120 battements par minute de Robin Campillo

Début des années 90, le sida ne cesse de se propager parmi la population et faute de traitement, les malades atteints meurent dans la plus grande indifférence, l’opinion publique associant la maladie à l’homosexualité ou à des conduites à risque, véhiculant ainsi l’idée que cette maladie n’est pas l’affaire de tous. Plusieurs associations se sont créées pour accompagner les malades, alerter les pouvoirs publics sur les traitements et la prévention et combattre cette indifférence de l’opinion envers ces malades. Aides et Act-Up sont les plus importantes, avec chacune des méthodes bien différentes. Alors qu’Aides privilégie le dialogue et la médiation, Act-Up s’oriente davantage vers les actions coup de poing pour réveiller l’opinion et la sortir de sa léthargie. Nathan (Arnaud Valois) vient de rejoindre l’association avec trois autres militants. Lors d’action menées par l’association, il rencontre Sean (Nahuel Pérez Biscayart), militant de longue date.

Même s’il est parfois un trop didactique pour expliquer le fonctionnement de l’association Act-Up (notamment lors de la première scène avec l’arrivée de nouveaux arrivants qui se font débriefer sur le règlement et les habitudes de l’association, manière peu subtile d’introduire le spectateur), le film a l’énorme mérite de nous faire comprendre pourquoi Act-Up a choisi une voie plus radicale pour alerter l’opinion.  Je me souviens qu’à l’époque, je trouvais les actions d’Act-Up trop brutales, le film m’a permis de comprendre pourquoi ils agissaient de cette manière et en quoi ils avaient raison. Même si certaines scènes du film montrent bien qu’en agissant dans l’urgence (parce qu’ils y sont contraints), ils se plantent (comme lorsqu’ils interviennent dans un lycée et, faute de temps, font de la prévention rapide).

Composée en grande majorité de malades, l’association voit en son cœur même la propagation et la disparition des militants atteints. Le décalage entre les représentants des autorités publiques avec les membres d’Act-Up est flagrant, lorsque les premiers demandent du temps, les seconds savent pertinemment qu’ils ne l’ont pas. La violence n’est plus le fait d’Act-Up mais de représentants de l’Etat ou d’entreprises pharmaceutiques qui choisissent de temporiser là où il y a urgence. Le film traite également des débats qui ont eu lieu en interne, notamment autour du sang contaminé, et je me souviens qu’effectivement certains membres d’Act-Up craignaient que le traitement médiatique de cette affaire étouffe tous les autres messages sur les traitements et la prévention.

Le film décrit bien cette période, éblouissante et morbide, à travers ses personnages rayonnants, foudroyés dans leur jeunesse, ne comprenant pas toujours ce qu’ils leur arrivent (je pense au personnage de Jérémie, étudiant en histoire qui semble démuni face à la maladie) mais refusant de se résigner. Le film oscille entre le collectif et l’individu, entre les actions menées par l’association ou les débats lors des assemblées générales, et le destin de quelques personnages qui se retrouvent malgré tout seul face à la maladie. Même dichotomie entre les scènes dans lesquelles on voit les personnages danser, s’aimer et profiter de la vie, et celles dans lesquelles les mêmes personnages affrontent la douleur et font part de leur peur à l’idée de mourir.  Jusqu’à parfois réunir les deux.

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