Mindhunter (saison 1) de Joe Penhall

Holden Ford (Jonathan Groff) est un jeune agent du FBI, spécialisé dans la formation des futures recrues et des policiers sur le terrain aux principes de la négociation ou à celle de l’investigation, c’est-à-dire la manière , en déterminant les mobiles du crime, d’identifier le responsable. Se dérobe à sa sagacité des crimes sans mobile apparent (comme l’appât du gain) et qui semblent échapper à toute logique criminelle. Persuadé par ses propres lectures sur la psychologie que, malgré l’absence de toute cohérence, ces crimes répondent au contraire à une logique particulière, il ambitionne d’interroger des criminels multirécidivistes, souvent  considérés comme fous, afin de déterminer à leur contact des critères pouvant expliquer leurs gestes et identifier de potentiels coupables dans des affaires inhabituelles.

Or, nous sommes à la fin des années 1970, à une époque pendant laquelle les recherches en psychologie sont à la fois balbutiantes et repoussantes. Aussi son supérieur est-il d’abord réticent à l’idée de suivre l’intuition de Ford, mais il lui adjoint finalement un coéquipier, Bill Tench (Holt McCallany), lui-même formateur du FBI auprès des polices locales. Ne voulant pas que cette expérience soit connue de tous (et notamment de la hiérarchie du FBI), les deux agents ont l’autorisation de profiter de leurs déplacements dans le cadre de leurs séances de formation pour visiter des détenus en prison et commencer leur enquête auprès des tueurs multirécidivistes.

Debbie Mitford (Hannah Gross), universitaire spécialisée dans la psychologie, va se joindre à eux pour, dans un premier temps, apporter une caution scientifique au projet. Dans un second temps, elle va lever un important fond monétaire pour financer leur recherche, ce qui va à la fois contribuer à la pérennité du projet et menacer sa discrétion.

Ne boudons pas notre plaisir, il s’agit probablement d’une des meilleurs découvertes de cette année. D’une part par le choix du sujet : en s’intéressant à la naissance de ce mythe contemporain qu’est le « tueur en série » avec l’adaptation d’un ouvrage « true crime« , la série suit le cheminement de deux agents qui ne cherchent pas tant à arrêter un criminel qu’à comprendre les raisons qui l’ont poussé à commettre son crime. Une démarche qui parait évidente à notre époque mais qui à la fin des années 1970 était extrêmement dérangeante et allait à l’encontre du bon sens commun, ce qui rend passionnante cette série en ce qu’elle donne à voir comment une idée nouvelle peut naître… et, suppose-t-on pour les prochaines saisons, s’imposer au point de devenir un terme fourre-tout et fantasmé. D’ailleurs, la texture réaliste des scènes d’interrogatoire, qui repose sur de véritables interrogatoires menés dans le cadre de l’émergence et de l’explosion des behavioral sciences, renvoie à la description sociologique et culturelle de la manière dont des individus, en prise avec les normes sociales et institutionnelles (et, lorsqu’il s’agit du FBI, ce n’est pas un mince sujet) dans lesquels ils évoluent et qui les contraignent, peuvent agir de manière autonome, affirmer leur singularité, pour imposer leurs idées lorsqu’elles vont à contre-courant, ce qui se fait au prix, ici, de la normalité et de l’intégration.

Car s’il faut reconnaître que pour un esprit contemporain comme le nôtre, les éléments révélés par les criminels multirécidivistes nous semblent évidents (une enfance maltraitée, un rapport aux femmes et au sexe déviant), la narration nous montre bien qu’à l’époque ces éléments sont nouveaux et particulièrement perturbants, la société ne voulant pas reconnaître que des individus tuent pour le plaisir et non pour des raisons financières ou passionnelles. Il est d’ailleurs intéressant que le récit utilise le biais de ces recherches sur ces criminels que l’on appelle par encore en série, pour décrire une époque en pleine mutation, notamment dans les relations entre les hommes et les femmes, et leurs rapports au sexe.

On reconnait bien là la patte de David Fincher (co-producteur de la série avec Charlize Theron) qui s’ingénie à troubler le topos cinématographique qu’il a lui-même puissamment contribuer à faire émerger avec Seven. D’ailleurs, la photographie et la réalisation portent la marque Fincher (il réalise plusieurs épisodes) et rappellent énormément Zodiac : grain très seventies, absence de tape-à-l’œil, et mouvements de caméra très sobres, très posés, ce qui est extrêmement plaisant.

D’autre part par ces personnages, des agents du FBI plutôt ordinaires (ils ne font pas la démonstration perpétuelle de leur gros bras, au contraire ce sont moins des agents de terrain que des besogneux de la fiche), qui ont une vie sociale (le récit ménage un grand nombre de scènes dans lesquelles on peut découvrir leur quotidien) et qui tâtonnent, la série  trouve là la clé de sa réussite : montrer que ces agents du FBI ne savent pas complètement vers quoi ils tendent, mais qu’ils intellectualisent leur démarche au fur et à mesure.

Quelques éléments font cependant craindre la suite. Lors de cette première saison, les personnages ont mené de front leurs formations et leurs interrogatoires. Est venu s’ajouter très rapidement la résolution d’enquête dont on leur faisait part à l’occasion de ces formations. Il s’en est suivi des épisodes peu cohérents pendant lesquels les éléments soutirés des interrogatoires menés dans les prisons étaient aussitôt réinvestis dans les enquêtes en cours et menaient irrémédiablement à la résolution de celles-ci. Procédé un peu facile et illogique par rapport à l’ambition de cette cellule qui prétend avant tout faire un travail sur le long terme et de bureau. Il semble dès lors que la série ne veuille pas faire le deuil de l’enquête de terrain au profit du recueil de données factuelles et que le mélange des deux va à coups sûrs produire des épisodes bancales, peu cohérents et finalement éloignés de la démarche intellectuelle première.

Deuxième élément : les trois personnages principaux sont présentés à la fois sur leur lieu de travail et dans leur quotidien. Ils sont tous les trois extrêmement typés entre le jeune premier trop lisse (version Macron), le baroudeur sensible et l’universitaire lesbienne. Déjà dans cette saison mais il est à craindre que cela ne s’améliore pas avec la suite, les personnages sont caricaturaux ce qui est très bien pour les fixer dans l’esprit du spectateur mais mériterait plus de nuances à l’avenir.

Enfin, le syndrome X-Files guette. A la fin de cette saison, la cellule mise en place pour mener les interrogatoires bat de l’aile et des menaces de fermeture pointent le bout de leur nez. Cela m’a rappelée les sempiternelles fermeture / ouverture de la cellule X-Files, rebondissements à peu de frais mais qui finissait quelque peu par lasser.

A suivre, donc, car pour le moment, la série se distingue par son ambition, son approche originale d’un thème ressassé à l’envi, et par sa réussite formelle, même si l’écriture parfois cède à des facilités.

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