit, Delphine de Vigan ne parle pas de sa mère, elle ne rend pas compte de ce qu’était Lucile, elle ne parle que d’elle-même, de ce qu’elle a compris de Lucile et de ce qu’elle a vécu à ses côtés. On évacue donc l’idée qu’à travers ce roman, l’auteur rendrait hommage à une disparue, qu’elle lui ferait en quelque sorte justice. Ici il n’est question que de Delphine de Vigan, son ressenti, son besoin « d’écrire (sur) sa mère ». A aucun moment, elle ne se pose la question de comment Lucile a pu vivre ses événements, elle affirme au contraire son droit à l’écriture, tout au plus consent-elle à envisager la réaction de certains membres de sa famille, pour aussitôt affirmer leur soutien le plus total. Il n’y a donc pas de réflexion sur d’éventuelles conditions à respecter pour écrire sur Lucile, la volonté seule de l’auteur clôt tout questionnement. Quant à savoir quelles sont les raisons qui justifierait de faire étalage publiquement de la vie de Lucile dans ce récit, elles se résument encore une fois au besoin de l’auteur de s’exprimer.

Cette absence de réflexion sur la mise en récit d’une histoire personnelle conduit l’auteur à n’avoir aucun projet proprement littéraire. Elle écrit sur sa mère comme elle pourrait en parler à table avec des amis plus ou moins proche. Son style est donc insignifiant, tout comme sa forme d’écriture. Il n’y a rien de littéraire dans ce récit, juste un long monologue sur des querelles de famille ordinaires dont le but est de permettre à l’auteur d’attirer l’attention sur elle, de provoquer la sympathie et ainsi de se construit une belle image d’elle-même. La littérature version télé-réalité pour des individus persuadés d’être des intellectuels de premier plan. Et dire que ça marche !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s