Legion de Noah Hawley

David Haller (Dan Stevens) est soigné depuis son enfance pour des problèmes de schizophrénie et après avoir tenté de mener une vie normale avec sa petite amie, période qui s’est terminée par sa première tentative de suicide, il a été interné dans un hôpital psychiatrique où il a rencontré Sydney Barrett (Rachel Keller), une patiente qui souffre également de problèmes psychologiques et refuse tout contact avec les autres. Lorsque Sydney a été autorisée à quitter l’hôpital, David sans réfléchir s’est empressé de l’embrasser… réalisant trop tard que par ce geste, il venait de prendre sa place. Alors que Sidney/David quitte l’hôpital, David/Sidney entre en panique et provoque un énorme cataclysme qui détruit l’hôpital et cause la mort de nombreux patients dont Lenny Busker (Aubrey Plaza), une autre amie d’hospitalisation de David. A l’extérieur, David qui reprend rapidement son apparence est pris en chasse par deux individus. Bientôt capturé, il découvre que des membres du gouvernement veulent le recruter pour utiliser ses pouvoirs : David découvre alors qu’il ne souffre pas de schizophrénie, mais qu’il est un mutant doté de pouvoir de télékinésie et de télépathie…

Rien que de faire le résumé de cette série, on sent que ça va être pénible.

Legion est l’adaptation d’un comics crée par Chris Claremont et Bill Sienkiewicz publié par Marvel. En conséquence, l’adaptation télévisuelle de ce comics s’inscrit dans la toile que Marvel met en place depuis de nombreuses années, entre les films de la firme et les séries TV (comme Agents of Shield), qui viennent combler les espaces entre les films et accessoirement gonfler les revenus de la firme.

Comme le propos de cette série est assez classique (un individus découvre que ses problèmes psy sont en fait des super-pouvoirs), le réalisateur a mis le paquet sur les effets visuels : pour refléter la confusion du personnage, la narration est décousue (mais pas trop finalement, il ne faut pas perdre le public américain), et chaque épisode se caractérise par une « prouesse » dans la mise en scène, allant de la parodie de comédie musicale, aux films muets en passant par l’immanquable film d’horreur, multipliant les clins d’oeil et les hommages.

Oui, mais…

L’objectif de cette saison 1 est de maintenir le spectateur dans le doute quant aux pouvoirs réels de David. Est-il vraiment un mutant ou un simple schizophrène ? Ce que l’on voit à l’écran est-il la réalité ou la projection mentale de David ? Pendant quelques épisodes, on peut imaginer que David est en fait un garçon de sept ans (omniprésent dans ses cauchemars) et que tout ce que l’on voyait au fil des épisodes était en fait ses peurs. Jusqu’à la scène dans laquelle David se projette avec Sydney dans un espace mental conçu par lui pour leur permettre d’avoir enfin des relations sexuelles. Cette image mentale cadrait alors mal avec l’idée qu’elle soit conçue par un enfant. Du coup, subsiste la question initiale : David est un bien un adulte, reste à savoir s’il est fou ou mutant ?

Cela a pour conséquence que des épisodes entiers de la série (notamment l’épisode 6) ne sont en réalité que des digressions mentales, qui n’apportent finalement rien à la narration ou au propos de la série. En bref, Legion est une série dans laquelle on regarde pendant une heure des scènes qui n’ont pas ou peu de sens qui, de toute façon, est annihilé une fois les personnages revenus dans la réalité. L’ensemble de ces scènes ou épisodes ne servant qu’à maintenir le doute et reporter à plus tard la grande révélation sur la nature de David.

Reste que le fait même que la série soit une adaptation d’un comics Marvel, et s’intègre dans leur stratégie ciné/TV ne laisse que peu de doute quant à la nature réelle de David: il est un mutant, sa schizophrénie n’est qu’une étape temporaire dans l’acceptation de sa nature, les effets visuels ou scéniques de la série qu’une manière un peu tape-à-l’œil de nous faire croire à autre chose qu’à une énième série sur un super-héros.

Or, ces effets d’écriture et de narration ont souvent été loués comme étant la marque d’une écriture de qualité. A cela il faut tout de même répondre que cette écriture élude totalement son sujet et ne fait, comme il a été souligné plus haut, que délayer le propos jusqu’à le rendre inexistant pour multiplier les gimmicks de mise en scène sans qu’ils n’apportent quoi que ce soit. Deux exemples : la référence aux films d’horreur muets dans le style expressionniste allemand aurait pu être intéressante si elle avait pu servir à creuser l’idée d’un traumatisme profond chez David qui s’incarnait par une psychose. Mais non, non, le monstre qui hante la psyché de David, apprend-on au bout d’un (long) moment, est en fait tout  à fait réel et est un mutant lui-même. Plouf. Une autre scène est le comble de cette débauche visuelle qui ne souligne que sa vacuité : lors de l’affrontement final dans la psyché de David entre lui et ses amis et le monstre, David gèle temps alors qu’il se fait tirer dessus. Oliver Bird (Jemaine Clement), le mari de la directrice de Summerland (le centre qui a récupéré David et lui révèle ses pouvoirs) Mélanie Bird, commence une sorte de pouvoir sur la balle qui va venir tuer David (car Oliver peut se déplacer dans le temps). Cela occupe toute une scène, avec le Boléro de Ravel qui part en fond musical, et des jolis effets visuels de fils de lumière rouge qu’Oliver semble nouer autour de la trajectoire de la balle. Là, le téléspectateur blasé, qui vient de terminer de gober le contenu de son deuxième paquet de bonbons, lève un sourcil intrigué. Et puis, non : l’action part dans une autre direction, David se réveille, et comme il est super-boeuf, hein, on le savait mais lui non, alors ce n’était qu’une question de temps, la preuve, il zigouille tous les méchants. Re-plouf.

Dernière chose, totalement gratuite, mais l’acteur qui joue David,  est insupportable avec ses mimiques qui « montrent tu vois qu’il est totalement pris dans sa psychose, qu’il souffre, mais en fait qu’il est innocent et qu’il est bon dans son coeur » : il en fait trop et n’est absolument pas crédible ; de même d’ailleurs que Rachel Keller qui joue les oies blanches de manière vraiment pénible. Seuls les personnages très stéréotypés (le savant et son hôte, le méchant, Oliver) ont permis aux acteurs de s’amuser quelque en assumant leur côté portnawak et ainsi proposer quelque chose qui ne se prenne pas au sérieux.

En somme, Legion est une série surévaluée, surfaite et surjouée. Pour s’en convaincre, comparons avec un film qui joue également sur l’existence d’une autre dimension que l’on pourrait appeler astrale ou psychique et qui est le terrain d’affrontements entre des êtres opposés, Ink, et sa scène magistrale d’un effet magique qui est totalement intégré à la narration ou la scène du père qui trouve le courage d’aller sa fille car il est protégé, sans qu’il ne le sache, par une guerrière qui repousse les créatures qui voudraient l’en empêcher, le spectateur pouvant voir les deux plans en même temps, le tout réalisé avec une absence de moyens qui montre l’inventivité et la véritable imagination du réalisateur Jamin Winans. Ici, la débauche de moyens et d’effets est inversement proportionnelle à ce qu’elle nous apporte.

– Tu vois l’intérêt de cette série, toi ? – Attend, regarde, c’est trop con ! Re-passe moi un bonbon !

 

 

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