Malick Sidibé, Mali Twist à la Fondation Cartier

Photographe malien reconnu, dépositaire en 2007 du Lion d’Or d’honneur pour l’ensemble de sa carrière à l’occasion de la 52e Biennale d’art contemporain de Venise, Malick Sidibé est exposé pour la seconde fois à la Fondation Cartier (la première exposition date de 1995), avec pour l’occasion des tirages inédits et des tirages d’époque réalisés par l’artiste lui-même entre 1960 et 1980. L’occasion d’admirer son travail en noir et blanc sur le mouvement et de voir également un artiste et un citoyen contrariés.

L’exposition regroupe trois espaces, le premier consacré aux grands formats (avec une anecdotique reproduction de son studio à Bamako), le deuxième aux fêtes photographiées par Malick Sidibé dans les années 60-70, peu après l’indépendance du Mali, avec un dispositif sonore recréant l’ambiance de ces fêtes pendant lesquelles les jeunes malien(ne)s dansent sur de la musique majoritairement occidentale (rock français et anglo-saxon), puis un dernier espace sur ses travaux divers comme ses portraits dans son atelier photo ou ceux pris sur le vifs à la plage.

Nuit de Noël, 1963

L’ensemble des trois espaces donnent à voir un artiste passionné par le mouvement, par les contrastes du noir et du blanc, un artiste aimant et aimé par la jeunesse malienne. Un artiste qui a connu l’apogée de sa carrière dans les années 60-70, mais qui faute d’avoir accepté de passer à la couleur, s’est recentré sur son travail de photographe commercial et a de moins en moins travaillé comme artiste. Ce qui amène une réflexion intéressante sur les relations entre les deux  puisque les anciennes phots de Malick Sidibé (celles de la période 60-70) sont exposées à la Fondation, mais pas celles récentes.  Pourquoi ? Difficile de trouver une réponse, quoique.

« Regardez moi », 1962.

A suivre l’exposition, on a cette impression curieuse (et pour ne pas dire désagréable) de voir un artiste qui ne crée plus depuis les années 80 et dont l’oeuvre semble s’être achevée non pas à cause d’une question de couleur, mais parce que les changements de régimes survenus au Mali ont amené la fin des clubs, et donc la fin des soirées, autant de facteurs qui ont contribué à la fin de son travail de photographe, lui qui aimait photographier la jeunesse malienne dansante. L’artiste semble lui-même nostalgique de cette époque, une époque dorée qui s’est achevée.

Combat des amis avec pierres, 1976

Cette impression est renforcée par le documentaire projeté dans la dernière salle de l’exposition, Dolce Vita Africana de Cosima Spencer. Le documentaire a été tourné en 2008 et on y découvre Malick Sidibé dans son quotidien au Mali. Le citoyen Malick Sidibé se présente alors comme un homme respectueux des traditions de son pays, ce que confirme ses séances de prières, son habit traditionnel et ses trois épouses dont deux ont été choisies par sa famille, l’une d’elles n’avait que 13 ans). Il fréquente ses anciens camarades de soirées lors de repas entre hommes, avec qui il évoque avec beaucoup de nostalgie la grande époque des soirées, tout en admettant que ces dernières ne seraient plus autorisées actuellement dans son pays.

Il y a alors une vraie rupture entre l’artiste qu’il était dans les années 60-70 (passionné par la musique occidentale et se félicitant de la proximité que permet cette musique entre les jeunes filles et les jeunes garçons) et ce qu’est devenu le citoyen. La relation entre l’artiste et le citoyen pose ici question, elle apparaît comme les deux faces irréconciliables de l’homme.

Malick Sidibé

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