Wonder Woman de Patty Jenkins

Quelque part sur une île magique hors de l’espace et du temps, vivent les Amazones, où elles s’entraînent au combat et coulent des jours heureux. Diana (Gal Gadot), la seule enfant parmi elles, veut elle aussi s’entraîner et devenir une guerrière, mais sa mère, la reine des Amazones (Connie Nelsen), refuse, car elle semble craindre quelque chose. Diana parvient tout de même à s’entraîner en cachette avec la sœur de la reine, Antiope (Robin Wright) tant et si bien qu’elle grandit jusqu’à devenir une belle jeune femme… Et évidemment, une jeune femme, cela attire la convoitise d’un beau jeune homme. Or le monde des hommes arrive un jour jusqu’à l’île des Amazones lorsqu’un avion allemand pénètre la protection magique de l’île et vient s’écraser au large de celle-ci. Diana sauve le pilote de la noyade qui s’avère en fait être un pilote anglo-américain, Steve (Chris Pine). La Grande Guerre est venue jusque chez les Amazones…

Attention ça pique les yeux et les neurones.

Il y a très longtemps, donc, Zeus a crée l’homme, à son image, en le rendant bon, empathique et pacifique car Zeus n’aimait pas la guerre.

Stooooooop. Alors, bon, quand au bout de quelques minutes, un film assoit son intrigue sur un tel WTF, ça fait grincer. On attribue communément la naissance de l’homme au dieu grec Prométhée. Le Dieu chrétien a crée l’homme à son image et il n’est pas ce qu’on pourrait appeler un modèle de pacifisme, son fils peut-être ; quant à Zeus qui n’aime pas la guerre, a priori il n’a pas renversé les Titans avec des sucres d’orge, et son goût pour les intrigues est quand même à peu près connu, non ?

Mais reprenons : Les hommes étaient donc bons et doux. Mais Arès, le dieu de la guerre, a corrompu les hommes, les rendant belliqueux. Les Amazones sont alors créées par Zeus pour inspirer aux humains l’amour et la paix (WTF?). Elles se sont révoltées contre les humains (gné ?), aidées par Zeus et les autres Dieux (ah ?), à l’exception d’Arès qui a fini par tuer tous les dieux olympiens (mais, nom de nom, WTF ?). Zeus, dans un dernier élan épique meurt en terrassant Arès et décide de cacher les Amazones sur une île secrète et de leur donner une arme puissante pour tuer Arès s’il devait revenir.

Bon, avec cette lecture de la mythologie grecque, dans laquelle il n’y a que deux dieux importants, un gentil, un pas gentil, on peut déjà remercier Hollywood de ne pas avoir écrit l‘Iliade parce que sinon Homère aujourd’hui serait un peu le Marc Lévy de la mythologie.

Les mythes grecs selon Hollywood : où l’Iliade devient la Bible expliquée aux enfants.

On continue. Les Amazones se sont retirées du monde des humains, cachées sur une île, attendant le réveil éventuel d’Arès. Elles s’entraînent intensément car elles doivent toutes devenir des guerrières exemplaires, mais, donc pas Diana.

Euh… c’est moi ou ce scénario est complètement con ? Pourquoi n’a-t-elle pas le droit de s’entraîner, en tant que future reine ? Parce que si elle le fait, sa mère a peur qu’elle réveille Arès. Ah. D’accord. Mais alors pourquoi les Amazones s’entraînent-elles ? Oh et puis merde !

Donc, Diana s’entraîne quand même, car sa mère finit par accepter, et là patatra, ce qui devait arriver arriva, elle fait pioupiou avec ses bracelets de force, et boum ! l’avion, et plouf Diana, et ôôôô un homme. Et là méga surprise, les hommes se font la guerre. Arès doit être réveillé (depuis le début en fait, les hommes n’ont jamais cessé de faire la guerre), il faut donc aller le tuer. Diana, après quelques allusions bien placées mais naïves et candides, hein, toujours, on est une Amazone vierge ou on ne l’est pas, sur le fait que les hommes se laissent mener par leur « petit machin » (ça c’était pour la caution féministe du film), embarque Steve (Chris Pine) pour aller trouver Arès et ainsi mettre fin à la Guerre qui terminera toutes les guerres.

« Tu vois Diana, les gens, hé ben ils sont méchants, en fait. Et ils se font la guerre. Et ça dure depuis, pfffffiou, un paquet de temps quand même… »

Bon, alors, ça lui coûte quoi au scénariste de se référer correctement aux mythes grecs, pas grand chose mais suffisamment pour qu’il se permette de faire n’importe quoi, y compris cet accent pourri de la reine des Amazones et de sa sœur ?

Et puis c’est quoi cette connerie selon laquelle Arès est derrière la guerre que se livre les humains en 1914 ? Il n’y était pas avant ? La guerre de Trente Ans, ou le massacre des Amérindiens par les Européens, pour ne citer que cela, c’était pas de la roupie de sansonnet non plus. Alors certes, il était tout à fait possible de dire qu’avec la Grande Guerre, les humains, en déployant une violence inédite, avaient réveillé Arès qui à présent empêchait cette guerre de s’arrêter. Mais encore aurait-il fallu le dire à un moment, merde ! On ne demande qu’à suspendre notre incrédulité, mais il faut quand même qu’on nous donne un peu de billes…

Même chose avec le contexte historique : a-t-il besoin d’inscrire son intrigue dans le contexte de la Grande Guerre, quand il est incapable de la présenter correctement  (et qu’en plus tous les récits de Wonder Woman se passent pendant la Seconde Guerre mondiale) ? Les Allemands ressemblent davantage à des nazis (et sont visiblement les seuls responsables du conflit, avec comme opposants les seuls Anglais), la scène dans un village (en France ? en Belgique ? aux Pays-Bas ?) semble très proche d’Il faut sauver le soldat Ryan. On a même droit à une petite danse devant un café. Ne manque plus que Piaf. A regarder de près les scènes « historiques », il semble que le réalisateur confondent les deux guerres mondiales. Et puis, vous aussi le saviez vous que Ludendorf avait massacré tout l’état-major allemand à coup de grenades au gaz en 1918 ?  Enfin, on appréciera à sa juste valeur, le trajet par voile entre l’île des Amazones (probablement  en mer Egée ou, à tout le moins, en mer Méditerranée) et l’Angleterre en une nuit et alors que les tourtereaux dorment profondément (c’est bien connu un voilier va directement à son lieu de destination sans intervention humaine). TGCM !

Quand un film entier n’est en fait qu’un caméo de 2h30 autour d’une photo pour préparer un autre film…

Lorsqu’arrive (enfin ! ça dure, ça dure, ça dure ce film…) le générique de fin, on comprend alors tout : aux manettes, il y avait le grand, l’inégalable et l’adepte de la masculinité dominante Zack Snyder, spécialiste en autre de l’esthétique gréco-fascisante. Normal qu’il y ait des nazis ! Tout s’explique. Car, que pouvait-on attendre de la part de celui qui nous avait proposés une adaptation puérile d’une lecture odieuse des Thermopyles où la fascination bête et crasse de la force, de la puissance et de la violence le disputait au conservatisme ultra-réactionnaire qui s’était dévoilé comme un fascisme haineux et raciste après le 11-Septembre de l’original ? Après son Superman qui ne carburait qu’à la fascination du surhomme testostéroné et crypto-nazi, Znyder récidive et nous remet donc du über-mensch à la sauce grecque dans un nietzschéisme mal digéré.

Et d’ailleurs si Zack Snyder n’est pas à la réalisation, Patty Jenkins a suivi les enseignements du maître : mêmes ralentis tape-à-l’œil, mêmes couleurs saturées et même recours au contraste maximum ce qui produit cette esthétique vulgaire qui cette fois prétend se mettre au service d’un propos féministe. (D’ailleurs, après Mad Max, on est en droit de se poser de vraies questions inquiètes sur ce qu’est le féminisme selon Hollywood.) Sont donc ajoutés au film de biceps, une scène de shopping dans un grand magasin à Londres, une scène avec un bébé (et Wonder Woman qui tombe en extase) et un propos final des plus mesquins : si l’homme se sacrifie pour sauver les siens, la femme sauve le monde par son amour.

Pouf, pouf.

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