Black Mirror (saison 3) de Charlie Brooker

Six épisodes composent cette troisième saison de Black Mirror. Le premier épisode évoque une société dans laquelle les hiérarchies sociales (liées au travail, au logement ou à la mobilité) sont déterminées par la cote de popularité sur les réseaux sociaux (et son nombre de « like »). Le personnage principal (Bryce Dallas Howard) se fait bannir de la société pour s’être énervée auprès d’une hôtesse de l’air ce qui lui vaut de découvrir le monde des marges. Le deuxième épisode suit l’itinéraire d’un testeur de jeux virtuels (Wyatt Russell) qui va apprendre à ses dépens que parfois tout n’est pas que du jeu. Le troisième épisode semble faire référence aux Anonymous et se focalise sur le vie d’un adolescent (Alex Lawther), qui se retrouve au coeur d’une vaste entreprise de chantage suite à une vidéo prise à son insu sur son ordinateur portable alors qu’il se masturbait. Le quatrième épisode s’intéresse à la vie après la mort et se passe dans un monde virtuel où se rejoignent des personne dans le coma et d’autres en fin de vie, monde dans lequel elles vivent des aventures lumineuses sur une île paradisiaque dans une temporalité illimitée. Le cinquième épisode s’intéresse à l’utilisation des nouvelles technologies dans l’armement. Ici des soldats (Malachi Kirby) porteurs de puces électroniques reliées à leur cerveau sont persuadés de lutter (et de tuer) des zombies – ou des humains infectés par un virus mortel qui les transforment en cannibales – alors que ce sont en fait des migrants. Enfin le dernier épisode se déroule comme une enquête policière, un détective (Kelly Macdonald) devant mettre un terme (et trouver le responsable) à un jeu mortel présent sur les réseaux sociaux. Ce jeu consiste à proposer des gens détestables, à voter pour leur mises à mort via le hashtag #DeathTo, le phase d’exécution étant prise en charge par des abeilles robotiques détournées de leur fonction première et programmées pour interagir avec le hashtag.

Je suis toujours aussi partagée sur cette série. D’une part parce que le procédé est toujours le même, les scénaristes partent d’un constat actuel sur l’utilisation des nouvelles technologies, l’exagèrent à outrance et nous livrent le résultat sous forme d’épisodes plutôt convaincants par leur réalisation et par le jeu des acteurs. Sauf que l’exagération tient lieu de réflexion ce qui me frustre parce que je ne trouve pas cela toujours aussi éclairant.

D’autre part parce que souvent en s’imposant une sorte de twist à chaque fin d’épisode, le propos tenu (s’il y en a un) s’annihile de lui-même. C’est le cas dans l’épisode avec l’adolescent pour lequel on éprouve de la sympathie parce qu’il se fait harcelé pour une connerie (comme les autres dans l’épisode), ce qui pourrait permettre de dénoncer les méfaits et les dangers de la surveillance des individus quand elle tombe aux mains de justiciers peu scrupuleux comme certains Anonymous. Sauf que le fait qu’il soit un pédophile et que les autres victimes du chantage soient aussi des coupables (de racisme ou de crimes divers) rend valide toute leur traque.  Même chose avec l’épisode avec le testeur de jeu dont la mort n’est pas due au jeu lui-même mais à une anomalie dans le téléchargement et l’installation de l’application intégrée.

Seul  le quatrième épisode trouve grâce à mes yeux. Parce que l’histoire de ces deux femmes (Gugu Mbatha-Raw et Mackenzie Davis) est racontée avec simplicité, sans entrer dans des exagérations technologiques. Et parce que la fin de l’épisode ouvre une réflexion intéressante sur la vie après la mort, dans une société areligieuse ou désenchantée mais traversée de virtualité. Le glissement du spirituel au virtuel est bien amené, ce qui permet au final d’interroger les deux notions. J’ai adoré cet épisode, les actrices sont formidables (comme souvent dans cette série), la réalisation est soignée (ce qui également le cas dans les autres épisodes) mais cette fois cela sert un propos plus complexe sur la vie éternelle.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s