Divines d’Houda Benyamina

Dounia (Oulaya Amamra) et Maimouna (Déborah Lukumuena) sont les meilleures amies du monde.  Ensemble, elles affrontent tous les maux du quotidien : les cours dénués de sens, l’absence de perspectives, le manque d’argent et, pour Dounia, une mère alcoolique et une vie dans un taudis. Malgré cela, elles rêvent d’une vie meilleure et refusent de baisser les bras. Pour gagner de l’argent, elles acceptent de travailler pour Rebecca (Jisca Kalvanda), une jeune dealeuse qui fait sa loi dans le quartier. Puisque l’école ne peut leur offrir une voie de sortie, Dounia pense qu’en gagnant suffisamment d’argent par le trafic, elle pourra sortir sa mère du ghetto. Malgré sa rencontre avec Djigui, un agent de sécurité qui veut devenir danseur professionnel et qui de cette manière lui présente une autre voie de sortie, Dounia reste fidèle à Rebecca, d’autant que cette dernière a de plus en plus d’influence sur elle. 

Le film a reçu la Caméra d’or au 29e festival de Cannes en 2016 ainsi que trois récompenses aux Césars 2017, celui du meilleur premier film, du meilleur espoir féminin et de la meilleure actrice dans un second rôle. Si je reconnais que les trio d’actrices est formidable dans ce film, j’ai beaucoup plus de doute sur la qualité du scénario et donc du film en lui-même.

Le propos du film sur les parcours possibles pour Dounia est assez limpide, pour ne pas dire simpliste. Le personnage de l’agent de sécurité qui se sort de son quotidien morbide par l’art (ici la danse, la réalisatrice nous a fait grâce d’une référence trop nette à son propre parcours) en rappelle tant d’autres qu’on ne peut pas considérer cela comme audacieux. Par ailleurs l’ensemble du film dans sa narration est on ne peut plus classique : l’histoire d’un individu qui tente de se sortir de son quotidien, en plongeant dans l’illégalité, dans l’idée de ne faire ça qu’un temps mais qui se retrouve pris jusqu’au coup n’est pas original : n’importe quel film de gangster ou d’ex-prisonnier est construit sur ce modèle. Tout est donc cousu de fil blanc, on sait ce qu’il advenir des personnages, aucune surprise dans leur développement, tout a déjà été écrit dans d’autres films.

Quant à la réalisation, elle est quelconque, certains critiques allant même jusqu’à dire qu’elle est totalement absente. Quelques scènes sortent cependant le film de sa monotonie, celles dans lesquelles Djigui danse ou celle dans laquelle Dounia et Maimouna se rêvent au volant d’une voiture de luxe. Pour le reste tout cela est filmé sans grand éclat. La réalisatrice ne voulait pas que l’on considère son film comme un énième film de banlieue mais comme une « histoire d’amitié et d’amour ». Pourtant, il y a fort à parier que la labellisation « banlieue » puisse, au contraire, expliquer l’engouement autour du film, sans laquelle l’enthousiasme qu’un film aussi quelconque génère est bien étrange.

Étrangement, Swagger, dont les thèmes sont proches du film d’Houda Benyamina, et qui se présente non pas comme un film de fiction mais comme un film documentaire, est beaucoup plus audacieux dans sa mise en scène. Ce qui le rend plus éclat dans son propos … et peut-être plus dérangeant.

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