Star Wars (épisode VIII) : The Last Jedi, de Rian Johnson

Il y a très, très longtemps, dans une lointaine galaxie, Star Wars était une saga cinématographique chargée de valeur et de potentiel épique…

Mais reprenons : dans le précédent épisode, nous avions appris que 30 ans après le triomphe de la République contre l’Empire avec l’épisode VI, la situation avait bigrement changé. En effet, l’Empire avait resurgi sous la forme du Premier Ordre, dirigé par un sith nommé Snoke (Andy Serkis)  dont le lieutenant, Rylo Ken (Adam Driver), n’était autre que le fils de Han Solo (Harrison Ford) et de la Princesse Leia (Carrie Fisher), tandis que la République était réduite à peau de chagrin (comment ? mystère !), c’est-à-dire à la « Rébellion » (mais pourquoi diantre s’appellent-ils eux-mêmes les Rebelles ? Quel mouvement de résistance a jamais fait cela ?) dirigée, justement par Leia. (A moins que maintenant ce soit la « Résistance ». Mais en cas, pourquoi changent-ils de nom ? Ils se sont décidés sur « Résistance » après s’être rendus compte que « Rébellion » c’était bof, en fait ?)

Après une série de péripéties aussi téléphonées que repompées sur les épisodes précédents, un pilote tête brûlé, Poe (Oscar Isaac), et un stormtrooper renégat, Finn (John Boyega), ont récupéré (comment ? à qui ? mystère !) les coordonnées du Premier Temple de l’ordre des jedi où est parti vivre en ermite Luke Skywalker (Mark Hamill). Une jeune femme intrépide et au potentiel immense, Rey (Daisy Ridley), est chargée par la « Rébellion » (je n’y arriverai pas, je préviens) de retrouver Luke afin qu’il vienne en aide aux « rebelles » et restaure l’espoir dans la galaxie…

En guise de film qui était supposé, ainsi que la bande-annonce le laissait entendre, dévoiler le mystère sur la manière dont les choses en étaient arrivées là, nous montrer l’initiation de Rey, et révéler d’où viennent les jedi, cet épisode VIII consiste en réalité en trois fils narratifs : le premier est la fuite de la flotte républicaine qui tente d’échapper à celle de l’Empire ; le second est effectivement l’initiation de Rey (en parallèle avec les tourments de Rylo Ken) ; et le troisième est la mission de Finn et d’une mécano, Rose (Kelly Marie Tran), pour tenter de trouver un hacker qui serait capable de pénétrer les systèmes impériaux pour saboter leur traqueur qui permet à la flotte impériale de pourchasser la flotte républicaine même à travers l’hyperespace.

En passant sur le fait que cet épisode VIII est un calque de l’épisode V, chacun de ces trois fils narratifs est un naufrage intégral.

Le premier fil narratif est donc la fuite de la flotte « rebelle ». Plusieurs choses ne vont pas. Premier élément : si la flotte se trouve dans cette situation désespérée, c’est uniquement à cause de Poe qui veut en découdre et est prêt à sacrifier tout ce qui reste de la flotte pour détruire un dreadnought impérial. Le type est présenté comme étant non seulement une tête brûlée mais en plus complètement con. Or, il est un pilote. Et visiblement toute la flotte est mise en péril juste parce que lui le veut. Bon. Ai-je besoin de souligner à quel point le scénario est indigent aussi bien en termes de caractérisation (Poe avait-il besoin d’être aussi crétin ? fallait-il vraiment le saborder ainsi, lui qui contrairement à Hans Solo, le pilote mercenaire, était au service d’une cause ?) que de logique (il y a quelqu’un à bord de cette flotte qui ait un cerveau ? Et sinon, la hiérarchie militaire, ça existe ou pas ? Nan parce que si Leia ne veut pas, la flotte ne fait pas, c’est simple). Nan et puis, zut quoi, les bombes qui tombent dans l’espace ? S’il-vous-plaît, scénaristes, pitié, essayez juste de nous permettre d’y croire, ne serait-ce qu’un tout petit, petit peu.

Reste que l’idée de faire de cet épisode un film de course-poursuite de vaisseaux était intéressante. Encore eut-il fallu savoir réaliser un minimum un tel film. Le rythme, c’est important, vous savez, Hollywood. Et puis, bon, après neuf films, ce serait bien, un moment, si vous décidez de centrer votre film sur les enjeux du vol spatial dans votre univers, de nous expliquer un tantinet comment ça fonctionne, histoire que l’on puisse percevoir l’enjeu de ce que représente une flotte qui fuit, en terme de vitesse, de défense, de « carburant » (c’est quoi le carburant dans Star Wars ? et puis ça marche comment l’hyperespace ? Et puis comment ils ont fait pour mettre un traqueur ? Et puis pourquoi, mais pourquoi, pourquoi quand un vaisseau décolle et quitte une baie de décollage et entre dans l’espace les gens continuent de vaquer tranquillou comme si de rien était sur la baie ? Hein ? Pourquoi ? ! ?). En même temps, bon, après les bombes qui tombent…

Et puis ça serait bien d’être un tout petit logique aussi :

« Ah-ah », se réjouit le Général Hux (Domhall Gleeson), « ils n’ont plus de carburant pour faire un saut dans l’hyperespace, et ils ne peuvent que protéger l’arrière de leurs vaisseaux ! »

« Euh, chef, chef ! » interpelle le grouillo du pont de commandement. « Pourquoi qu’on envoie pas des chasseurs pour détruire leurs vaisseaux par l’avant ou les forcer à répartir leurs boucliers pendant qu’on les pilonne avec notre destroyer ? »

« Parce que c’est moi le chef et que comme tous les chefs dans Star Wars, je suis nul et bon qu’à éructer entre mes mâchoires avant de me faire stranguler à distance par un sith ! D’ailleurs rappelez Kylo Ren, il pourrait faire mal à sa maman, on sait jamais. »

« Ah ouais, c’est vous le chef, chef. » #7eCompagnieStyle.

Et juste pour enfoncer le clou en ce qui concerne le rythme digne d’un calamar crevé sur la plage, vous vous souvenez de Masters & Commanders ?

Oui, vous aussi ? Hé oué…

‘Nuff said.

Plouf.

« Damned! Je passe encore pour un gros débile ! »

Deuxième fil narratif : Finn et Rose partent dans un vaisseau de secours pour aller chercher un hacker sur une planète quelque part on sait pas où mais c’est à moins de six heures aller-retour mission comprise puisque c’est tout ce qu’il reste en carburant pour la flotte « rebelle », le tout sans que la flotte impérial n’en prenne ombrage. Une explication ? Nan, passez votre chemin.

(Et je passe sur les multiples invraisemblances, les cavernes béantes scénaristiques qui émaillent ce qui n’est plus un scénario mais une copie d’un élève de Sixième dyslexique à qui on aurait demandé de résumer le vrai scénario qui doit être planqué quelque part. Pour une recension complète de celles-ci, voir le blog d’un Odieux connard. Car ici on ne trolle pas, non madame, on essaie de prendre les œuvres pour le projet qu’elles prétendent porter… Même si, là, c’est très, très dur.)

Bref. Donc Finn et Rose sont sur un vaisseau… et le scénario tombe à l’eau. Et vont sur une planète-casino pour récupérer Benicio del Toro. Alors, droit au but : tout ce fil narratif ne sert à rien qu’à meubler trois quart d’heures de films, la planète-casino est très moche, totalement nulle, absconse et filmée par un type avec des moufles attachées dans le dos suspendu au plafond et en tenant la caméra par les dents. Il y a même un hommage à Luc Besson, ce qui est le comble du mauvais goût. Et aussi la morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut pas faire de mal aux animaux. D’accord. Et puis on a des scènes à la Dickens qui sont encore plus mièvres qu’une licorne pailletée qui pleure sur la cadavre d’un chaton. Ou d’un panda.

Résumons : c’est chiant, moche, con, noeud-noeud. Sans déconner j’aurais eu une dizaine d’années en voyant ce film, tout mon imaginaire était bousillé et je chopais un traumatisme profond. Des fois, c’est bien d’être vieux.

Côté réalisation : ah-ah, vous espériez une vraie scène sur une planète casino ? Une sorte de James Bond de l’espace avec intrigues, espionnage et tout et tout ? Que nenni, cela aurait signifié écrire un scénario ! Mettre en place une véritable intrigue secondaire ! Mais pourquoi faire ?

Vous vous souvenez de l’épisode de Cowboy Bebop, « Honky Tonk Women », qui se passe dans un casino au cours duquel Spike rencontre Faye Valentine ? Oui, vous aussi ? Voilà. Hélas…

Plouf, plouf.

« Mais qu’est-ce qu’on fait là si on est pas venus pour jouer, repérer le hacker légendaire et proposer aux spectateurs une vraie scène d’ambiance classe ? » « Ta gueule, il nous attend dans les prisons et ensuite on s’échappe sur des gazelles sympas mais maltraitées ! » « Ah, ok. »

Reste le troisième fil narratif : Rey rencontre Luke sur la planète Ahch-To (Ach so ?) où se trouve le Premier Temple jedi. Les enjeux multiples qui se tissent ici sont bien plus accessibles. Luke va-t-il suivre Rey ? Pourquoi s’est-il retiré du monde ? Qu’a-t-il appris sur les jedi qui le justifie ? Et d’où viennent les jedi ? Et Rey va-t-elle suivre son initiation ? Et qui est Rey ?

Alors là, il faut l’admettre, c’est un tout petit peu mieux. On a vraiment droit à la scène du maître réticent parce qu’il a déjà échoué et de l’élève désireux d’apprendre (même si on sait que c’est pas crédible et qu’en fait c’est toujours l’inverse en réalité). Par contre, tout le fil est littéralement pollué par les pingouins des îles débiles mais conscients. D’ailleurs, dans Star Wars, c’est nouveau, mais tous les animaux sont conscients, en fait.  C’est le côté animiste de la religion jedi. D’ailleurs, Chewie a une révélation dans ce film et devient vegan, parce que manger les pingouins/ macareux, hé ben c’est pas bien. Sans déconner. Chewbacca. Celui qui, souvenez-vous…

Voilà. Donc le wookie arrache les bras de ses adversaires s’il perd aux échecs, mais maintenant il est ému par le regard embrumé d’un pingouin crétin, et donc devient  vegan. Ok.

Nonobstant toutes ces scènes aussi ridicules que stupides (Luke qui fait de la perche pour franchir une crique et ainsi pécher de l’autre côté avec la même perche ? Nan mais vous réfléchissez un peu les gens ?), le film se décide alors (enfin, trop tard) à proposer quelque chose d’un tant soit peu tangible. Rey subit son initiation qui prend la forme non pas d’un entraînement auprès de Luke, mais d’une sorte de dernière tentation de Rey dans le désert de Skellig Island : à plusieurs reprises, elle entre en contact avec Kylo Ren et, boum badaboum ! la réalisation, d’un seul coup d’un seul, entre en scène avec une série de plans en champ/ contre-champs. Oh la vache. On est en train de regarder un film, en fait ! Waouh ! Il y a même une certaine sensualité, un courant électrique, la Force sans doute, qui passe entre les deux. C’est troublant. Nous sommes troublés.

Bon, mais en fait, tout le fil narratif de l’initiation de Rey se termine par le moment crucial : elle est attirée par ce qui se cache sous l’île, une sorte de lieu chtonien qui semble être le centre de la puissance de la galaxie et qui l’appelle, ce qui file les chocottes grave à Luke (et nous avec). Lorsqu’elle s’y rend enfin, on se dit, oh lala, là, ça plaisante plus, c’est du sérieux. Et donc Rey, après un instant d’hésitation, plonge dans l’anus du monde (ben oui, il faut bien dire les choses. D’ailleurs, vous avez remarquez que Luke, en bon Jeremiah, prophétise la fin des jedi dans l’embrasure d’un vagin ?) où elle va être confrontée à elle-même dans une scène psycho-flippante de fooooolie.

Ah bah oui, mais non. La scène est sabordée dès le début lorsqu’on entend Rey elle-même qui, en voix-off, raconte comment ça s’est passé. Comment pourrir tout l’enjeu dramatique d’une scène à fort suspense en faisant en sorte que ce que l’on voit à l’image soit désamorcé par le récit de la personne qui l’a vécue : c’est incroyable à quel point les « auteurs » de ce film ont décidé de tout rater. Et donc, quel résultat ? Bah Rey s’est vue plein de fois dans un miroir infini avec un léger décalage temporel ce qui fait que quand elle claquait des doigts, hé bien le claquement de doigt se répétait à l’infini. Ouah, super drôle. Rey ayant eu au bout d’un moment marre de gueuler « écho ! » dans l’Orne de la galaxie (pour ceux qui ne comprendraient pas : demandez à Hervé Morin), est ressortie et raconte donc ce qui lui arrivée à Kylo Ren.

Bon. J’ouvre une parenthèse (sans la ponctuer, na !) : vous imaginez le même fil narratif mais au lieu de cette résolution complètement nulle,  Rey aurait en fait découvert, tout bêtement, dans la grotte du côté obscur, qu’elle est affreusement attirée par Kylo Ren (oui, car pour être attirée par lui, faut vraiment pas voir de goût — en même temps c’est une spécialité des jolies brunes dans Star Wars, cf. Padmé et Annakin et sa mob qu’il bricole avec sa tresse de faux rebelle à deux balles) et par son acte parricide elle qui n’a pas eu de père ? Je sais, ce serait télescopé, mais au moins ça aurait un foutu sens ! Et puis on aurait droit à une scène de sexe aussi torride que gênante entre la jolie et fougueuse Rey et le tourmenté Rylo. Le genre de fantasme Freud-rencontre-Jung inavoué des personnages. Ah… bref.

Donc, ce dernier fil narratif : plouf, plouf, plouf.

« J’y vais ou j’y vais pas ? Là, avec le zoom avec plan en plongée, vous allez voir, mais ça pue du c’ ! »

Le final réunit donc ces trois fils ratés pour un dénouement qui ne pouvait être que totalement raté. Le vaisseau impérial coupé en deux mais tous les gentils survivent, Rey qui a sauté à bord du Millenium Falcon en marche qui devait passer par là, la bataille de fin qui n’a plus aucun intérêt tellement la patience du spectateur a été épuisée. Bref : on s’en cogne. On est écoeurés. La fin arrive, bataille sur la planète de glace, ah non, tiens, de sel, yadam, yadam, piou, piou, bim, pan t’es mort ! Ah mais c’était pas moi ! Bisque, bisque rage !

Ne reste plus qu’une chose : la certitude désagréable de s’être fait foutre de sa gueule et que l’on a donné un peu d’argent à ce monument de stupidité et de cynisme hollywoodien le plus éhonté. Car, récapitulons : un scénario qui ne mérite pas ce nom, une réalisation grossière, poussive voire absente, des personnages avec un potentiel sabordé, des personnages sabrés sans qu’ils aient à aucun moment été vivants (Snoke, anyone ?), ce film est non seulement archi-nul mais en plus il prend ses spectateurs pour des cons, en jouant avec la nostalgie d’une partie et la crétinerie supposée de l’autre, en n’ayant cherché à aucun moment à expliquer un tant soit peu les enjeux, à nous montrer, ne serait-ce que par quelques scènes, comment l’oeuvre de la vie des personnages de la première trilogie (Luke, Han, Leia) a été réduite à néant et ce que cela signifie pour eux.

Bon, hé bien, The Last Jedi aura été, pour les Boggans, le dernier opus Star Wars vu au cinéma.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s